La Fierté de Tel-Aviv passait difficilement inaperçue avec les décorations installées le long des grands boulevards et sur la plage, près du vieux quartier de Jaffa.

La Fierté de Tel-Aviv

Début juin. Le magnifique boulevard Rothschild, à Tel-Aviv, était bordé de milliers de drapeaux aux couleurs de l’arc-en-ciel. La métropole aux allures européennes affichait ses couleurs en pleines festivités de la Fierté. En regardant à gauche, avant de traverser la rue, on aperçoit deux hommes qui s’embrassent éperdument. Et tout le monde s’en fout.

Saisissant! Pas que deux hommes nouent leurs lèvres pendant de longues secondes, mais plutôt de sentir une ouverture immense en plein Moyen-Orient. On ne s’y attend pas nécessairement quand on se trouve à quelques kilomètres de villes plus conservatrices, comme Jérusalem et Tsfat, ou d’un pays, comme la Syrie, où l’État islamique a lancé une véritable chasse aux homosexuels.

« Ce n’est pas toujours comme ça. Tel-Aviv est plus conservatrice quand ce n’est pas la Fierté gaie », m’assure un touriste qui n’en est pas à sa première visite en terre israélienne.

Quand on voyage, il arrive qu’on tombe par hasard sur de grands événements, ou des plus petits, qui teintent le visage de la ville ou du pays que nous avions choisi. C’est arrivé en Australie, à Melbourne, où je suis arrivé comme un chien dans un jeu de quilles en pleine semaine du Grand Prix de Formule 1. Idem en Roumanie, où un énorme festival électro compliquait largement le choix d’hébergement. Ou au Japon, où la semaine en or, composée de quatre fériés, influe grandement sur le taux d’occupation des hôtels.

À Tel-Aviv, c’est la célébration de la diversité LGBT qui s’imposait. Des spectacles musicaux, des soirées enflammées se tenaient aux quatre coins de la ville. Mais sans les centaines de drapeaux partout, partout, partout le long des boulevards, le touriste moyen ne se serait probablement rendu compte de rien.

Mine de rien, les visiteurs arrivent de partout pour participer aux célébrations qui lancent la saison des défilés de la Fierté un peu partout sur la planète. Il s’agirait du plus grand événement du genre non seulement au Moyen-Orient, mais sur tout le continent asiatique. Tout ça en terre sainte, alors que les festivités suivant le défilé étaient prévues en plein sabbat et en plein ramadan.

Créé à l’origine pour revendiquer l’égalité des droits, l’événement est devenu une grande célébration internationale misant d’abord et avant tout sur l’inclusion. Une fête qui place avantageusement Tel-Aviv parmi les destinations prisées par la communauté LGBT.

C’est ce qui déplaît encore à certains Israéliens de la communauté. L’un d’entre eux déplorait l’absence de revendications politiques dans cet événement alors que le mariage gai est toujours interdit en Israël. De surcroît, pour être pleinement lui-même, il a dû quitter sa ville natale pour s’installer à Tel-Aviv. Jamais ses parents, ultrareligieux, n’accepteraient ce qu’il est. 

Il rappelait alors des attaques au couteau survenues pendant le défilé de la Fierté, à Jérusalem, en 2005 et 2015. Du même souffle, il rejetait toute forme de fête alors que des roquettes pleuvaient encore sur Gaza. 

Sans pouvoir comparer, parce que je n’ai jamais assisté à un défilé de la Fierté ailleurs sur la planète, j’ai décidé de prendre un bain de foule et de voir comment on célèbre la communauté LGBT au Moyen-Orient. Déjà, la veille, lors d’une promenade en vélo, j’avais été soufflé par le bruit beaucoup trop tonitruant de la plage gaie non officielle de Tel-Aviv. On la manquait difficilement alors que les plages voisines se faisaient en général très calmes. 

Pour comprendre l’événement à la mode locale, j’ai joint un groupe d’étrangers guidés par un Israélien grâce à l’application Couchsurfing. Celle-ci permet de trouver un toit chez l’habitant, en voyage, ou de participer à des activités sociales pour rencontrer d’autres voyageurs. Parfait!

En matinée, la surveillance policière se faisait visible partout près des points de rassemblement. De nombreuses rues avaient été bloquées loin en amont pour éviter les débordements. Dans les parcs, déjà grouillants alors que la ville se tirait à peine du lit, les bénévoles distribuaient casquettes, bracelets et autres babioles. 

« Vous rêvez d’être parents? Votre rêve de paternité commence en Israël », stipulait une publicité faisant la promotion d’une agence permettant de trouver une mère porteuse. Paradoxal un brin dans un pays qui ne reconnaît pas les unions de couples de même sexe. 

Vers midi, un cortège s’est mis en marche sur une grande artère. Pas de chars allégoriques, pas de mascottes, mais une mer de piétons avançant au son d’une musique festive. C’était peut-être ça, le défilé de Tel-Aviv : une randonnée joyeuse dans des rues bloquées aux automobilistes... 

Nenni! La vraie vague, elle se trouvait sur la côte, où une autre foule acclamait les chars colorés sous un ciel sans nuages. Même la gagnante d’Eurovision, fraîchement couronnée, a fait une apparition.

C’est probablement la marche elle-même, en direction de la plage, qui m’a le plus impressionné. Nous étions apparemment plus de 250 000 dans les rues pour faire de la 20e édition du défilé de Tel-Aviv l’édition la plus achalandée. Ces marcheurs, gais, lesbiennes, hétérosexuels ou autres, ils se rassemblaient sans heurts, à près de 40 degrés Celsius, juste parce que. Avec le sourire aussi.

Sur les balcons des appartements situés en bordure de rue, des citoyens regardaient la masse s’écouler et s’amusaient à éclabousser au tuyau d’arrosage les festivaliers suintants sous les UV. Belle initiative.

Au hasard d’un événement qui s’est imposé de lui-même, j’ai vu le côté inclusif du Moyen-Orient.


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