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Intentions de voyageur

CHRONIQUE / Les seules résolutions qui tiennent sont celles qu’on ne prend pas. Se donner des objectifs, en début d’année, c’est se mettre une pression qui nous écrasera dès que le rythme habituel du quotidien reprendra. Bus, boulot, dodo... et on procrastine aux résolutions de 2020 ces petits gestes qui devaient faire une différence.

À défaut de résolutions, songeons à tout le moins à une poignée d’intentions pour éviter que le tourisme tue le tourisme. Pour que le fait de s’éloigner de chez soi soit encore source de découvertes et de surprises. Pour qu’on ne soit pas que des bébés gâtés qui cochent une liste de destinations pour impressionner la visite. 

Presque toutes les grandes villes du monde ont leur McDonald’s. Leur Subway aussi. Dire que j’étais étonné d’apercevoir la chaîne de sandwichs en Europe de l’Est il y a dix ans. Aujourd’hui, on peut recréer notre environnement pratiquement partout. Mais est-ce que c’est vraiment ce qu’on veut?

Dans le même sens, les destinations soleil et les lieux historiques s’enfoncent et se détériorent sous le poids des touristes. Le Mexique et la Birmanie ne permettent presque plus qu’on monte sur leurs pyramides ou leurs temples. L’Islande balise ses sentiers. Le touriste a dénaturé le tourisme. 

Comment changer les choses? Pour 2019, pourquoi ne pas tenter de réduire le nombre de photos croquées chaque jour. Une aventurière m’a déjà confié ne prendre qu’un seul cliché quotidiennement. Chaque fois que l’envie de sortir son appareil photo lui prend, elle doit peser le pour et le contre en se demandant si elle trouvera mieux avant que l’horloge ne fasse un tour complet.

La vérité, c’est qu’on se donne des coups de coude et qu’on pousse de grands soupirs pour prendre la même photo que tout le monde. Avec les satanées perches à égoportraits, certains s’élèvent au-dessus de la mêlée et s’assurent qu’un bras télescopique gâchera la photo de tous ceux autour d’eux. Idem pour les foutus drones qui s’envoleront au milieu de votre coucher de soleil et s’inviteront dans le panorama que vous veniez de cadrer.

Un peu de respect!

C’est sans compter les compétitions pour avoir la meilleure photo Instagram. Sur le réseau social, on a tout vu avant même de voyager. On nous montre le monde sous tous ses angles, mais bien sûr, on veut tous un portrait au sommet du « Stairways to heaven » à Oahu à Hawaï pour collectionner les mentions « J’aime ». 

Mon souhait, ce serait d’abolir toutes ces photos que vous prenez, de dos, sur une plage paradisiaque, ou au sommet d’une montagne, en faisant semblant de retenir votre chapeau pour ne pas qu’il s’envole.

Idem pour les égoportraits, devenus tellement populaires qu’on ne fait plus la file pour monter dans la tour Eiffel, mais on se met plutôt en ligne pour se prendre en photo avec le monument en arrière plan.

Je m’ennuie du temps où on voyageait moins pour se montrer et plus pour découvrir le monde.

En 2019, pensons aussi à l’environnement. Prendre l’avion nuira un brin si vous avez signé le Pacte. Mais peut-être pouvez-vous compenser vos émissions de carbone en achetant des crédits carbone ou en plantant des arbres. 

Pensez aussi aux bouteilles qui permettent de décontaminer l’eau du robinet à l’aide de lampes UV. Dans les pays où le recyclage n’est pas encore chose courante, on consomme souvent une quantité énorme de bouteilles d’eau qui prendront rapidement le chemin de l’enfouissement. Heureusement, de plus en plus d’hôtels offrent l’eau potable dans d’immenses bidons. Il suffit de remplir sa gourde.

Respecter l’environnement, c’est aussi acheter ses souvenirs localement et éviter de ramener des objets qui ne serviront à rien. C’est choisir des hébergements écoresponsables ou des restaurants tenus par la population locale.

En 2019, n’attendez plus que le copain, le voisin ou le cousin se libère pour voyager avec vous. Partez. Oui, partez seul. À votre mesure, osez l’escapade dans Charlevoix qui vous dit depuis des lunes ou prenez un vol pour Shanghai. Voyager, c’est comme aller au cinéma : une fois que le film est commencé, on oublie qu’on est arrivé seul.

Le plus difficile, c’est de partir. Mais les découvertes vous rendront bien plus heureux que le temps où vous attendiez à la maison.

Osez aussi sortir de votre zone de confort. Choisissez un pays même si vous ne parlez pas sa langue. Évadez-vous de votre tout-inclus pour une journée. Quittez l’auberge de jeunesse pour l’hôtel, le temps d’un soir. Ou prenez le train pour une ville que vous ne connaissez pas et improvisez.

Les belles découvertes sont celles qu’on n’attend pas. Le confort et l’habitude en offrent bien peu de ces découvertes.

Si j’ai inscrit tout ça sur ma liste à moi, j’ajoute aussi d’apprendre à prendre le temps. Flâner dans une ville où on croit avoir tout vu nous surprend toujours. La sempiternelle liste de choses à voir ne cessera jamais de s’allonger, mais ralentir permettra aussi de profiter.

Enfin, mettons fin au règne de la peur. Peur des accidents, du terrorisme, de la nourriture qu’on ne connaît pas, des gens qu’on ne connaît pas, des toilettes qui paraissent plus rudimentaires, des petites bestioles qui ne mangent certainement pas les bestioles plus grosses qu’elles.

Vaincre la peur, c’est oser petit peu par petit peu. Et avancer vers de nouveaux horizons.

Vous et moi, on n’arrivera pas à faire tout ça cette année. Mais on se donne le droit d’essayer.

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2018 au rang des souvenirs

L’année 2018 s’apprête à s’installer définitivement dans la boîte à souvenirs. Avant de lui dire au revoir, j’ose à peine calculer mon empreinte de carbone pour les 365 jours qui viennent de passer. Je n’ose pas calculer les kilomètres parcourus, au-dessus des nuages, dans les 31 vols qui m’ont soulevé à un moment ou à un autre dans les 12 derniers mois.

31 vols! Ça donne le vertige. C’est plus qu’une fois aux deux semaines, si on fait une moyenne. La Terre ne me dit pas merci. Mais j’aurai commencé, cette année, à compenser mes émissions de carbone. 

2018 m’aura donné quelques leçons. Difficile de ne rien apprendre quand on décampe à une fréquence grand F et qu’on donne la parole à l’étranger.

