Le Bourlingueur

Les églises perchées de Tigré

CHRONIQUE / Le ciel se nimbait doucement de rose pendant que la camionnette filait sur la route à deux voies. Les hameaux de trois, cinq, douze maisons de fortune défilaient sans qu’on leur porte attention. Toute la journée durant, nous avions été ballotés au rythme du bitume et des chemins de terre irréguliers.

Justement, le bolide bifurquait et s’enfonçait entre les cactus. Les sièges tanguaient plus qu’ils ne l’auraient fait sur n’importe quel navire. Vitesse tortue vers la falaise, jusqu’à ce que les freins soient appliqués. À partir de là, il faudrait marcher.

Nous arrivions à l’église Petros We Paulos, quelque part au sud d’Adigrat, au nord de l’Éthiopie. La région de Tigré, à la frontière de l’Érythrée, est connue pour ses églises aménagées à flanc de falaise, dans les montagnes ou dans les grottes. Chacune vaut les efforts qu’on mettra pour l’atteindre. Et sans guide, impossible de s’y retrouver et impossible d’y avoir accès.

Des enfants, immanquablement, se sont élancés à notre rencontre. Argent? Bonbons? Stylos? Ils demandent parce qu’on leur a déjà donné, dans le passé. Ils demandent parce que certains touristes adorent jouer à « sauver les pauvres africains ».

Les chiens n’aboyant pas contre le soleil qui avait amorcé sa chute quotidienne jouaient les intimidateurs avec les touristes que nous étions. Quelques aboiements, mais une conviction qui manquait un peu de nuances pour être crédible.

« Attendez ici », a demandé notre guide avant de s’élancer à travers champ pour avertir le moine agissant comme maître des clés.

On apercevait l’église, en altitude, sur la gauche. À droite, une pile de bois faisait office d’escalier. On aurait dit qu’il s’était effondré et qu’on l’avait abandonné à son sort. C’est pourtant par là qu’on nous a guidés pour nous encourager à grimper. 

D’en haut, la plaine se révélait sans gêne pendant que le ciel finissait de rougir. La plaine, calme jusqu’au fond de l’horizon, étalait toutes ses largesses.

En prenant soin de ne pas se cogner le coco sur le trop bas cadre de porte, où ma tête irait s’échouer de toute façon, on pénètre dans la vieille église où seule la lueur des chandelles nous permet d’apprécier les fresques du plafond. La pièce, grande comme la distance entre la paume d’une main et la moitié du petit doigt, recèle pourtant de trésors artistiques impressionnants.

Sous la lueur de la lune, pendant que le froid commençait à nous cajoler, nous avons emprunté le même amoncellement de bois pour redescendre vers la voiture.

Le Bourlingueur

Cirque et recyclage à San Pancho

CHRONIQUE / La plage de San Francisco, dans la province de Nayarit au Mexique, est prise d’assaut par les touristes. Les surfeurs s’en donnent à cœur joie toute la journée sur la côte Pacifique alors que les épicuriens ont amplement de quoi combler leur dent creuse dans l’un des restaurants de la plage.

Par exemple, le restaurant Las Palmas sert la cuisine locale directement sur la plage depuis trois générations. Le chef Sergio Contreras a d’ailleurs revisité les recettes familiales, servant un excellent aguachile aux fruits de la passion.

En soirée, si le vent frisquet de la plage nous pousse à nous en éloigner, le choix parmi tous les restaurants qui animent les rues coloniales est particulièrement difficile.

Mais l’arrêt le plus intéressant à San Francisco, connu au pays sous le nom de San Pancho, ne réside ni dans son blond sable fin ou ses délicieux fruits de mer. C’est plutôt le centre communautaire Entreamigos, dont le travail a été souligné par nul autre que le dalaï-lama, parce qu’il a été le premier à mettre sur pied un programme de recyclage dans toute la province de Nayarit.

La coordonnatrice bénévole Andrea Ruiz raconte que l’initiative a vu le jour il y a une douzaine d’années grâce à une Américaine qui s’était rendue à San Pancho pour des vacances de deux mois. Aujourd’hui, elle vit au Mexique à temps plein.

