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La Tribune au Pérou
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Ces adolescents de Timpia sont impliqués dans le comité de promotion de la santé de leur communauté.
Ces adolescents de Timpia sont impliqués dans le comité de promotion de la santé de leur communauté.

Avoir des enfants au moment opportun [PHOTOS]

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
CAMISEA, Pérou – Comme c’est malheureusement trop souvent le cas dans les communautés autochtones éloignées de la jungle péruvienne, deux adolescentes attendent un enfant qu’elles ne désiraient pas.

La contraception demeure un enjeu majeur dans le district de Megantoni, qui regroupe les communautés autochtones machiguengas du Pérou. 

Chandail sport trois quarts rose, jeans troués, chaussures sport, Angela Morales Vincente, 13 ans, est promotrice de santé auprès de ses pairs. Deux de ses camarades de classe au collège de Camisea sont présentement enceintes de pères inconnus.

« Une de mes amies voulait utiliser une méthode de contraception, mais elle s’est fait intimider par d’autres adolescents », explique Angela qui fait partie du comité de vigilance de sa communauté. 

« Je vais travailler avec les promotrices adolescentes pour les appuyer afin que de telles situations ne se reproduisent pas », ajoute l’obstétricienne de Camisea, Aydene Quimper Guzmán.

Elle signale que plusieurs adolescents sont actifs sexuellement sans utiliser le condom.

« Nous avons deux cas de VIH de deux garçons de 18 ans et 22 ans. Ils sont allés à l’extérieur et ont ramené le VIH. Il faut faire de la prévention pour que ça ne se répande pas dans la communauté », mentionne l’obstétricienne de Camisea.

Selon des données de l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo, ce sont environ 32 pour cent des femmes qui utilisent un moyen de contraception moderne dans la communauté machiguengas de Camisea, alors que ce taux dépasse les 90 pour cent au Québec.

Angela Morales Vincente, 13 ans, est promotrice de santé auprès de ses pairs.

Agir auprès des pairs

En cette fin d’après-midi, sept adolescents sont assis dans les gradins déserts du stade de soccer de Timpia.

Pendant que d’autres adolescents frappent des ballons vers le gardien sur le terrain de soccer au gazon trop long, ceux impliqués dans le comité des adolescents mis en place par l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo dans le cadre du projet sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants financé par le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke discutent de leur implication.

Une adolescente, Gloria, estime qu’aborder avec les autres adolescents des sujets présents dans la communauté comme la violence conjugale, les moyens de contraception ou l’égalité des droits entre hommes et femmes, que l’on évite habituellement de parler, les a surpris.

« C’est certain que lorsque l’on en parle, on vient toucher les autres adolescents, car plusieurs se posent des questions. Je crois que notre implication peut faire une différence », estime l’adolescente de 15 ans.

« Certains prennent ce que l’on dit comme une blague. Mais plus on en parle, plus les autres garçons s’intéressent à ce que je leur dis », poursuit Waldir assis avec ses amis dans la construction de béton peinturée en jaune et rouge.

Chacun des adolescents du groupe connaît au moins une de leur amie qui est tombée enceinte au cours des dernières années.

Leur sensibilisation sur les moyens de contraception où ils distribuent des condoms a été un franc succès. Ils ont distribué 90 condoms et six pilules du lendemain en moins de 30 jours.

« C’est plus facile pour les autres adolescents de venir nous voir que d’aller en chercher au centre de santé où l’on nous pose des questions », signale Alba, une adolescente de Timpia.

« Les adolescentes se sont rendu compte que ce n’était pas un trait culturel de tomber enceinte à 12 ou 13 ans. Elles doivent attendre d’être réellement prêtes avant de devenir mamans. Elles peuvent aussi ne pas accepter la violence sexuelle », mentionne Katty Félicita Lagos Reyes d’Ayni Desarrollo.

Des enfants de communautés autochtones machiguengas au Pérou.