À Tokyo, au Japon, j’ai été confronté à ce sentiment étrange de déjà-vu alors que je ne retrouvais pas tout à fait mes repères. Fou comme des souvenirs bénins, comme ceux des enseignes de magasins qu’on avait oubliées, font remonter des tas d’images.

En retournant dans la capitale nippone, j’ai eu à me demander par où commencer l’exploration de la deuxième chance, celle qui s’éloignerait de la surface, des mêmes attractions que la première fois qui ne me feraient rien découvrir. 

En m’intéressant aux préparatifs des Jeux olympiques de 2020, j’ai réalisé qu’on accorde trop peu d’importance aux Jeux paralympiques. Les Japonais l’ont non seulement réalisé, ils en profitent pour adapter leur société qui laissait bien peu de place aux citoyens à mobilité réduite. 

Ma recommandation au Japon : le quartier de Yanaka, avec ses maisons traditionnelles. On s’éloigne un peu du circuit touristique et on vit le Japon qui disparaît peu à peu. Et pendant qu’on y est, il faut manger une soupe ramen dans un restaurant typique.

En Haïti, j’ai vu la passion et la persévérance. Mon ignorance m’avait caché que la perle des Antilles était un pays de montagnes. Là-bas, la beauté est partout : dans la nature, dans les traditions, dans le carnaval où j’irai danser un de ces jours, dans le créole que je ne comprends malheureusement qu’à moitié. 

J’ai craqué pour la bonne humeur de Gesper, qui aime chanter autant que le café qu’il fait pousser. Pour les paysans de Vallue, aussi, qui exploitent la terre de leur communauté tout en évitant l’exode des jeunes. 

Ma recommandation en Haïti : s’attarder dans le secteur de Vallue et de Petit-Goâve.

Israël s’est révélé un petit bout de terre à la fois. Ce qu’il a de surprenant, ce petit pays, c’est qu’il renferme justement tellement d’histoire et de richesses dans un territoire aussi restreint.

Les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO ont de quoi combler les férus d’histoire. Ceux qui s’intéressent à l’actualité seront peut-être, comme moi, impressionnés par le Golan, d’où on peut voir (et entendre) le territoire syrien, et la Cisjordanie, qui donne un très bref aperçu du conflit israélo-palestinien.

Il était très étrange de combiner, dans une même escapade de deux semaines, le village hyperconservateur de Safed, les sites religieux d’importance pour le judaïsme, l’islam et le bahaïsme, en plus d’assister au plus gros événement LGBTQ+ du Moyen-Orient, à Tel-Aviv.

Ma recommandation en Israël : visiter Jérusalem, Hébron et Bethléem pour comprendre la situation géopolitique du territoire.

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J’ai aimé des centaines de fois... pas longtemps

CHRONIQUE / «Seuls les nomades aperçoivent l’horizon. Les sédentaires, eux, ne voient que leurs quatre murs. » La citation n’est pas de moi. Elle n’est pas complètement fidèle non plus. Je l’ai captée à la radio, alors que je vagabondais quelque part sur la Lune, sans pouvoir retrouver son auteur.

L’horizon! Dieu qu’il est loin, parfois. Il se présente dans toutes les teintes, dans la lumière faiblarde du petit matin, un peu flou sous le soleil éblouissant du jour, ou à peine perceptible dans la pénombre qui le couvre. Des fois il est pentu, mouillé ou en altitude. Des fois, il faut que d’autres nous laissent monter sur leurs épaules pour qu’on puisse le voir.

Voir l’horizon, c’est tomber amoureux. C’est vouloir ne jamais le perdre de vue, parce qu’il nous montre toute la distance qu’il nous reste encore à parcourir pour avoir tout vécu. Plus on le regarde, plus il prend ses distances. Et on tombe amoureux de ceux qui nous prêtent leurs épaules, ceux qui, en espagnol, en polonais, en amharique ou en langue des signes, nous font détourner le regard vers leur propre horizon.

Lire aussi : Ces adieux qui se passent trop bien 

J’ai pris l’avion la première fois le cœur grand ouvert, prêt à m’émerveiller de toute la nouveauté qui me happerait minute après minute. Les panneaux de signalisation, la langue ou l’accent de la population locale, les plaques d’immatriculation, les plats typiques, l’architecture, les rues pavées, les découvertes avaient la même taille que ma naïveté démesurée.

Il m’a fallu quelques jours à peine pour tomber amoureux. Amoureux successivement de tous ceux que je rencontrais, tellement pareils et différents à la fois. Des amours éphémères, au sens large du terme, qui se sont multipliés de pays en pays. Quand ils vous font sourire, vous donnent des papillons, vous donnent l’impression d’exister, les gens, c’est que vous les aimez un peu. Le monde est rempli d’étrangers à aimer.

Trop de ces gens sont passés, ont façonné celui que je suis, et sont partis plus vite qu’ils n’étaient arrivés, avec un petit bout de ma naïveté. Tous m’ont propulsé vers le haut, m’ont appris la vie... m’ont appris ma vie. Tous autant qu’ils sont ont changé le monde d’un tout petit battement d’ailes. Ils ont changé mon monde à moi. Et des fois, j’ai eu envie de me payer des ailes pour les revoir un instant.

Suzanne, américaine, aura pavé la voie, dans un train à la frontière de l’Espagne et de la France. Elle aura été la première à me saluer, à me montrer que l’amitié n’a pas de drapeaux, de frontières, et qu’elle n’existe que dans le présent.

Matt l’a suivie quelques jours plus tard, croisant ma route par hasard trop souvent pour que ce soit un hasard. J’ai appris à faire confiance aux coïncidences et j’ai avalé la route jusqu’à Washington D.C. deux ans plus tard, entre autres pour partager le monde une nouvelle fois avec ce vieil ami.

Dès le premier regard, j’ai aimé Charlotte, une Suédoise intimidante de détermination. Sur une montagne de Nouvelle-Zélande, nous avons convenu de dompter l’altitude à deux. J’ai été rassuré de trouver quelqu’un qui aimait l’horizon encore plus que moi. De l’Australie où elle a étudié, elle est partie pour les États-Unis et le Brésil pour bosser comme biologiste. Si je ne l’ai jamais revue (encore), je m’inspire encore souvent de son impressionnante détermination.

Alex le Californien était beaucoup plus jeune que moi et avait l’intelligence d’écouter pour tirer des leçons de l’expérience des autres. Il m’a renversé d’un simple « merci » que je n’attendais pas. Un « merci » d’avoir été moi, d’avoir partagé quelques jours avec lui sous la chaleur d’Athènes. Il m’a appris que je ne disais pas « merci » assez souvent. Encore moins « je t’aime ». Et j’ai entrepris de remercier, au moins une fois l’an, tous ces petits bouts d’horizon qui me poussent en avant.