« Au départ, elle invitait ses amis à enseigner de nouvelles connaissances aux enfants. Les cours se tenaient sous un grand manguier », raconte Mme Ruiz.

De fil en aiguille, le centre communautaire a vu le jour, a permis de recycler de vieux entrepôts pour accueillir les moins nantis, les enfants, les bénévoles. Le grand manguier n’est plus, a été abattu. Un arbre de métal, fait de matières recyclées, a été construit en sa mémoire à l’entrée du centre communautaire.

Au moins 80 % de ce qu’on aperçoit dans le centre communautaire a été recyclé. Un plafonnier, construit avec des bouteilles de plastique enduites de peinture, fait office de décoration. Des bouchons ont été récupérés pour faire des murales.

Le centre compte une bibliothèque, un fait rare pour une ville aussi petite. L’internet sans fil permet aux enfants de faire leurs devoirs dans un environnement où des bénévoles peuvent leur venir en aide. Et parce qu’ils prêchent par l’exemple, les plus vieux doivent aussi acquérir de nouvelles compétences jour après jour.

Le Bourlingueur

Tout ce que je ne vous ai pas dit

CHRONIQUE / Grande respiration. Petit regard par-dessus l’épaule. La dernière année, vécue à vitesse grand V, donne un peu le vertige.

Malgré mon irrépressible envie de sauter dans le prochain avion, jour après jour, jamais je n’aurais imaginé la chance qui m’a mené dans onze pays, sur quatre continents, en à peine douze petits mois. En rétrospective, les 29 avions qui m’ont soulevé à un moment ou un autre me donnent envie de planter toute une forêt pour compenser mes émissions de gaz à effet de serre. Surtout qu’à bien compter, c’est un avion de plus que pendant tout le tour du monde que je me suis payé en 2012...

Si jamais l’envie vous prenait de visiter l’une ou l’autre des destinations que j’ai choisies en 2017, je vous propose quelques informations supplémentaires pour vous guider dans votre préparation.

Rwanda et Ouganda

Le Rwanda n’est pas un pays facile à visiter, d’abord en raison de l’omniprésence des rappels du génocide, ensuite parce que les moyens de transport rendent les journées éreintantes. Il n’est pas conseillé de conduire, mais louer une voiture et engager un chauffeur coûtera les yeux de la tête. L’autobus prend pour sa part une éternité à franchir les distances.

En matière de coûts, le Rwanda essaie de plus en plus de se positionner comme une destination de luxe. Une des attractions principales, la visite des gorilles de montagne, coûte maintenant 1500 $ US par personne pour une heure avec ces grands primates. Le prix a doublé en courant d’année. On compte d’ailleurs construire de nouveaux hôtels haut de gamme à Kinigi, le village de départ pour les excursions en montagne.

Si les gorilles demeurent incontournables pour vous, il vaut peut-être mieux se tourner vers l’Ouganda et, pour encore une fraction du prix, le Congo.

L’Ouganda paraît un peu plus facile d’approche, plus populaire aussi, avec ses nombreux safaris. Je n’y suis resté que quelques jours, mais l’accueil était suffisamment bon pour que j’aie envie d’y retourner.

Qatar et Allemagne

Ces deux pays s’ajoutent à ma liste en raison d’escales un peu longues pendant lesquelles j’ai décidé d’y aller d’une exploration.

Au Qatar, pour toute escale de plus de huit heures, il est possible d’obtenir une chambre à l’hôtel et un transfert vers la ville. Dans certains cas, Qatar Airways propose de payer pour le forfait, qui inclut aussi le visa et un repas. Si le prix du billet d’avion est bas, il est fort probable qu’on vous demandera de débourser pour la chambre. Le musée d’art islamique et le marché public sont les deux principales attractions.

En Allemagne, c’est à Francfort que mon avion se posait. La proximité de l’aéroport avec le centre-ville en fait une escale parfaite, à condition que les douaniers se magnent un peu. Si on raconte que la Ville n’a rien de bien intéressant, la promenade le long de la rivière Main vaut le déplacement.

Pérou et Bolivie

S’il y a une chose que je retiens de mon passage en Amérique du Sud cette année, c’est l’intérêt qu’on devrait porter aux petits villages qui se situent en dehors des circuits touristiques. Il faut parfois valider les moyens de s’y rendre avant de partir, mais un village comme Santiago de Okola, sur les rives du lac Titicaca, nous permet de prendre le pouls de la vraie vie bolivienne.

