Lors de mon passage à Sept-Îles, la saison de pêche au crabe venait de prendre fin.

Culture innue et gastronomie à Sept-Îles

« Qu’est-ce que tu vas faire à Sept-Îles? » m’ont demandé sans exception tous ceux à qui j’annonçais que je m’envolais vers le « nord » du Québec. Cois, ils ne croyaient pas que j’aurais de quoi me divertir pour plus qu’une trentaine de minutes. En leur tirant ma plus laide grimace et leur chantant mon plus déplaisant « nanananère », je leur confirme qu’ils se sont trompés.

J’aime mon Québec. Mais je l’aime mal. Je le néglige sans me douter qu’il peut encore me surprendre énormément. Comme Sept-Îles, une ville petite comme ça, avec ses 28 000 habitants et ses trois ou quatre cônes orange. On est loin de Montréal.

Premier constat : la petite laine peut être aussi utile que désagréable. On se félicite de l’avoir les fois où on ne l’enlève pas sous le trop chaud soleil. Mais c’est ça qu’il y a de bien, à Sept-Îles : le soleil est souvent au rendez-vous. C’est prouvé, il paraît.

J’en ignorais des choses à propos de Sept-Îles, comme la présence d’environ 3000 citoyens autochtones, dans les réserves d’Uashat et de Maliotenam.

« Les Innus sont ici depuis 2000 ans », raconte Pascale Poney, agente de développement pour Tourisme Sept-Îles. Petit jab entre les deux palettes pour l’ignorant que j’étais. Il s’agissait seulement de l’introduction du tour guidé qu’elle offre sur les quais pour les touristes curieux d’en savoir plus sur la ville.

Entre deux explications, alors que la saison de pêche au crabe finissait tout juste de finir, Pascale se délectait de bourgots, ces petits gastéropodes caoutchouteux que les locaux apprécient beaucoup. Pour les néophytes, le bourgot, ça goûte le doute. Mais ce n’est pas mauvais du tout.

Un peu plus délicieux, directement sur le port de pêche, se trouvent deux restaurants dans des styles opposés. Ils ont toutefois le même propriétaire et la particularité de servir des fruits de mer frais. Au Casse-croûte du capitaine, où la salle à manger est aménagée dans un immense casier à homards, on commande au comptoir pour obtenir sa guédille au crabe, sa poutine Dalton ou son egg roll aux fruits de mer.

À quelques paniers de pêche de là, les Terrasses du capitaine s’adressent à ceux qui auront eu la présence d’esprit de réserver. Homards, morues, saumons, pétoncles ou crevettes de Sept-Îles... on n’en sort pas sans être rond comme un baril.

Aux Terrasses du capitaine, un restaurant situé directement dans le port de pêche, les sandwichs au crabe, les crevettes, le homard, le saumon ou la morue sont tous d’excellents choix.

D’ailleurs, c’est là qu’on défait le mythe : les crevettes de Matane sont bel et bien pêchées... à Sept-Îles.

Pour en revenir aux Innus, ils m’ont donné envie d’en apprendre beaucoup plus à propos des Premières Nations. Il est d’ailleurs possible de dormir dans la réserve d’Uashat, dont le nom signifie « Grande Baie ». Là, les maisons se ressemblent. Les terrains, entourés de petites clôtures de bois, sont souvent peu entretenus parce qu’il ne s’agit pas d’une priorité de la communauté. La réserve est autogérée, compte son propre poste de police, sa propre école, et les panneaux d’arrêt ne portent pas le mot « arrêt », mais bien « nakai ».

Le petit hôtel Agara offre des studios typiquement autochtones, là où ouvrira bientôt l’économusée du mocassin, le premier économusée autochtone au Québec. Pour le moment, on y confectionne les bottes de l’espoir, des objets qui se vendent à 1200 $ la paire.

Josée Leblanc, la fondatrice, visait à donner un salaire décent aux artisanes qui confectionnent les bottes et qui les perlent à la main. Elle souhaitait ainsi préserver le savoir autochtone. Son initiative a d’ailleurs retenu l’attention de deux Dragons de l’émission Dans l’œil du dragon.

Parmi les autres objets à vendre se trouvent des capteurs de rêve, qui emmagasinent les cauchemars dans de petites billes avant de les expulser à travers des plumes.

Bref, l’occasion est belle de sortir des grands hôtels pour se rapprocher des traditions dont on ne connaît pas grand-chose.

Même que pour en savoir plus, nous avons fait un arrêt au musée Shaputuan, situé à la limite de la réserve.

Petit, le musée offre un résumé de l’histoire innue en fonction des saisons. On y présentera les techniques de chasse, le respect porté à l’animal ayant donné sa vie pour nourrir les humains, les méthodes pour confectionner des mitaines à l’aide de peau de castor et les techniques pour créer la babiche, qui donnera ensuite de très utiles raquettes.

Si les animaux empaillés et les objets traditionnels permettent d’en apprendre plus, l’histoire du peuple innu n’est pas toujours personnalisée au territoire de Sept-Îles. Mais comme le dit le directeur du musée, Lauréat Moreau, « le vrai musée sera toujours le territoire, et pas ailleurs », parce que c’est là qu’on transmet les traditions et qu’on applique les pratiques traditionnelles.

Sept-Îles, c’est surprenant comme ça. Et je n’ai même pas encore écrit un mot sur les îles elles-mêmes.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l’invité de Tourisme Sept-Îles et du Collectif Voyage Numériqc