Janne, des Pays-Bas, a fait preuve d’une grande humanité. Elle s’est proposée pour accompagner le voyageur mal en point que j’étais jusqu’à un hôpital de Chiang Mai, en Thaïlande. Elle a refusé qu’un inconnu se sente seul au bout du monde. On a tous besoin, un jour, que quelqu’un nous tienne la main ou nous prête son épaule pour pleurer. Elle a passé sa route; m’a laissé à la mienne.

Biggy l’Islandais demeure un modèle d’intelligence et de joie de vivre. Toujours en contact avec son gamin intérieur, il s’amuse d’un rien. Fier et amoureux de sa famille, il confectionne chaque année des vidéos souvenirs pleines d’humour et de tendresse. Le jour où j’ai quitté Reykjavik, ses yeux trahissaient une petite averse intérieure. J’en ai fait mon modèle.

Bryan, un autre Américain, m’a surpris en prenant des nouvelles, plusieurs mois après notre rencontre au Maroc. Nous avions trouvé un restaurant étonnant caché dans un sous-sol, dans le nord du pays. Une panne d’électricité nous y avait plongés dans une obscurité totale. Il se souvenait de tous les détails de nos conversations et m’invitait à lui faire coucou un de ces jours. J’ai appris à ne pas sous-estimer la sincérité de ceux qui partagent notre table pour un soir ou deux.

Ils sont des centaines à être passés, à m’avoir bouleversé, à s’être lovés dans un coin de mon cœur, simplement pour avoir été eux-mêmes. Ils m’ont invité à leur mariage, m’ont envoyé des souhaits de Noël, m’ont proposé de reprendre la route avec moi, alors que nous n’étions à l’origine que des étrangers arrivés par hasard dans une même destination. Ils m’ont donné rendez-vous, sans me connaître, m’ont expulsé de ma zone de confort et font maintenant partie de ma famille. Ils m’ont changé. Ils sont partis, aussi.

On peut s’empêcher de tomber amoureux de peur de se faire mal. Ou on tombe amoureux des centaines de fois... pas longtemps, avec tous ceux qui se donnent la peine de nous prêter leurs épaules pour nous montrer l’horizon.

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J’haïs l’hiver... sauf à Québec

CHRONIQUE / Lorsqu’il se couvre de millions de minuscules flocons, le plafond noir de la nuit s’illumine au ralenti. Quand l’hiver s’impose coquettement dans la nuit, le temps se fige, surtout quand de petites ampoules rappellent que Noël approche.

L’hiver, c’est beau pour les cartes postales. Mais c’est trop froid pour mes vrais pieds et pour mon cœur de Grinch qui boude Noël 11 heures par jour. À part les engelures, l’hiver nous a donné un sport national comme religion, la Guerre des tuques et des excuses pour abuser du chocolat chaud. Peut-être aussi est-il responsable de mes envies de mettre dehors novembre et d’écourter le février malfaisant en m’envolant vers le soleil d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud.

À bien y penser, je ne me suis jamais lancé dans le tourisme hivernal. Quand l’occasion s’est présentée de traverser la Russie à bord du train transsibérien, j’ai enroulé mon enthousiasme sous mon foulard. L’idée de traverser le plus grand pays du monde pendant les mois les plus froids me déplaisait. Déjà que le lac Baïkal, en été, n’est pas reconnu pour être particulièrement chaud.

À part une escapade dans les Alpes pour une courte leçon de ski et une envie toute particulière de ranger le Grinch pour visiter Rovaniemi, en Laponie, où vit le vrai père Noël (oui, bon!), troquer de la neige d’ici pour de la neige ailleurs, c’est non.

Rempli de contradictions, j’ose quand même dire à qui veut l’entendre que le meilleur moment pour visiter le Québec et être dépaysé... c’est l’hiver. La neige, les températures sous zéro, la tire sur la neige, le ski de fond et la raquette, y’a de quoi s’offrir deux ou trois découvertes. Et mine de rien, quand on me prend au mot et qu’on débarque en même temps que le froid, c’est à Québec que j’amène les visiteurs.

La vraie vérité, c’est qu’en matière de paysage hivernal, Québec, c’est difficile à battre. Le fleuve, ses glaces, le vent froid qui nous fouette à coup sûr sur la terrasse Dufferin et le Château Frontenac qui se dresse au-dessus de la mêlée, c’est tout ce qu’il faut pour une belle carte postale.

Étrangement, j’y suis passé dernièrement pour saluer le château, justement, qui me narguait à longueur de jour quand j’apprenais le métier de communicateur dans un bureau juste à côté. Forcément, je passe de soir, comme une tradition depuis le jour où j’ai parcouru la vieille ville pendant des heures, en arrivant à Québec la première fois, tellement impressionné par toute cette beauté. J’avais les mêmes yeux que ces touristes qui viennent vivre le vrai hiver québécois.

Québec sait se draper de belles lumières à l’approche des Fêtes. Bien sûr, bien sûr, il faut se tenir tout en haut de l’escalier Casse-Cou, regarder de haut les ribambelles étincelantes accrochées près des toits en contrebas, et descendre, sans se casser le dos, pour marcher sous les ribambelles. C’est bien trop petit le Petit Champlain, mais c’est là que se trouve le Noël typique qui transforme les grands touristes en enfants éberlués. Trop petit parce qu’on en prendrait plus. Même pour moi, la chorale aux cantiques de Noël, devant l’église Notre-Dame-des-Victoires, semblait sortir tout droit d’un « vieux » film avec Macauley Culkin.

Ils sont venus de Californie, de l’Ontario, d’Autriche, du Mexique et de la Pologne pour me faire un coucou. Ils ont tous poussé le même « wow » à l’intersection des rues du Cul-de-sac et Notre-Dame. De là, la vue sur le château, avec les sapins éclairés, la neige et la bicyclette verrouillée au coin de la rue fait un malheur sur Instagram. La photo que j’y ai croquée attire beaucoup plus l’attention que celles de la Grèce, de la Colombie ou d’Haïti publiées plus tôt cette année. Pas mal.

L’hiver à Québec, c’est encore plus beau avec le Marché de Noël allemand. Celui-là, il n’existait pas quand je vivais dans la ville de Jean-Paul L’Allier. Ses dispositifs anti-camions béliers brisent un peu la magie des Fêtes, même s’ils sont un tantinet rassurants. Les pères Noël arpentant les rues, les kiosques de bois, le vin chaud, la fondue au fromage... L’Europe peut bien aller se rhabiller. On peut d’ailleurs en profiter jusqu’au 23 décembre.