Pour tout arrêt en Amérique du Sud, un détour dans l’Amazonie devrait être incontournable. Le petit vol entre La Paz et Rurrenabaque, avec son avion d’une vingtaine de places, était une première expérience du genre pour moi.

Le Bourlingueur

Le bordel d’Addis-Abeba

Pourquoi l’Éthiopie? La question revient souvent. À part les images de Vision mondiale nous ayant inondés de reportages sur des enfants mourant de faim, on connaît peu de choses de ce vaste pays d’Afrique.

J’avoue m’être un peu posé la question en arrivant à Addis-Abeba, la capitale, dont j’avais appris le nom dans un exercice de par cœur de mon cours de géographie au cégep. Je n’en savais à peu près rien d’autre.

Addis-Abeba, ou Addis-Ababa, comme on dit là-bas, nous balance rapidement au visage la nécessité de négocier pour tout et pour rien. Un farenjii (un étranger) qui sort de l’aéroport international, l’air un peu assommé par je ne sais combien d’heures de vol, constitue une proie facile. Suffit de le cueillir et d’abuser de la belle naïveté qu’il porte encore sur la main.

J’ai eu cette petite difficulté avec Addis-Abeba dès les premières minutes, à un poste de taxis improvisé, où on me demandait 300 birrs, entre 15 et 20 $, pour une course en taxi d’à peine cinq kilomètres. Mon cerveau qui piquait encore un somme dans l’avion avait quand même trouvé le prix trop élevé. Perdu dans la conversion avec une monnaie que je n’avais pas encore apprivoisée, j’ai simplement décliné.

Dans le taxi lui-même, on réclamait 200 birrs, déjà 33 % moins cher. Même s’il s’agit d’un pays où la négociation est courante, j’ai eu un haut-le-cœur. J’en ai un chaque fois que je comprends qu’on multiplie par dix les prix en voyant ma tête de Blanc. Je comprends qu’on veuille profiter un peu de la « richesse » des étrangers qui traversent des océans pour se trouver là. Je comprends qu’il s’agit d’un jeu. Qu’il faut tenir les cordons de sa bourse bien serrés. Mais je déteste qu’on me croie assez con pour payer dix fois la valeur d’un bien ou d’un service, même si, parfois, malgré moi, je leur donne raison.

Aux fins de comparaison, les bons négociateurs étrangers s’en tireront pour 60 ou 80 birrs pour franchir cinq kilomètres à partir de l’aéroport. Si on convainc le chauffeur d’utiliser le compteur, même s’il jurera qu’il est brisé, on peut même se limiter à 40 petits birrs.

Addis-Abeba m’a rappelé l’Inde. Peut-être pas New Delhi ou Jaipur, mais quelque chose d’un tantinet moins populeux. Le plus important, c’est de traverser la première journée sans être trop exaspéré et de prendre de grandes respirations.

Il y a les taxis, partout, qui chargent trop cher. Les vendeurs de gogosses, à chaque coin de rue, qui voudront attirer votre attention. Le risque accru d’être victime d’un pickpocket avec ces passants qui nous frôlent à droite, à gauche, tout le temps. Cent fois par jour, on voudra vous entraîner vers le bureau d’Ethio Travels and Tours, LA compagnie la plus connue offrant des tours vers la dépression du Danakil ou les monts Siemens. Cette première journée, on se sent comme si on avait une énorme cible en plein milieu du dos.

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La corde en cuir qui mène au monastère

CHRONIQUE /En retrait de l’autoroute, dans le nord de l’Éthiopie, se trouve un monastère bien particulier. Le monastère de Debre Damo, interdit aux femmes, ne peut être atteint qu’en voiture, à l’aide d’un chauffeur qui connaîtra le chemin.

Debre Damo, situé sur un plateau surélevé d’une quinzaine de mètres, trône à l’abri du temps. À l’abri des envahisseurs aussi. Pour y monter, pas d’escalier, pas d’ascenseur. Seulement une très grosse corde et une paroi rocheuse sur laquelle s’accrocher.

