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La Tribune au Pérou
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Les obstétriciennes de Camisea, Angela Chavez Coca et Aydene Quimper Guzmàn expliquent comment se déroule un accouchement trasitionnel à la verticale.
Les obstétriciennes de Camisea, Angela Chavez Coca et Aydene Quimper Guzmàn expliquent comment se déroule un accouchement trasitionnel à la verticale.

Corde et piri-piri [VIDÉO]

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
CAMISEA, Pérou — Même si les conditions demeurent précaires, les centres de santé du district de Megantoni disposent maintenant d’équipements adéquats pour les accouchements et les suivis de grossesse en pleine jungle.

Dans cette région du Pérou difficilement accessible, où vivent les communautés autochtones machiguengas, ces établissements de santé sont loin d’être stériles.

Le projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke a permis de franchir le pas d’inciter les femmes autochtones à s’y rendre pour accoucher au lieu de rester à la maison avec tous les risques que comporte cette décision. 

À Camisea, communauté d’environ 600 personnes qui s’est un peu plus développée en raison de la présence d’une entreprise d’extraction de gaz naturel, la salle d’accouchement est exiguë. 

Une corde blanche pour permettre l’accouchement à la verticale a été installée au-dessus de la table d’accouchement.

Au fond de la petite salle, une table d’examen du nouveau-né puis une table à langer sont placées de part et d’autre de la civière d’accouchement.

« Dites-le-moi s’il y a des choses qui manquent », signale Dr Guillermo Cáceres Vila aux promotrices de santé de Camisea qui visitent le centre de santé de Camisea en ce samedi matin de juin.

Ce dernier est responsable des centres de santé du bas Urubamba, reconnu officiellement depuis 2016 sous le nom de Megantoni. Ces communautés autochtones sont accessibles seulement par des rivières dont les remous et les niveaux limitent souvent les déplacements. 

Dr Guillermo Cáceres Vila insiste auprès des promotrices de santé pour que les équipements répondent à leurs besoins. Il sait que ces femmes, leaders dans leurs communautés respectives, auront un impact sur la décision de celles qui hésitent à se rendre au centre de santé pour accoucher.

À la suite de cette visite, l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo a confirmé que 1000 Soles, environ 400 $ canadiens, seront investis pour réaménager un espace pour créer une salle d’accouchement plus grande à Camisea.

Selon les données d’Ayni Desarrollo, environ 67 pour cent des accouchements sont supervisés par les services de santé à Camisea.

La sage-femme Nidia Perez Makeriva.

Sage-femme

À l’écart des autres femmes, la sage-femme de l’endroit, Nidia Perez Makeriva, assiste de loin à la visite parce qu’elle connaît bien l’endroit.

Elle explique à La Tribune qu’il ne se fait pratiquement plus d’accouchement à domicile dans sa communauté.

« Même si la salle d’accouchement est petite pour le médecin, l’obstétricienne et la sage-femme, les femmes y viennent quand même. La présence d’une casa materna fait la différence pour que les femmes des villages plus éloignés viennent au centre de santé pour accoucher», mentionne la sage-femme.

La casa materna est en quelque sorte une maison de naissance où les femmes peuvent s’installer avec leur famille quelques jours avant leur accouchement.

Des lits entassés les uns sur les autres, des filets pour protéger des moustiques qui peuvent être porteurs de malaria, espace en plein air pour cuisiner, l’endroit présente des similitudes avec les habitations rudimentaires où ces familles vivent dans la jungle.

Piri-Piri

Les femmes des communautés autochtones machiguengas ont une tradition ancestrale pour réduire l’intensité de leurs contractions. Elles prennent les graines d’une herbe médicinale appelée « piri-piri ».

« Les graines sont broyées et mélangées avec de l’eau. Ça aide lors de l’accouchement. Les femmes cultivent habituellement leur propre piri-piri », soulève la sage-femme.

À Camisea, la salle de bain identifiée en langue machiguengas où les femmes se rendent après l’accouchement, est en fait un fond de douche rehaussé pour retenir l’eau chaude auquel on ajoute une bassine.

« Les femmes ont toujours donné la vie à la maison sans nécessairement mourir. Cependant, ce type de projet où l’on insiste pour effectuer les accouchements au centre de santé demeure utile en cas de complications » , concède Nidia Perez Makeriva.