Quétaine? Même les Grinch comme moi trouvent ça mignon. À Madrid, seule ville que j’ai visitée à l’approche du temps de la crèche, le marché de Noël avait constitué un produit d’appel non négligeable. Il paraissait bien pâle par rapport à celui de Québec.

Mon côté touriste ne peut s’empêcher de s’arrêter aux Anciens Canadiens, ce restaurant au toit rouge qui rappelle la maison de ma grand-mère. Le midi, pour les petits prix, j’y trouve tout le folklore québécois que je veux exhiber devant mes visiteurs : pâté à la viande, tourtière du Lac-Saint-Jean, ragoût de boulettes et tarte au sirop d’érable.

Y’a pas à dire, même dans ma tête d’enfant, l’hiver, c’était Québec. Je revois encore une image des chutes Montmorency glacées ou encore de la patinoire de la place d’Youville.

C’est sûr que j’amène mes visiteurs sur la rue Cartier, voir ces lampes géantes qui constituent une idée tellement simple, mais tellement géniale, et dans l’éternelle boutique de Noël du Vieux-Québec.

Je l’avoue, Québec, c’est ma définition de l’hiver. Son carnaval est mythique. Son hôtel de glace aussi. Et en moins de trente minutes, on fait de la raquette au parc de la Jacques-Cartier ou du traîneau à chiens à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

Le traîneau à chiens! Ça s’apprend en deux temps trois mouvements, même si j’ai eu toute la difficulté du monde à maintenir ma monture immobilisée tellement les bêtes étaient énervées. La balade en nature, suivie d’un chocolat chaud et d’une visite auprès des chiots, c’est le pendant hivernal du tipi au Canada.

J’haïs l’hiver... sauf quand c’est à Québec.  

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Quand la Colombie fait de l’ombre à la Floride

CHRONIQUE / Si j’étais de mauvaise foi, je dirais que la Colombie fait de l’ombre à la Floride comme destination hivernale. Les pauvres petits Québécois cherchant à troquer les chaussettes trempées par la neige abondante pour du sable qui leur brûlera le bout des orteils ont trouvé chaussure à leur pied. Tout le monde visite la Colombie ces jours-ci.

Bon, peut-être pas tout le monde. Mais j’ai quand même croisé trois amis par pur hasard sur la plage de Tayrona, au nord, à la fin octobre. Depuis, mon fil Facebook et mon Instagram sont inondés de photos de la Colombie. Au moins une dizaine d’autres connaissances y dévorent le soleil hivernal.

Le prix du billet d’avion y est peut-être pour quelque chose. Cet automne, on pouvait se taper le corridor aérien vers Bogota pour moins de 500 $. Si la patience fait partie de vos qualités, même dans les aéroports les plus ennuyeux du monde, vous pouviez vous en tirer pour presque seulement 400 $ à condition de subir de longues escales. Ça devenait tentant de dire « bye-bye boss! » pour quelques jours.

« C’est pas dangereux, la Colombie? », qu’ils demandent, les gens. Pas à outrance. Pas si on fait preuve de la prudence élémentaire. Pareil comme au Pérou, en Équateur ou au Mexique. Non, vous ne risquez pas à tout moment de vous retrouver coincé entre deux groupes de narcotrafiquants faisant voler une pluie de balles et de grenades. La Colombie, la Bosnie, le Rwanda... L’imaginaire a retenu le danger, mais pas leur transformation... Ces trois pays sont pourtant magnifiques et sécuritaires.

Pourquoi la Colombie? Parce que c’est grand comme ça! Grand comment? Plus grand qu’un éléphant, je dirais. C’est peut-être parce qu’il faut beaucoup d’espace pour planter des palmiers grands de 60 m, pour planter quelques grandes montagnes aussi, et une bonne portion de forêt amazonienne. Il faut être grand pour toucher au Pacifique et à la mer des Caraïbes et se garder un peu d’espace pour faire pousser le café.

C’est tellement grand, la Colombie, que la distance entre les villes principales comme Carthagène, Medellin et Bogota prend des heures à franchir en autobus. Les compagnies aériennes à bas prix, bien que moins écologiques, font des sauts de puce en moins d’une heure. Avianca inclut les bagages, comme EasyFly, mais pas VivaAir.

Bien que les plages soient populaires, on boude à tort certaines grandes villes comme Bogota. La capitale, nichée dans les montagnes, a l’humeur changeante. Il fait frais souvent, si bien que la petite laine mérite à tout le moins d’être déposée dans la valise. Mais quand la chaleur se pointe, les coups de soleil ne mettent pas de temps à s’imposer.

L’ascension de Montserrate, où se trouve une église, présente un défi intéressant. La vue du sommet permet par ailleurs d’apprécier l’étendue de la ville. Les jambes plus fatiguées prendront le téléphérique ou le monorail, mais l’expérience ne sera pas la même.

On dit qu’il faut entre 60 et 90 minutes pour grimper les quelque 1500 marches menant au sommet de la montagne. C’est à peu près le temps que j’ai investi, si on en croit le chronomètre que j’ai maintenu sur pause pour plusieurs centaines de marches. C’est que l’altitude, voyez, ça vous tire un tantinet vers le bas. Prévoyez deux heures.

Le quartier de La Candelaria, la vieille ville, est agréable pour ses graffitis et son aspect colonial. Quelques bons restaurants serviront des plats traditionnels, comme la « bandeja paisa », une assiette de viande hachée, d’avocats, de riz, de fèves et de gras de porc. Ne croyez pas le serveur qui vous dira qu’une portion convient pour une seule personne. C’est énorme. Pareil pour la « parillada », une platée de viandes grillées. L’ajiaco, un bouillon de poulet à la crème avec du maïs sur l’épi, réchauffe par temps froid et remplit l’estomac pour une bonne douzaine d’heures.

Il ne faudrait pas ignorer le Musée de l’or, qui offre des tours guidés gratuits en fin d’après-midi tout en racontant des histoires fascinantes, même pour ceux qui détestent les musées. J’en suis. Idem pour le petit Musée Botero, qui expose les œuvres originales de l’artiste du même nom.

Dans le domaine de la gastronomie, on peut goûter des jus faits à base de fruits dont on ignorait l’existence. On peut aussi se défoncer les tympans et manger beaucoup trop dans un des Andres Carne de Res, forts en originalité. Les prix y sont un peu élevés, comme la musique trop forte, mais les touristes fêtards ont tendance à s’y rassembler. Si c’est votre première visite, des musiciens se déplaceront à votre table et vous proposeront de porter une banderole comme celles des concours de Miss.