Pour les farenjis, les étrangers, les moines proposent un système de sécurité : une corde de cuir qu’il faut s’attacher autour de la taille. Le Lonely Planet fait état de cette curiosité. Il recommande de ne pas s’attarder à la qualité des cordes et de ne pas regarder en bas au moment de monter ou de descendre. Ça vaut mieux.

Malgré le petit côté inquiétant de l’entreprise, quand on est un homme, il reste tentant de vouloir tenter l’ascension. Si les femmes ne peuvent pas grimper, elles peuvent néanmoins apprécier le spectacle de ceux qui mettent leurs talents d’escalade à profit. Déjà, il y a de quoi être impressionné.

Au départ d’Axum, une ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, il faut environ deux heures pour atteindre le pied du plateau de Debre Damo. Notre chauffeur racontait qu’en temps normal, le site est plutôt délaissé des touristes.

Pas ce jour-là. Au pied du sentier qui monte en escaliers jusqu’aux fameuses cordes, des dizaines d’autobus ronronnaient en attendant le retour de leurs passagers. Des femmes patientaient à l’ombre de chapiteaux de fortune.

À quelques jours d’un grand pèlerinage dans la ville d’Axum, les Éthiopiens affluaient dans le nord du pays. 

Plusieurs s’arrêtent en chemin pour visiter les églises de la région de Tigré, dont celle de Debre Damo.

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Les dangers de la montagne fumante

CHRONIQUE / Quand j’ai choisi l’Éthiopie comme destination, un peu à l’aveuglette, à la dernière minute, j’ai omis de consulter le site du gouvernement du Canada, comme je le fais toujours. Pour plusieurs zones du pays, on recommandait d’éviter tout voyage non essentiel.

Quand j’ai choisi l’Éthiopie comme destination, un peu à l’aveuglette, on m’a immédiatement suggéré de visiter la dépression de Danakil, une des régions les plus inhospitalières dans le monde. L’Erta Ale, dont le nom signifie « montagne fumante », est un volcan qui culmine à 613 mètres d’altitude. On peut le visiter en même temps que les déserts de sel et les lacs de soufre de la région.

Grimper le volcan, c’était le point culminant du voyage, le moment que j’attendais avec le plus d’impatience. Le seul vrai moyen d’y accéder passe par un tour organisé. Des guides négocient un droit de passage avec le peuple Afar, installé dans la région. Des gardes armés assurent notre protection, à deux kilomètres de marche de la frontière tumultueuse de l’Érythrée.

J’avais bien lu qu’en 2012, cinq personnes ont été tuées et deux kidnappées par des rebelles. Mais le calme semblait revenu. Pourtant, le jour de mon ascension, le 29 novembre, je ne me doutais pas qu’une fusillade prendrait la vie d’un touriste allemand, quatre jours plus tard, là où j’avais posé les pieds. Ces kalachnikovs, trimballées nonchalamment par nos gardes armés, n’étaient donc pas vouées qu’à nous impressionner.

Ce jour-là, pourtant, rien ne laissait croire à un réel danger. Sous le soleil de plomb de Mékélé, la deuxième ville en importance en Éthiopie, une caravane d’une dizaine de voitures a pris la route du désert, s’arrêtant dans un village le temps de boire un thé.

À travers la steppe, les 4X4 roulaient ensuite sur un bitume tout neuf avant de bifurquer dans le sable où les Chinois ont amorcé la construction d’une nouvelle route. En attendant le chemin balisé, comme des enfants, les chauffeurs ont pris chacun une direction, contournant des obstacles et laissant à leur traîne des nuages de poussière. Pour les derniers 11 kilomètres, ils ont toutefois adopté la vitesse tortue, roulant pendant plus d’une heure sur d’inégales pierres volcaniques.

À l’entrée du campement de base, un épouvantail revêtant un habit militaire offrait un salut figé. Perchés quelques mètres plus haut, des soldats bien vivants observaient tout le campement. En toile de fond, un danger tacite dont personne ne parlait vraiment.

Nous nous sommes posés en attendant que la nuit tombe, assis sur des chaises de fortune pour engloutir un plat de pâtes. L’accès au cratère était prévu une fois la nuit tombée à cause de la chaleur trop accablante le jour. Parce que le spectacle de la lave en fusion, aussi, serait plus impressionnant en pleine noirceur.

