Il est tentant de s'arrêter souvent le long de la route 1, en Islande, pour photographier des paysages exceptionnels au milieu de nulle part. Ici, une maison a été abandonnée, quelque part entre Djupivogur et Hof.

Les routes de l'Islande

CHRONIQUE / En 2016, tout le monde est allé en Islande. Tout le monde! Ben presque. Parce que tous ceux qui étaient passés avant ont rivalisé d'adjectifs et de points d'exclamation pour raconter ce pays exceptionnel. Parce que les vols au départ de Montréal ne coûtent à peu près plus rien, merci à Wow Air et Icelandair.
Il faut du temps et de la motivation pour atteindre le phare d'Öndverdarnes, au bout de la péninsule de Snaefellsnes, en Islande.
Bref, nous avons été très, très nombreux à boucler nos valises pour aller arpenter ce pays insulaire. La plupart de ceux ne disposant que de quelques jours ont opté pour une exploration au sud, là où sont regroupées plusieurs des chutes, geysers et autres attraits naturels du pays. Les autres, comme moi, se sont dit que la route circulaire, d'un peu plus de 1300 kilomètres, pouvait être dévorée au complet en une douzaine de jours. Au complet! Point barre!
La route circulaire, comme son nom l'indique, trace un cercle autour du pays. On la nomme aussi la route 1, parce qu'il n'y a pas d'autres routes principales. Facile. Mais on veut quand même s'en éloigner, à l'occasion, pour explorer les coins moins visités ou les petits joyaux un tantinet éloignés.
Munis d'une carte papier, comme dans le temps où tout était en noir et blanc, nous nous sommes engagés sur cette autoroute à deux voies : une de chaque côté. Les conseils précieux de nos amis islandais : ne vous arrêtez pas n'importe où pour prendre des photos et si un mouton apparaît sans prévenir devant la voiture, la meilleure option est de lui rentrer dedans, à moins de pouvoir freiner.
Il s'agit là, selon eux, de deux causes importantes d'accidents pour les touristes. Trop nombreux sont ceux qui s'arrêtent sans se garer, le temps d'un cliché, et qui provoquent des collisions. L'envie, quand les volcans apparaissent majestueux au milieu de l'horizon, ou que les fjords se creusent à perte de vue, est souvent pressante. Il faut savoir se retenir.
De tous les pays, l'Islande est probablement celui où, à tous les kilomètres, nous regretterons de ne pas nous être arrêtés pour faire une photo. L'Islande est probablement, de tous les pays, l'endroit d'où on rapportera tellement d'images de paysages de bord de route qu'on n'arrivera plus à les démêler. L'Islande, de tous les pays, est probablement celui où même ceux qui détestent conduire auront envie de prendre le volant tellement les paysages méritent le détour.
Pour en revenir à la carte papier, elle m'a semblé plus qu'utile pour griffonner, évaluer les trajets et avoir une vue d'ensemble. Si la route 1 est pavée de bout en bout, ce n'est nullement le cas pour les routes secondaires. Et on perd un temps fou, cahin-caha, entre les pierres volcaniques et les nids-de-poule des chemins laissés en gravier. À vue de nez, la distance trop courte que nous présente la carte prend des heures à parcourir.
Il y avait cette idée saugrenue d'atteindre le phare d'Öndverdarnes, tout au bout de l'ouest de la péninsule de Snaefellsnes, alors que le soleil se couchait et qu'il fallait mettre encore près de trois heures pour atteindre le bed and breakfast que nous avions réservé. Le petit chemin de terre, à peine assez large pour une voiture, s'étirait sans fin, à vitesse de tortue. Plus nous nous enfoncions, plus nous étions conscients qu'il nous faudrait mettre le même temps pour revenir sur nos pas.
Au vent à faire s'envoler les couvre-chefs, au bruit incessant des vagues happant la falaise, le petit phare orangé trônait fièrement, comme au bout du monde. Nous ne pouvions nous attarder que trop peu de temps pour les efforts que nous avions mis. Mais l'Islande, c'est une foule de petits recoins comme celui-là.
Au retour sur la route principale, comme à quelques autres endroits sur l'île, la signalisation nous prévenait de la présence d'oiseaux. La faune ailée, reine et maître, vole en essaims sans se préoccuper des activités humaines. Les touristes trop pressés risquent d'en heurter quelques-uns. Il est bien triste de voir que des accidents n'ont pu être évités. Mais il y a un je-ne-sais-quoi d'extraordinaire à ce qu'on nous rappelle que les bêtes, présentes là bien avant nous, conservent leur priorité sur les hommes en visite.
À rouler pendant des centaines de kilomètres sans croiser âme qui vive, on pourrait par ailleurs être tenté de franchir la limite de vitesse, établie à 90 km/h. Après tout, les policiers sont bien peu nombreux à patrouiller ces 1300 km. Mais il ne faudrait pas croire qu'ils sont absents. Une contravention est si vite arrivée...
Quoi qu'il en soit, la voiture, ou le motorisé, demeure un essentiel pour absorber toute la beauté d'un pays aux beautés encore isolées. On croisera tous ces hameaux sans nom, ces bouts de terre entre nulle part et nulle part, où les maisons, parfois laissées à l'abandon, ont commencé à s'écrouler. On croisera des chutes magnifiques, des promontoires avec pour seule vue l'immensité, des champs à perte de vue où personne ne semble s'aventurer.
Bien que tout le monde soit passé par l'Islande en 2016, il reste encore assez d'endroits perdus à explorer, dans ce petit pays, pour que les foules n'arrivent à s'agglutiner nulle part, si ce n'est que dans la capitale, Reykjavik, et autour du geyser de Geysir. Si l'envie de vous isoler vous prend, à n'en point douter, vous y arriverez en Islande.
Pour cette raison, il demeure toujours plus prudent de faire le plein quand on croise une station-service à l'extérieur des grandes villes. On ne sait jamais où se trouvera la prochaine ni quand quelqu'un d'autre passera par là pour nous secourir, si une panne survenait...
Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com