Le Jet d’eau, cette fontaine installée dans le lac Léman, est visible de loin.

Genève cosmopolite

CHRONIQUE / «Ça fait du bien d’entendre parler français! » avait-elle dit. Elle, c’était la femme assise à côté de moi dans le train Zurich-Genève, en Suisse. Mini choc culturel.

Probablement comme tout le monde qui s’attend à ce que le Canada soit bilingue d’un océan à l’autre, j’avais cru que le français était plutôt répandu en Suisse. Même si on ne me parlait qu’en allemand à Zurich, j’étais resté sous une fausse impression. En même temps, je me rassurais de constater que je me dirigeais vers une ville où j’arriverais à me faire comprendre la plupart du temps.

En moins de trois heures, je me retrouvais à la frontière de la Suisse et de la France, dans un monde francophone où plusieurs nationalités sont représentées en raison de la grande concentration d’organismes internationaux qui y sont installés.

Parce que ça coûte cher, la Suisse, et particulièrement Genève, j’avais trouvé refuge chez un ami qui disposait d’un lit en trop. S’inviter chez une connaissance, dans ce petit pays du centre de l’Europe, c’est la meilleure façon d’économiser. Par exemple, des recherches sommaires m’avaient permis de constater qu’un lit en dortoir pouvait coûter au minimum 70 $ la nuit. On oublie les petits budgets des voyages sac à dos.

Pour atteindre l’appartement, je descendais du bus tous les jours près du siège européen des Nations Unies. Son immense sculpture Broken Chair, une chaise dont une des pattes est mutilée, visait d’abord à encourager les États à signer un traité d’interdiction des mines antipersonnel. Elle représente aujourd’hui la fragilité et la dignité des victimes de conflits. Chaque jour, je m’immobilisais pour la regarder, au centre de jets d’eau, un tantinet impressionné par la symbolique du lieu. Ça fait du bien, des fois, de prendre du recul, de relativiser nos problèmes, et de voir qu’on peut travailler collectivement pour améliorer les choses.

Aussi me suis-je donc empressé de visiter l’Office des Nations Unies, où plus de 8000 réunions se tiennent chaque année. J’avais fait la même chose à New York, une journée de congé où on avait retiré tous les drapeaux et où les salles étaient inoccupées. À Genève, en pleine semaine, ça grouillait d’activité. Voir à l’œuvre simultanément plusieurs traducteurs m’a laissé une forte impression.

Genève est l’un des principaux centres de coopération internationale et de négociation multilatérale au monde. On y trouve aussi la plus grande concentration de personnel des Nations Unies dans le monde. On y aborde des sujets comme la santé, les droits de l’homme, les efforts pour le désarmement et l’action humanitaire.

Comme le reste de la Suisse, Genève est une ville propre, organisée. Je me suis plu à la parcourir à pied, à l’aimer énormément. Le Jet d’eau, ludique, mais pas particulièrement esthétique, demeure un signe distinctif. La fontaine de 140 mètres de hauteur, installée dans le lac Léman, projette continuellement sept tonnes d’eau dans les airs.

Je l’ai contemplé deux trois instants, les yeux grands, impressionné par la force de la chose, en me disant qu’on aurait certainement pu trouver plus ingénieux comme emblème. Quoiqu’il suffit de voir le fameux jet une seule fois pour l’associer à la ville suisse.

La sculpture Broken Chair, à Genève, visait à l’origine à inciter les États à signer un traité d’interdiction des mines antipersonnel.

Il y a quelque chose de magique, de calmant, à parcourir la promenade du Lac, sur la rive sud du lac Léman, à explorer les ruelles de la vieille ville ou à s’immobiliser sur l’un des nombreux ponts pour se prélasser. Une piscine, justement aménagée près d’un pont, au milieu de la rivière, avait retenu mon attention.

Si Genève a une grande qualité, c’est qu’on s’y sent chez soi dès qu’on s’y pointe le nez, même si le calme omniprésent, pendant ma visite, me troublait un tant soit peu. Remarquez, un peu de calme, ça ne peut pas faire de tort.

Le gamin en moi a aussi trouvé quelque chose de bien excitant à traverser une frontière terrestre à pied. La France, accessible en quelques minutes grâce au transport en commun, est tellement proche qu’on peut presque la toucher en allongeant le bras.

Le bus s’arrête à quelques pas de la frontière et nous laisse notre autonomie pour atteindre le pays voisin, au pied du mont Salève, qui porte aussi le nom de balcon de Genève. À première vue, pas de changement majeur, si ce n’est qu’il faut prévoir des euros si on souhaite monter dans une cabine du téléphérique pour atteindre le sommet de la montagne française, ou encore si on veut se procurer une collation au dépanneur du coin.

Sur le mont Salève, à une altitude tout juste sous les 1100 mètres, on n’atteint pas des sommets inégalés. On ne sent même pas le début de l’altitude. Mais de toutes les vues sur Genève, c’est probablement la plus jolie. Sans aucun doute, à moins d’une pluie dense et de nuages épais, le fameux Jet d’eau au loin nous permet de nous orienter et de repérer le lac Léman.

Les plus aventureux s’y rendront pour la randonnée, l’escalade, le deltaplane, l’aéromodélisme ou le parapente.

En me promettant de revenir à Genève, j’ai repris le train vers la plus grande ville suisse. Avec le même billet, pour peu qu’on reste sur le même trajet, on peut s’arrêter en chemin et reprendre la route plus tard en journée. C’était parfait pour une escale dans la capitale, Berne, qui paraissait bien petite après les deux villes que je venais de visiter.

À bien y penser, on connaît trop peu de choses de Berne. Une trop courte promenade nous fait néanmoins découvrir sa vieille ville médiévale, et, à pied, sur les rives de l’Aar, on s’arrête au Parc aux ours. On dit que la ville aurait été nommée d’après cet animal. Si l’attraction peut intéresser les touristes, elle n’a néanmoins rien de bien impressionnant.

Berne aura tout de même le mérite de nous donner envie de voir un peu plus que les villes les plus touristiques de la Suisse.

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