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La Tribune au Pérou
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Pérou

Des décès de mères évités chaque mois [VIDÉO]

CAMISEA (Pérou) — Les décès de trois femmes ont été évités en mai dernier alors qu’elles donnaient naissance à leur enfant dans la lointaine jungle où vivent les communautés autochtones machiguengas du Pérou.

Encore en 2019, des femmes doivent se déplacer d’urgence à pied à travers la végétation dense puis dans des embarcations rudimentaires par les rivières pour se rendre au centre de santé le plus près lors de complications liées à leur grossesse ou leur accouchement.
Et parfois, il est même déjà trop tard.

Dans le district de Megantoni au Pérou, la mortalité des mères dépasse largement la moyenne péruvienne de 581 décès pour 100 000 naissances.

« Il ne faut pas que le facteur de distance vienne interférer dans le processus de naissance », soutient Angela Chavez Coca, l’obstétricienne en chef des cinq centres de santé du bas Urubamba, une région qui porte maintenant le nom de Megantoni.

Ces communautés autochtones machiguengas ne sont pas reliées au reste du pays par voie terrestre. Au bout de la route accidentée, un minimum de deux heures de navigation, dont plusieurs sections dans les rapides, est nécessaire pour rejoindre la première communauté machiguenga à Timpia. Plusieurs villages sont accessibles seulement par d’autres rivières ou après des heures de marche à travers la jungle.

Quelque 12 000 personnes sont dispersées sur le vaste territoire du district de Megantoni qui compte pour 40 pour cent de la superficie de la province de La Convention.

Angela Chavez Coca soutient que l’apport de matériel et la formation du personnel dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants mis en place par l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo en partenariat avec le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke ne sont pas étrangers au fait que ces mères puissent voir grandir leurs enfants.

La Tribune s’est rendue en pleine jungle péruvienne pour constater les résultats de ce travail qui contribue ultimement à sauver des vies.

Avec des distances à parcourir par les rivières et à pied sur des chemins sinueux, les urgences obstétriques finissent souvent par des décès.

Pérou

Des missionnaires de la santé respectueux de la culture

MEGANTONI, Pérou — Une communauté à la fois, les agents terrains de l’ONG péruvienne d’Ayni Desarrollo tissent des liens avec les autochtones machiguengas.

Avec dignité et dans le respect de leur culture, ces missionnaires de la santé parviennent à bâtir des ponts avec ces collectivités éloignées et trop souvent oubliées de l’État.

Tôt en ce matin de juin, les quatre formateurs, trois femmes et un homme, de l’organisation partenaire du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI) prennent le fleuve Urubamba pour aller à la rencontre des populations autochtones machiguengas.

Petit sac à dos pour leurs effets personnels, matériel de formation, mais surtout armés du lien de confiance pour entrer en contact avec cette population autochtone, Gabriela Ruby Delgado Eriori, Soledad Lopez Llamos, Katty Félicita Lagos Reyes et Junior Moreno Sanes se rendent au cœur de la jungle.

Depuis maintenant près de quatre ans, ces agents terrains tentent de cimenter le lien entre les centres de santé de l’État péruvien et les peuples autochtones de la région de Megantoni située de l’autre côté des Andes au cœur de l’Amazonie.

Dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, ce sont 49 communautés éloignées dont huit principales, qu’il n’est possible d’atteindre que par la rivière, qui ont été ciblées.

Une par une, les communautés machiguengas ont été visitées afin de trouver des promotrices de santé bénévoles pour transmettre l’information concernant la nutrition saine, le respect des droits de la femme, la planification familiale et les principes de base de salubrité.

Le personnel des centres de santé a aussi dû être sensibilisé au respect des traditions de ce peuple autochtone, dont celle de l’accouchement traditionnel à la verticale.

« Lorsque le projet sera terminé, le défi sera que ce lien entre les centres de santé et la population demeure. Nous avons réussi à créer des liens réciproques notamment en sensibilisant au fait que les communautés machiguengas doivent être considérées à égalité », explique Katty Félicita Lagos Reyes.

Les femmes des communautés machiguengas ont été ciblées en raison de nombreux facteurs de discrimination dans leur pays, soit par leur sexe, l’éloignement, la pauvreté, leur langue et le fait qu’elles soient autochtones.

