L’anxiété de performance

CHRONIQUE / « Je retire une grande partie de mon propre plaisir sexuel dans celui de ma partenaire. Le seul hic, c’est qu’elle n’a pas l’air d’avoir grand fun… »

Le plaisir de l’autre, baromètre ô combien précurseur du bien-être sexuel de plusieurs !

Dans ce contexte, combien sont ces hommes m’exprimant voir leur niveau de satisfaction s’élever en fonction du contentement de leur partenaire ?

Combien sont ceux m’expliquant que nulle activité sexuelle n’a lieu d’être si madame ne fait qu’attendre que le train passe et aboutisse enfin ?

Combien sont ceux refusant tout rapprochement, lassés d’être jumelés avec cette personne feignant l’étoile de mer échouée autour d’un banc de plastique ?

Combien sont ceux biffant la quantité pour laisser place à une moindre qualité ?

Exit égoïsme, besoins personnels ou insensibilité ! Quitte à laisser ébrécher sa propre volupté !

Amener l’autre vers la jouissance ; voilà une mission significative pour divers membres de la gent masculine.

Pourquoi tant de générosité ?

Rassurance

Mâle alpha au rendez-vous ! D’entrée de jeu, telle une tape dans le dos, qu’y a-t-il de mieux que d’offrir ce bon vieil orgasme à une tendre moitié un tant soit peu démonstrative pour confirmer les performances de monsieur l’amant ? Un « ah-oui-encore-oui-oui » rassurant.

Sentiment d’accomplissement, d’efficacité et de prouesses exaltantes amenant à cette conclusion irréfutable pour plus d’un : « Je fais bien l’amour ! »

Après tout, qui ne rêve pas de ce talent ?

Bémol

Donner du plaisir, une marque de virilité pouvant sembler essentielle dans la définition de l’homme sexué ancrée de stéréotypes pesants. L’hypersexualité et l’espace pornographique nous rappellent à toutes les sauces, implicitement et explicitement, que ce dernier se doit d’être muni de qualités sexuelles dominatrices, entrepreneuriales, puissantes, invulnérables et, surtout, dignes des plus grandes capacités orgasmiques. Sottise !

Puisque chacun, comme dans tous genres confondus, se voit responsable de sa satisfaction sexuelle, messieurs, détendez-vous un peu et concentrez-vous aussi sur vous ! Toute prise en charge exclusive ne sert qu’un temps, croyez-moi.

Un beau spectacle

« Ça m’excite de voir ma blonde aimer ce que je lui fais ! »

C’est ce que m’a dit ce pèlerin nouvellement en couple avec celle ne se montrant ni figue ni raisin sous la couette.

Faire l’amour avec ses yeux, c’est aussi une plénitude pouvant mousser son propre intérêt.

Envisageable effectivement qu’il puisse s’agir d’un beau divertissement côté spectateur, et ce, encore plus lorsque vous épousez aussi le rôle de producteur-réalisateur !

Réalité toutefois opposée lorsque vous vous attendez à mieux que ce film monotone qui n’en finit plus de finir.

Ceci dit, tout le monde n’est pas cinéphile et ne cherche pas à extérioriser ses humeurs sexuelles. La discrétion peut aussi être une option, d’où l’importance de valider avant de crier au mécontentement absolu.

Partage d’un bon moment

Être sur le même diapason, le souhait de plus d’un compagnon. Un minimum de manifestations jauge certes la complicité, l’intimité, la volonté, l’échelle de participation des deux tiers.

Vouloir un indicateur, une demande louable pour minimalement passer du bon temps à deux.

À savoir

Parce qu’il y a un monde entre ne pas éprouver de plaisir sexuellement parlant pour une raison X, Y ou Z et ne pas avoir de plaisir sexuel à cause de mon cavalier. Inutile de prendre toutes les responsabilités.

Bien qu’il soit honnête, voire sain, de se remettre en question dans un pareil contexte, porter la totalité du blâme représenterait une erreur.

La satisfaction sexuelle étant de prime abord une histoire individuelle, accompagner l’autre dans sa quête de plaisir m’apparaît le meilleur rôle à prendre.