Sinon, les autres grandes villes présentent aussi un intérêt. Medellin a été, pour moi, beaucoup plus attirante que Carthagène. Moins jolie au premier coup d’œil, et moins touristique aussi, Medellin est pourtant séduisante. Son métro, ses téléphériques et le rythme de la vie quotidienne m’ont charmé.

À Carthagène, en dehors de la saison touristique, la vieille ville est quand même prise d’assaut par les touristes, donc du même coup par les vendeurs de babioles qui se font compétition comme des hyènes pour un minuscule morceau de viande. Suffit d’en revirer un pour que dix autres s’essaient à vous vendre le même bidule. Je n’ose pas imaginer la haute saison, quand les bateaux de croisière se déversent sur la ville. Haut-le-cœur.

Mine de rien, on fait vite le tour des bâtiments coloniaux animés pour le pur plaisir des étrangers. À l’extérieur des fortifications, le château de San Felipe Barajas vaut le détour pour son importance historique. Il a entre autres empêché les Anglais de prendre Carthagène.

Enfin, plus au sud, à Salento par exemple, on peut s’amuser au tejo, ce « sport » semblable à la pétanque où on lance une pierre dans un bac d’argile dans l’espoir de faire exploser quelques pétards. Peut créer une dépendance!

La Colombie, c’est trop grand pour ne pas vouloir y retourner.
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Le quartier le plus violent de Medellin

CHRONIQUE / On dit Medellin et tout de suite, on pense à Pablo Escobar, ce baron colombien de la drogue. Pendant plusieurs années, la grande ville située à l’ouest de Bogota était considérée comme la plus dangereuse de toute la Colombie, notamment en raison de la présence des narcotrafiquants.

Aujourd’hui, les touristes s’y aventurent, fréquentent son métro, la fierté de toute la ville, et flânent dans les populaires boutiques du centre-ville. On s’attarde aussi dans un parc ponctué de dizaines de sculptures offertes par Fernando Botero, cet artiste qui s’amuse à jouer avec les proportions et qui représente des personnages aux formes très rondes. Ou on prend un des téléphériques pour survoler les quartiers bâtis à flanc de montagne, pour atteindre le parc Arvi.

Depuis six ans, les visiteurs sont aussi amenés à visiter la Comuna 13, autrefois reconnue comme le quartier le plus violent de Medellin... La communauté aux allures de favela, de bidonville, bâtie de maisons empilées les unes sur les autres dans les montagnes, accueille les étrangers sous la forme de tours guidés organisés par des jeunes habitants de l’endroit.

Ils ont appris l’anglais, le perfectionnent au contact des touristes, et racontent comment eux et leurs voisins se sont retrouvés coincés entre deux feux. Comme dans les quartiers pauvres de Rio de Janeiro, pendant un temps, les enfants rêvaient d’être chef d’une bande criminalisée. Le « respect » et l’argent qui accompagnent le titre étaient convoités.

Aujourd’hui, à voir les artistes couvrir les murs de graffitis, à interagir avec les guides et les touristes, ils sont plus nombreux à rêver d’une carrière plus traditionnelle, qui de guide touristique, qui de traducteur, qui de muraliste. L’art, sous forme de musique et de danse aussi, vient à la rescousse d’une jeunesse en redéfinition.

La situation géographique du quartier explique en partie son statut particulier. Du haut de la montagne, le territoire était facile à défendre. D’en bas, il était pratiquement impossible à conquérir. Les groupes armés comme les FARC et l’ELN s’y frottaient aux narcotrafiquants alors qu’on se servait du bidonville pour faire transiter la cocaïne.

Les histoires que nos jeunes guides nous raconteront n’auront rien de bien jojo. Entre autres, on rappellera qu’en 2002, le maire de Medellin, Luis Pérez, se dirigeait vers l’inauguration d’une maison pour les personnes déplacées en raison des violences quand son escorte policière lui aurait fait faux bond. Son autobus, par ailleurs rempli de journalistes, a été pris pour cible par un tireur perché dans la Comuna 13.

Écrasé au sol pour se protéger des balles, le maire a survécu, comme les journalistes, grâce au sang froid du conducteur de l’autobus, qui a refusé de s’immobiliser. L’épisode aura poussé le premier magistrat de la municipalité à interpeller le président Andres Pastrana, l’invitant à envoyer une milice dans le bidonville pour régler les problèmes de violence une fois pour toutes.

C’est plutôt le nouveau président, Alvaro Uribe, qui prendra les choses en main. Il a lancé 10 opérations militaires, dont l’opération Mariscal, en mai 2002, qui a coûté la vie à neuf civils, dont trois enfants.

Plusieurs des graffitis recouvrant aujourd’hui les murs de la Comuna 13 font référence à cet épisode, qui a vu s’affirmer une forme pacifique de solidarité. Une mère de famille, voulant intervenir pour amener deux de ses fils à l’hôpital, a agité un drap blanc pour mettre fin aux tirs croisés. Plusieurs de ses voisins ont fini par l’imiter, signifiant le début de la fin de l’opération Mariscal.

En pleine visite, on s’arrête devant un graffiti qui illustre trois éléphants tenant avec leur trompe un bout de tissu blanc. Là, l’artiste a voulu rendre hommage à cette mère de famille. Les autres œuvres tracent elles aussi une ligne entre le passé et l’avenir en racontant l’histoire de la communauté.

Aussi, dans la Comuna 13, il est interdit de recouvrir un graffiti à moins de proposer un projet plus beau, plus grandiose que le précédent.

Ce jour-là, ma guide nous racontait qu’il existe encore des violences dans sa communauté, même si les conflits sont plus circonscrits. Avec les touristes, elle saura contourner les secteurs où une certaine agitation se manifeste. La semaine dernière encore, une grenade explosait dans ce quartier de Medellin.

Il y a pourtant bien peu pour ébranler le sentiment de sécurité lors d’un passage dans la Comuna 13. Ses citoyens nous accueillent à bras ouverts. Les petites galeries d’art attirent l’œil et tous se font une fierté des escaliers roulants construits en plein air qui permettent de gravir la montagne sans trop d’efforts. Ici, c’est la règle, on ne marche pas dans l’escalier. Il faut aussi s’appuyer pendant toute la montée pour éviter de tomber. Sinon, quelqu’un vous le reprochera.

Tout en haut, une troupe de danse présente ses talents de hip hop en échange de pourboire. L’art, une fois de plus, vient à la rescousse de la jeunesse. Et pendant que les touristes tapent des mains devant les prouesses des danseurs, les enfants vivant tout près de là s’essaient à quelques mouvements pour imiter les grands. Ils ont désormais des modèles positifs.