Le Bourlingueur

Maman, j'ai (presque) raté l'avion

CHRONIQUE / Trois heures avant, qu’ils disent. C’est le temps qu’on devrait se donner, avant un vol, pour passer tous les contrôles à l’aéroport : enregistrement, sécurité, collation et probablement petit roupillon. Ah oui! Il faut aussi inclure la demi-heure qu’il faut pour trouver la porte d’embarquement, qui donne toujours l’impression d’être à l’extrémité opposée du terminal.

Je suis du type nerveux. D’un coup! D’un coup la file d’attente est trop longue. D’un coup mon nom était mal orthographié sur ma carte d’embarquement. D’un coup je ne trouve pas la place, tiens. Y a toujours cet imprévu qui nous bousille les plans. J’ai donc tendance à arriver trois heures avant. Pour toutes ces fois où j’ai regardé passer des centaines de passagers dans le couloir, bien assis à la porte d’embarquement deux heures et trois quarts avant le décollage, il y a eu cette fois où les étoiles s’étaient alignées pour me faire rater mon vol.

Février 2012. J’avais écoulé une semaine dans un tour du monde de six mois. Mais c’était une semaine qui ne comptait pas vraiment. Los Angeles, c’était purement pour décompresser avant la vraie aventure. J’avais réservé mon billet vers la Nouvelle-Zélande, obtenu mon visa pour l’Australie, mais autrement, rien. Je savais quand je traverserais le Pacifique, mais tout le reste relevait de l’inconnu. Je savais aussi que la Nouvelle-Zélande n’exigeait pas de visa pour les citoyens canadiens.

Trois heures avant, donc, je me pointe à l’aéroport de Los Angeles. Très peu de voyageurs ont été aussi zélés. Tant mieux, ça me laissera le temps de casser la croûte quand j’en aurai fini avec les formalités.

« Quand quitterez-vous la Nouvelle-Zélande? » me demande l’agente de la compagnie aérienne. Trois semaines environ, que je lui réponds.

Quoi? Le billet du retour? C’est qu’en fait, j’avais l’intention d’acheter mon transit vers l’Australie quand j’en aurais assez de me prendre pour un hobbit, quand la météo changeante de la Nouvelle-Zélande m’aurait trempé suffisamment pour que je m’évade vers les plages de Melbourne.

Nenni. Apparemment, on ne monte pas dans l’avion sans une pièce prouvant qu’on laissera éventuellement la Nouvelle-Zélande aux Néo-Zélandais. On nous aime bien comme touriste, mais la visite, il faut bien que ça parte à un certain moment.

On ne me remettrait donc ma carte d’embarquement que sur présentation d’un billet qui m’entraînerait n’importe où sauf là. Pas d’enregistrement de bagage, un petit sourire d’encouragement, que toute la chance que je peux entasser dans un petit baluchon et l’horloge qui fait tic-tac : c’était ce que me valaient pour l’instant les centaines de dollars engloutis dans un vol vers Auckland.

Plan A : réserver en ligne. N’importe quoi vers l’Australie, en espérant pouvoir annuler et reporter mon départ une fois sur place. Sans la complicité du wi-fi de LAX, j’ai dû passer au plan B : consulter une agente de Qantas, la compagnie aérienne australienne, après avoir fait la file comme tous les autres voyageurs. TIC. TAC! En majuscules avec un point d’exclamation.

« Oui, oui, nous pouvons réserver votre billet d’avion. Passez à l’autre ordinateur! » Le billet le moins cher, n’importe lequel, dans la mesure où vous l’imprimez maintenant...
L’ordinateur devait bel et bien tomber en panne exactement là, forçant l’agente à reprendre la recherche. « Malheureusement, le prix du siège que vous vouliez réserver n’est plus disponible. Il est maintenant deux fois plus cher. Vous le voulez quand même? »

J’y peux quoi, moi, sur le prix de mon vol, quand je visualise déjà mon avion qui décolle sans moi? On imprime et on oublie tout. Je rationaliserai les dépenses un autre tantôt.

