Les rues étroites et la marchandise à profusion caractérisent une partie de la médina de Tunis.

Les labyrinthes de la médina

CHRONIQUE / D'en haut, la porte de la Mer, ou la porte de France, laisse passer un flot incessant de petites fourmis. Un flot... pour la porte de la Mer. Comme si toutes ces âmes pressées par le temps, allant et venant dans un enchevêtrement minutieux, remplaçaient les vagues qui ne sont jamais montées jusque-là.
Tunis. Capitale de la Tunisie. La porte, érigée place de la Victoire, sépare la vieille ville, la médina, de la nouvelle ville. L'avenue Habib-Bourguiba, qui porte le nom du premier président de la République, mène tout droit à l'entrée de la médina, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
La modernité de la principale artère de la ville, avec son terre-plein construit comme une énorme promenade piétonne, flanquée de palmiers, de boutique et de terrasses, se déverse entre les murs anciens d'une médina surchargée d'étals. Bourdonnements, piaillements et une certaine agitation remplissent les ruelles étroites et bondées.
Les médinas, souvent, sont des labyrinthes de petites rues qui se croisent et se décroisent et où il est aisé de se perdre. Malgré tous mes efforts pour m'orienter le mieux du monde, je m'étais perdu dans celle de Fès au Maroc. À Tunis, nul doute qu'on peut s'égarer dans les 280 hectares qui composent le lieu.
Sur le site de l'UNESCO, on écrit que « par ses souks, son tissu urbain, ses quartiers résidentiels, ses monuments et ses portes, cet ensemble constitue un prototype parmi les mieux conservés du monde islamique ».
Les plus claustrophobes n'y entendront que le brouhaha, ne retiendront que tous ces individus qui leur marchent sur les talons. Les autres auront envie de se fondre dans la masse, de se perdre ou de s'arrêter pour regarder passer les foules.
En novembre, on me disait que les affaires n'allaient pas. Que les touristes n'affluaient pas. Pourtant, la médina était bien animée. Là, sous le toc, toc de son marteau, un commerçant gravait des assiettes. Là, sur une charrette de bois sur le côté de la rue étroite, un autre cherchait preneur pour ses légumes. On ne tardait pas à réduire les prix pour les rendre plus alléchants.
À trop se concentrer sur l'action incessante, on en manque presque la beauté du site, tantôt cachée derrière les étagères des boutiques, tantôt parce qu'on tente d'échapper à un vendeur qui veut nous attirer dans sa boutique. Partout, les poupées suspendues, les sacs de cuir, les ustensiles de cuisine remplissent l'espace, donnent une impression d'abondance.
Surtout, quand l'envie d'acheter nous prend, il faut marchander. Surtout, quand l'envie d'acheter n'y est pas, il faut savoir résister.
Bien sûr, il y a ces portes colorées tout droit sorties des contes de fées. On croisera aussi des hommes fumant le narguilé dans les rues, pour passer le temps. Mais le vrai plaisir, on l'aura probablement à discuter avec les gens, à s'intéresser aux traditions dont ils sont fiers et à cette vieille médina qui les enchante encore.
La porte de la Mer marque la jonction entre la ville nouvelle et la médina de Tunis. - La Tribune, Jonathan Custeau
Quand on vainc notre peur d'être arnaqué, parce qu'on a parfois cette idée préconçue qu'on insistera toujours un peu trop pour plonger dans notre portefeuille, on apprend, on fait des découvertes.
Par exemple, le très charmant propriétaire de la boutique Eddar ne se faisait pas prier pour se raconter. Des bijoux, des tapis, de la décoration, des antiquités, la boutique donnait l'impression d'un grenier plein de trésors à chacun des étages. Et ces étages, justement, ne peuvent être gravis qu'à travers un labyrinthe d'escaliers, comme une petite médina dans la médina. La terrasse, qu'on ne penserait jamais visiter si on ne s'arrêtait pas un moment, offre une vue aérienne surprenante de la médina.
La maison de la fin du 15e siècle, nous raconte son propriétaire, est la seule de la vieille ville à toucher la mosquée. Et là, sur le toit, un jardin magnifique donne envie de se poser. 
Sauf que la médina n'arrête pas. Dans la rue, en bas, les cris et la musique s'élèvent. Une petite foule défile, célèbre. « Circoncision », sourit le propriétaire du commerce. De mon perchoir, je décode alors la scène, où un garçon, loin d'être souriant, est perché sur les épaules d'un homme. Vêtu comme un petit roi, il apparaît comme le centre d'attention. Le cortège passe son chemin en même temps que la musique faiblit.
Sinon, il y a toujours des cafés, qui avec un coin lecture, qui avec des coussins dans un coin, pour tout regarder d'en haut.
La médina, c'est une ville dans la ville où il faut passer au moins une journée complète. Et si vous vous perdez? Il y aura toujours quelqu'un d'assez gentil pour vous indiquer le chemin.
Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com
Le journaliste était l'invité de l'Office national du tourisme tunisien et de Tunisair.