L’histoire de Comuna 13 est plus violente encore. On nous la raconte en mots ou en images symboliques. S’attarder aux graffitis un peu plus longtemps que pour un selfie, c’est se donner la peine de comprendre le passé qui a forgé le présent.
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Le Bourlingueur

Au jardin, nom de dieu 

CHRONIQUE / Jérusalem, Nazareth, Bethléem... Visiter Israël et la Cisjordanie, c’est fouler des terres saintes. Le judaïsme et l’islam s’y côtoient sur des sites sacrés, hautement symboliques et incontournables.

Bethléem est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. À Jérusalem, une promenade dans les jardins de Gethsémanie figure certainement sur liste des pèlerins en visite. Les jardins du mont des Béatitudes, particulièrement joli, entrent dans la même catégorie.

C’est toutefois un autre jardin, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, qui figure au patrimoine mondial de l’UNESCO. Lui aussi est un haut lieu religieux, mais relève d’un culte dont l’existence m’était aussi inconnue.

Quand on parcourt la liste des sites à protéger en Israël, les magnifiques jardins Bahaïs, à Haïfa, sont de ceux qui font écarquiller les yeux. Leur inscription est beaucoup moins connue ou évidente que celle de la vieille ville de Jérusalem.

Haïfa est la troisième plus grande ville d’Israël, après Tel-Aviv et Jérusalem, et se trouve à environ une heure de voiture ou de train de la première, en pleine ligne droite vers le nord. L’excursion se fait bien en une journée, mais on en profite plus en y passant au moins une nuit.

Les jardins Bahaïs, sur les flancs du mont Carmel, avec ses 19 terrasses et le mausolée du Bab (le fondateur du bahaïsme) en son centre, constituent la principale attraction. Par ailleurs, le mausolée a été dessiné par un architecte canadien. Arrivé en début de soirée, j’ai marché vers le quartier de la colonie allemande, connue pour ses magasins et ses restaurants. Elle se situe au pied des terrasses, qui s’illuminent une fois le ciel obscurci. De toute beauté.

À mon avis, pour visiter les jardins, qui jusque-là n’étaient encore que des jardins dans ma tête, il faut absolument participer à un tour guidé. Celui en anglais part à midi tous les jours. Une seule plage horaire. Une seule possibilité de visiter. On n’attend pas les retardataires et on ne lésine pas sur les règles plutôt strictes. En haute saison, les files d’attente peuvent être longues. Premier arrivé, premier servi. Certaines zones restreintes sont néanmoins accessibles sans visite guidée.

Mesdames, et Messieurs, couvrez vos épaules et genoux. Le lieu est sacré. Les hommes bénéficieront d’une plus grande tolérance pour les genoux dénudés, mais quantité de demoiselles s’en sortent en s’enroulant un foulard ou une autre pièce de tissu autour de la taille. La vulgaire serviette ne pourra par contre pas se transformer en jupe. Pas permis. Blasphématoire, même. Les jardins Bahaïs d’Haïfa sont l’un des deux sites les plus saints de la foi bahaïe, l’autre étant situé tout près, à Acre.

Le tour, quoique très intéressant, constitue une expérience particulièrement désagréable. Comme à la maternelle, on vous grondera pour vous être écarté du rang, pour vous être immobilisé dans un escalier, et on vous poussera à avancer parce qu’il faut avoir quitté la propriété au bout de 45 minutes. On se foutra que tout le monde soit arrivé pour commencer à raconter les histoires et on se foutra aussi de ceux qui souhaitent croquer quelques clichés. Le problème, c’est probablement la courte durée de l’activité.

Le bahaïsme mise sur une spiritualité universelle, un dieu unique et éternel et vise l’abolition des injustices. Dans cette religion, les Moïse, Bouddha et autres prophètes ont tous livré un seul et même message. Les hommes et les femmes y sont égaux, alors que la science et la religion cohabitent en harmonie.

Selon notre guide, un des éléments importants du bahaïsme : la circoncision n’est pas obligatoire. Il est aussi impossible de naître bahaï et il faut choisir sa foi à l’âge de 15 ans.

Ironiquement, les Israéliens ne peuvent pas se convertir au bahaïsme, même si leur pays compte deux lieux saints bahaï. Les autres fidèles, qui se compteraient au nombre d’environ sept millions, se doivent de faire un pèlerinage à Acre ou Haïfa, sinon les deux, au moins une fois, si leur santé leur permet.
CHRONIQUE-texte:       Les jardins sont entretenus par des bénévoles de partout des jardins orientés vers Acre, le lieu le plus sacré de la religion, et comptent des centaines de plantes exotiques, ainsi que plusieurs fontaines. Il s’agit probablement d’un des meilleurs endroits pour observer la ville d’Haïfa et son port, un peu plus bas.

Sur la route du retour, on peut s’arrêter dans le quartier de Wadi Nisnas, constitué d’édifices étroits en pierre, pour apprécier l’atmosphère d’une vieille ville du Moyen-Orient. On y erre principalement pour l’ambiance. Les amateurs d’art apprécieront le musée à ciel ouvert constitué de plus de 100 œuvres d’art, tantôt des graffitis, tantôt des sculptures tellement discrètes qu’on pourrait ne pas les voir si on ne portait pas attention.

Les musées sont légion, mais l’heure de la visite des jardins, à midi, est un peu inconvenante pour planifier des activités, à moins de décaler les repas.

Enfin, le transport en commun efficace permet de se rendre aisément à l’une des plages, dont Hof HaCarmel, la plus populaire, qui est aussi beaucoup plus calme que les étendues de sable de Tel-Aviv. Si l’envie vous prend de vous y rendre en train, il faut prévoir une fouille sommaire des sacs à dos dans les gares.

Haïfa, ville culturelle moderne, offre une escale beaucoup plus calme que les deux autres grandes villes du pays.
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Au pied des palmiers géants

CHRONIQUE / Avant que l’autobus ne s’élance de la ville de Pereira, à l’ouest de Bogota, au centre de la Colombie, mieux vaut avoir posé un couvercle sur le café qu’on vient de s’acheter. Le café, c’est d’ailleurs un choix naturel, puisqu’il pousse précisément dans cette région du pays sud-américain.

Pourquoi le couvercle? Parce que les bus roulant vers Salento, base idéale pour visiter toute la région, ont tendance à attaquer le bitume à vitesse grand galop. À bord de ces véhicules, qui mettent une heure environ pour atteindre la petite base coloniale, 45 minutes quand le galop est particulièrement rapide, toutes les courbes paraissent prononcées.