« Désolée! L’imprimante ne fonctionne pas. Pouvez-vous patienter quelques minutes? »

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La liberté derrière le volant

Marcher, c’est bon pour la santé. Encore plus à l’étranger. Parce qu’il n’y a rien comme découvrir une ville en se perdant d’une rue à une autre, en tombant par hasard sur un parc, une église étrange ou un restaurant dissimulé au fond d’une cour.

N’est-il pas satisfaisant de déambuler dans Paris, sans plan ni guide, et de voir se déployer les Champs Élysées devant nous, par pur hasard? Orgueil et esprit d’aventure s’emportent, comme un pied de nez aux circuits touristiques préfabriqués. Nous y sommes arrivés sans l’aide de qui que ce soit!

Je préfère donc toujours la marche au métro ou au transport en commun, quand la distance le permet, pour explorer davantage. Mais il est là le hic : la distance. Et quand on choisit de se perdre au-delà des gratte-ciel et des boucles des circuits de tram, il reste à s’acheter un billet de bus ou de train, et à se laisser porter, ou à louer une voiture et la laisser nous conduire dans les lieux les plus inusités.

Road trip! Y’a pas d’expression francophone qui décrive mieux l’ivresse d’être son propre chauffeur vers nulle part dans un fuseau horaire tellement loin qu’on oublie les largesses du décalage.
Mon permis de conduire international en poche, j’ai entrepris de louer une bagnole à Melbourne, Australie. 

Il y a les frais de location, l’assurance, l’essence, mais il y a aussi la satisfaction d’être maître de son chemin.

Voyageant en solo, j’avais lancé un appel à tous dans mon auberge de jeunesse pour me trouver quelques passagers. Direction : la Great Ocean Road, considérée comme une des plus belles au monde, qui longe la côte vers le sud jusqu’à Warrnambool. Les bus touristiques remplis de photographes amateurs la parcourent aller-retour en une journée. Trois petits clichés et puis s’en vont. Moi, je voulais prendre mon temps.

Un Français et une Allemande ont répondu à l’invitation. Pendant que je tenterais de maîtriser la conduite dans la voie de gauche, mon volant bien fixé à la droite du véhicule, mes nouveaux compagnons apprendraient à se connaître.

Et nous étions en route.

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La galère de Florence

CHRONIQUE / C’était une autre décennie. Je ne m’étais encore jamais aventuré en dehors de l’Amérique du Nord. J’avais tout prévu. Tout. Des horaires de train aux auberges de jeunesse où je dormirais pendant tout un mois. Tout prévu, sauf ça...

Avant de partir, j’avais pris soin d’anticiper chaque pépin. Pour la carte de guichet automatique, on racontait qu’il fallait un code à quatre chiffres, sans quoi certains lecteurs européens ne reconnaîtraient pas notre technologie. Il fallait que la carte porte le logo « plus », pour valider qu’elle fonctionnerait à l’international.

J’avais commandé deux cartes de crédit : une Visa, une MasterCard. On n’est jamais trop prudent.

Les chèques de voyageurs? Pourquoi? On avait bien passé le cap des années 2000.

J’avais rêvé de Rome depuis que j’avais vu le Colisée dans mes livres d’histoire. Pour une première incursion sur le Vieux Continent, je ne pouvais ignorer la fontaine de Trévi, mythique. Aussi ai-je pris le temps de traverser la place Saint-Pierre, déserte à cause de la pluie, et de m’arrêter à la chapelle Sixtine, où des surveillants répétaient « no photo » sans arrêt, pendant que les visiteurs s’entassaient toujours plus serrés.

C’était l’année des Jeux olympiques. L’Italie s’apprêtait à accueillir le monde entier plus au nord, à Turin et dans les montagnes environnantes. À trois semaines de la cérémonie d’ouverture, en plein mois de janvier, j’avais fait toutes les entourloupettes pour m’y rendre.

Pour ce faire, j’ai sacrifié Pise, impossible à atteindre dans mon trajet. Mais Florence. Florence! C’était bien sur la route.

Florence, c’est l’immense Duomo, cette cathédrale Santa Maria del Fiore. C’est surtout la statue du David, de Michel-Ange. Un incontournable.