Salento, c’est vraiment le cœur de tout. On y arrive souvent de Pereira, ville des affaires, ou d’Armenia, plus au sud. Pratique, pratique, le bus nous abandonne à la place centrale, bordée de palmiers et entourée de commerces. De là, en 8,22 minutes, on peut atteindre tous les recoins du village.

À Salento, on trouve au moins... une grande rue commerciale, ponctuée de restaurants et de boutiques. Sur les rues perpendiculaires, certains marchands se risquent en affaires surtout s’ils sont visibles de la calle Real, aussi appelée carrera 6.

Lové au creux des montagnes, le village vit des profits du café et des piscicultures de truites. Les promenades à dos de cheval y sont populaires. Mais avec une population oscillant autour de 4000 habitants, on risque surtout d’y croiser des touristes. Partout. Ceux qui mangent leur spaghetti en parlant vraiment fort. Ceux qui font retentir la musique tard le soir. Ceux qui hablan español juste un poquito mais qui préfèrent qu’on leur réponde in english.

Salento, ce serait tellement, tellement charmant sans les touristes. Ironie, quand tu nous tiens.

La beauté de la région, néanmoins, se trouve à environ 30 minutes de Jeep de la place centrale. Personnellement, je ne l’ai pas trouvée dans les plantations de café, qui offrent pourtant des paysages de cartes postales. Ma visite y a été expéditive et sans grandes explications. Rien d’impressionnant ou d’éducatif en comparaison avec la naissante Route du café que j’ai visitée en Haïti.

Mon bout de Colombie préféré, il était plutôt dans la vallée de Cocora. Aux heures, les Jeeps se remplissent de touristes prêts à randonner deux, trois ou cinq heures dans la vallée et la jungle colombienne. Combien de jeunes âmes peuvent monter à bord d’un seul véhicule tout terrain? 13, sans compter le conducteur. Trois passagers seront d’ailleurs debout, bien cramponnés à l’arrière.

Cocora, c’est la nature et la (presque) sainte paix. Dans un océan de verdure, rachitiques et énormes à la fois, se dressent, presque nus, les palmiers à cire du Quindio. Ces arbres, un des symboles de la Colombie, peuvent atteindre 60 mètres dans des conditions idéales et ne sont qu’un long tronc grisâtre coiffé de longues feuilles vertes. Ils sont tellement chétifs qu’on ne les croirait jamais aussi grands, vus de loin, si ce n’était de la perspective et des comparaisons avec tout ce qui les entoure.

Les palmiers à cire sont les plus grands palmiers du monde et sont maintenant protégés parce qu’ils sont menacés d’extinction. La cire qui couvre le tronc a longtemps été utilisée pour produire des chandelles.

Mon premier contact avec ces géants s’est fait de loin. Je les voyais dodeliner de la tête quelque part à l’horizon. Perchés sur des collines, ils rendaient ridicule tout randonneur, tellement minuscule, qui s’en approchait dans le lointain.

La vallée de Cocora, pour plusieurs, c’est l’occasion d’une superbe randonnée en nature. Les plus impatients commenceront par la fin en réalisant une boucle de deux ou trois heures directement vers lesdits palmiers. Les autres mettront cinq heures avant de dire qu’ils ont mérité de s’asseoir parmi les géants.

Après moins de dix minutes, on traverse un premier pont de corde et de bois. Vivement la fibre équilibriste. On s’improvise Indiana Jones, au moins un peu dans notre tête. On mettra une bonne demi-heure pour en revenir de la beauté qui nous enveloppe. On côtoie tantôt les vaches, tantôt quelques chevaux, avant de nous enfoncer dans la jungle.

On traversera la rivière une bonne dizaine de fois, toujours sur des ponts bringuebalants qu’il est recommandé de n’affronter qu’une personne à la fois. Deux bonnes heures plus tard, une halte est prévue pour la consommation de boissons chaudes. On s’y émerveille devant les buvettes des colibris. Les minuscules volatiles, par dizaines, virevoltent au grand plaisir des visiteurs. Ils se permettent presque de prendre la pose.

Un peu gagas, nous nous arrêtons longuement pour les observer.

Ce qu’il y a de beau, avec la plus longue route, c’est que l’ascension vers le sommet nous force parfois à ralentir pour reprendre notre souffle. Là, on lève la tête pour apercevoir un oiseau jaune, rouge ou bleu, ou on baisse le regard vers des fleurs et des champignons qui nous étaient encore inconnus.

C’est sur la voie du retour que les palmiers s’offrent vraiment au regard. Garanti, personne n’a l’œil assez grand pour en toiser un de pied en cap. Nenon. On fixe un billot gris ou on se casse le cou à essayer de voir la cime. Les photos qui rendent bien le phénomène ne se trouvent probablement nulle part. Zéro.

Il y a les figuiers plusieurs fois centenaires de l’Amazonie ou les séquoias de la côte Ouest. Ceux-là m’ont étiré les joues d’ébahissement. Les palmiers de Cocora paraissent toutefois bien plus irréalistes tellement ils sont longilignes. Et ils prouvent une fois encore que la nature nous fascinera toujours bien plus que n’importe quelle construction de l’homme.

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LE BOURLINGUEUR

Le déluge de Santa Marta

CHRONIQUE / La nuit s’affalait tranquillement sur Bogota, deux heures top chrono avant le décollage de mon vol vers Santa Marta, au nord de la Colombie. Pourtant, j’en étais encore à boucler mes bagages, à l’hôtel. Sans être en avance, pour un vol intérieur, j’hésitais à croire que j’étais en retard.

À mon arrivée à l’aérogare, sur le grand écran à côté du vol d’Avianca, clignotait le mot « delayed ». Retardé. Jurons intérieurs. Avec le retard, j’arriverais à destination en milieu de nuit. C’est que de l’aéroport de Santa Marta, il fallait prévoir une bonne heure de route pour trouver mon hôtel, à l’orée de la jungle du parc national de Tayrona.

Misère de misère!

Je ne me doutais pas encore de la raison du retard de ce vol. Je ne comprendrais que deux heures plus tard, quand la carlingue de l’avion s’agitait de gauche à droite juste avant l’atterrissage sur une piste plus que détrempée. Les éclairs illuminaient la piste. Du haut des airs, on apercevait les voitures immobilisées le long de la route, les quatre clignotants en fonction. Des automobilistes se risquaient à poursuivre leur route malgré l’eau qui atteignait presque le bas des portières. L’appareil s’est posé comme une tonne de brique.

Alors que j’attendais mon sac à dos au carrousel à bagages, un flot de voyageurs inattendu s’est dirigé en courant vers la sortie. Tous les vols en attente venaient d’être annulés. Ceux qui nous avaient précédés avaient apparemment été détournés vers Barranquilla ou Carthagène. Grâce à une toute petite éclaircie, je m’étais pourtant posé à destination. Bonne ou mauvaise nouvelle? Ça restait à voir. Les sorties étaient prises d’assaut.

Les taxis ne suffisaient pas à la tâche devant ce tout petit aéroport. Parce que trop peu nombreux pour les voyageurs entassés à la pluie battante, les chauffeurs faisaient grimper leurs prix. Certains passagers potentiels se chamaillaient, si bien que le calme et la patience étaient de mise.

Un chauffeur a accepté de réduire son prix à condition de pouvoir faire monter une autre cliente qu’il laisserait en chemin. Marché conclu.

Au volant, le jeune homme avait l’air à peine adulte. Il avait pourtant 27 ans et jamais il n’avait vu pareille averse. Les essuie-glace brossaient frénétiquement le pare-brise sans parvenir complètement à éliminer toute l’eau qui n’en finissait plus de tomber. À l’intérieur, impossible d’attacher nos ceintures de sécurité. Il fallait se cramponner et faire confiance.

Filant à toute vitesse, le taxi a ralenti au moment d’apercevoir plusieurs phares immobiles sur la route. Certains véhicules circulaient à contresens. En aval, des policiers bloquaient la route, inondée de plus d’un mètre d’eau.

Le jeune chauffeur a fait demi-tour avant de s’engager dans une rue perpendiculaire particulièrement cahoteuse. L’autre passagère, se tournant vers moi, s’est montrée autoritaire : « Verrouillez les portières ».

Le conducteur s’est emparé de son radio-transmetteur pendant que je valsais au rythme des grosses pierres que nous attaquions de front. « J’entre dans le secteur Libano. Je répète, je suis dans le secteur Libano. S’il arrive quoi que ce soit, je vous avertirai. Je suis dans le secteur Libano. »

Me voilà rassuré! (Pas vraiment!)

Faut croire que les bandits aussi trouvaient que ce n’était pas un temps à coucher dehors. Pas d’incident malheureux à déplorer.

Après nous être délestés d’une passagère, nous avons contourné l’inondation pour retrouver la route principale : celle s’enfonçant aux abords du parc Tayrona. « Faites attention aux arbres qui sont tombés et aux glissements de terrain qui obstruent la route », prévient la préposée au péage qui ne voyait certainement pas beaucoup de passants par de telles conditions.

Le ciel coulait depuis plus de cinq heures et ne semblait pas vouloir se calmer. Déjà deux ou trois coulées de boue nous avaient forcés à louvoyer sur la grand-route quand nous nous sommes engagés dans un chemin non pavé. Un panneau annonçait mon hôtel à quelque 300 mètres, mais aucun véhicule ne s’y rendrait. Les pneus s’enfonçaient dans la boue bien tendre. Il faudrait faire le dernier bout à pied.

Le chauffeur, avec moi, a bravé les cordes qui tombaient pour se buter à un torrent bouillonnant. La route, devant nous, était coupée par une rivière qui, de toute évidence, n’a pas l’habitude de faire son lit à cet endroit. Sur la rive opposée, on apercevait la clôture de l’hôtel. Il aurait toutefois été beaucoup trop périlleux de tenter quoi que ce soit pour dormir dans le lit que j’avais réservé.

Le conducteur de la bagnole jaune comme allié, je suis reparti sur la route principale pour m’arrêter partout où le mot hôtel avait été placardé dans l’entrée.

Toc! Toc! Pas de réponse. Ding! Dong! Pas de réponse non plus.

À la cinquième halte, au moment d’abdiquer à nouveau devant une petite maison identifiée comme Hostal El Indio, une lumière s’est allumée. Un vieillard, une serviette autour de son corps presque nu, a déverrouillé. L’endroit, qu’aucun autre client n’avait trouvé, n’était pas tout à fait prêt à recevoir des visiteurs. Vitement, l’homme a jeté des draps sur un lit en s’excusant. Il s’est retiré pour passer la nuit dans un hamac, sous une gloriette située à l’extérieur.

J’étais finalement au sec, après avoir offert un généreux pourboire au chauffeur du taxi. Mais ironiquement, par temps de grande pluie, certains hôtels, comme celui où je me trouvais, sont privés... d’eau courante.
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Le Bourlingueur

Une ondée chez l’habitant

CHRONIQUE / La pluie finit toujours par tomber. C’est de même! À moins d’être extrêmement chanceux, il y aura toujours une journée ou deux, pendant les vacances, où le ciel décidera de tomber un peu, beaucoup ou passionnément.

Pour les amateurs de photographie, la pluie offre des paysages tout gris ou des occasions incontournables de capturer des éclaboussures et des défilés de parapluies. Pour les moins habiles comme moi, c’est probablement l’occasion d’inonder un appareil photo qui rendra l’âme indubitablement avant la fin de l’ondée.

Ma stratégie revient généralement à garder les visites prévues à l’intérieur pour la fin de mon périple. Si le temps ne me permet pas de mettre le nez dehors, je pige dans la réserve de musées et d’autres expositions qui me faisaient envie. Si le crachin est faible, comme chacune des pluies qu’il m’a été donné d’expérimenter en Australie, je sors quand même sans hésitation.

En Asie du Sud, la saison des pluies, qui commence souvent avec le printemps, ne fait pas de cachettes. Ça le dit : il pleuvra. Ce qu’il y a de beau, c’est que les précipitations ne durent souvent que 30 minutes ou une heure. Réguliers comme une horloge, presque, les nuages ont même tendance à se présenter autour de la même heure, jour après jour.

C’était du moins le cas au Sri Lanka, où la saison des pluies sévissait surtout en région montagneuse, au début du mois d’avril. Pendant que le nord du petit pays fondait sous un soleil de plomb, le sud goûtait aux précipitations.

À Ella, ville montagneuse entourée de plantations de thé, le mot se passait que les nuages se liquéfiaient vers les 15 heures. Sauf que dans la région, à part quelques usines à thé, les occasions de se réfugier à l’intérieur ne sont pas légion, à moins de retourner à l’hôtel. Ella, c’est la nature et la contemplation.

Comme la plupart des touristes, pendant que le soleil brillait encore bien haut, je me suis dirigé vers le chemin de fer, véritable autoroute piétonne. Pour passer du point A au point B, à Ella, c’est probablement la route la plus courte. Loin des routes, en altitude, les points de vue sont magnifiques. La matinée est aussi le meilleur moment pour s’aventurer vers les hauteurs, pendant que l’horizon n’est pas obstrué par les cumulonimbus.