J’ai pris le train à partir de Rome en matinée, avec un peu moins de 10 euros en poche, avec pour arrivée Turin, au nord, où un lit m’attendait pour la nuit. Ça me laissait un peu plus d’une demi-journée pour Florence, le temps d’une escale pour visiter les environs de la gare.

Il suffisait de laisser son bagage au comptoir de la gare, pour quelques euros, et on le surveillait pour nous. Voilà qui entamait encore un peu plus mon budget.

Pas de problème! 2006 avait fait son œuvre. Au premier guichet automatique, je retrouverais de quoi payer ma pitance.

Sauf que... Sauf que le distributeur de billets a recraché ma belle carte toute neuve, pourtant frappée du logo « plus ». La carte de ma compagne de voyage, qui n’avait plus que quelques pièces en poches également, avait subi le même sort.

Il faut dire qu’il arrive que certaines banques ne soient pas compatibles avec les nôtres... ou que le distributeur soit tout simplement vide de ses billets. Quand la situation se présente, vaut mieux tester une autre machine.

Après trois banques différentes, j’ai compris que quelque chose clochait. C’était avant que l’internet soit universel. Que les téléphones intelligents, au bout des doigts, nous permettent de régler tous nos problèmes en moins de cinq minutes. Parler à un humain, directement sur place, demeurait la meilleure solution.

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La planète dans l'assiette

CHRONIQUE / Manger! Il suffit d’être un tantinet gourmand pour que les repas prennent une place immense dans les voyages que nous planifions. En plus de nouvelles saveurs, des plats qu’on ne se serait jamais imaginé manger, il y a tous ces restaurants, plus ou moins typiques, avec leur ambiance, leur concept différent, qui nous permettent de bien nous plonger dans une nouvelle culture.

Au Japon, par exemple, certains restaurants nous permettent de commander directement à l’entrée, sur une espèce de machine distributrice. Il y a cinq ans, ces machines n’avaient pas d’écran tactile, pas plus que des illustrations, la plupart du temps. On appuyait sur les descriptions des plats qu’on voulait, un coupon s’imprimait, et on le remettait à une serveuse, qui nous apportait aussitôt notre commande.

Sauriez-vous lire le japonais, ou feriez-vous comme moi, en choisissant seulement les restaurants où des images simplifient le choix des clients?

Dans d’autres pays, la méfiance et la paranoïa sont payantes. On pense à l’Inde et à la Birmanie, où le meilleur et le pire peuvent se côtoyer quand on mange directement dans la rue. La cuisine de rue y est particulièrement populaire, mais le manque de cuisson ou le manque de réfrigération jouent parfois des mauvais tours.

C’est pourtant en Inde que les saveurs des currys et des thalis rendent complètement fou. Les épices bien dosées, le pain naan fraîchement cuit et les plats végétariens sont difficiles à égaler. Pareil pour les lassis, ces boissons à base de fruits et de yogourt. Il faut toutefois savoir que de commander un « lassi spécial » peut entraîner des hallucinations. Le cannabis qu’on y ajoute y est probablement pour quelque chose.

L’Inde demeure un endroit idéal pour s’initier à la cuisine végétarienne, d’une part parce que les animaux n’y semblent pas particulièrement en santé, d’autre part parce que les plats de fromage indien, d’épices et de légumes y sont tellement goûteux.

En Birmanie, où le mercure grimpe souvent au-dessus des 30 degrés Celsius, on se lassera probablement de manger des soupes et des plats de nouilles fumants. Mais les autres plats cuits, souvent servis froids, peuvent facilement entraîner des intoxications, particulièrement à l’extérieur des grandes villes. On mange généralement assis sur un tabouret de plastique, sur le bord de la rue, devant ceux ayant préparé le repas.

Les voyages culinaires, c’est essayer de nouveaux mets, comme le chameau, servi dans le buffet de l’hôtel où je logeais à Tozeur, en Tunisie. Il faut s’habituer au goût laineux très prononcé.

Au Pérou, on m’a servi du jambon de lama sans que je goûte une différence importante avec le jambon que je consomme habituellement. J’ai quand même eu moins de réticences à essayer ce plat qu’à goûter le cuy, ou cochon d’Inde, qu’on sert généralement en entier dans l’assiette. L’occasion d’en manger ne s’est pas présentée.