« Les hommes des communautés commencent à s’intéresser au projet. Certains d’entre eux viennent aux rencontres avec leurs femmes », mentionne Katty Félicita Lagos Reyes.

Pérou

Un suivi attentif pour les femmes enceintes

SEGAKIATO, Pérou — C’est pour éviter que des femmes comme Elena Julian Pancrasio, dont la grossesse est considérée comme risquée, meurent en donnant naissance à leur enfant, qu’elles sont suivies attentivement puis incitées à accoucher sous supervision médicale.

Attentive depuis le début de la formation sur la « planification familiale » dans la communauté autochtone machiguenga de Segakiato dans l’Amazonie péruvienne, la femme de 35 ans, intervient pendant que le plus jeune de ses cinq enfants dort sur elle.

« Je l’ai essayée cette méthode avec la pilule, mais elle me donnait mal à la tête. J’ai arrêté de la prendre puis je suis de nouveau tombée enceinte. »

Elena Julian Pancrasio donnera naissance à son sixième enfant en septembre prochain.

Jupe noire fleurie, chandail violet, cette femme machiguenga espère avoir les moyens financiers de payer l’essence du « péké-péké », un canot traditionnel à moteur, pour accoucher au centre de santé le plus proche à Camisea situé à environ trois heures de navigation par la rivière du même nom.

Ceux qui s’y rendent doivent d’abord descendre une falaise escarpée pour atteindre l’embarcation rudimentaire dont la stabilité n’est pas assurée. Elles doivent ensuite sillonner la rivière dans la jungle dont les lianes touchent l’eau, où les arbres créent des passages au-dessus des berges et où les falaises verdoyantes se succèdent au rythme des familles établies dans des cabanes à proximité des rives.

Dans la communauté d’environ 200 personnes de Segakiato, près de 90 pour cent des femmes accouchent à la maison.

Les derniers enfants de Elena Julian Pancrasio sont nés au centre de santé de Camisea. À son âge, sa grossesse à risque nécessite un suivi plus attentif.

« J’ai vu une évolution dans l’approche du personnel au fil des ans. Au début, ils criaient après nous, mais maintenant ça va bien. Des infirmières se déplacent même ici pour faire des suivis pendant ma grossesse », indique la mère d’enfants âgés de 2 ans à 18 ans.

Pendant que les enfants jouent sur des balançoires qui grincent et sous le regard attentif d’autres femmes du village, elle explique qu’elle a été mise en confiance par le personnel médical.

« Je vais voir si j’ai besoin d’être aidée d’une sage-femme. Il est certain que je vais accoucher selon ma culture », soutient Elena Julian Pancrasio.

Elle espère que tout se passera bien et qu’elle pourra recevoir l’argent pour nourrir ses enfants si elle se rend à la maison de naissances, appelée casa materna, pour accoucher. Un montant de 10 Soles, soit environ 4 $ canadien par jour par personne, est attribué aux familles.

L’obstétricienne en chef des cinq centres de santé de Megantoni, Angela Chavez Coca, explique qu’idéalement toutes les femmes devraient s’y déplacer pour accoucher.

« Pour certaines familles, le prix du combustible pour se déplacer jusqu’au centre de santé est trop élevé », mentionne l’obstétricienne.

Vaste territoire

Attablé à son bureau de Quillabamba orné des drapeaux du Pérou, de la province et du ministère de la Santé, le directeur du service de santé de la Province de La Convencion, le Dr Carlos Valer Valdivia, décrit la vaste étendue du territoire des communautés machiguengas à partir de la carte fixée derrière lui.

« L’objectif premier demeure de réduire la mortalité infantile en identifiant les problèmes avant, pendant et après l’accouchement. Des agentes de santé font jusqu’à six heures de marche dans la jungle pour aller vacciner et faire les suivis de grossesses de certaines communautés », soulève le Dr Valdivia.

Les agentes de santé et les sages-femmes dans les communautés ont reçu des formations notamment sur la culture machiguenga.

« Le contact n’a pas été facile étant donné la barrière de la langue. Un grand travail a été accompli pour respecter la culture traditionnelle des communautés. Les agentes de santé tentent d’identifier rapidement les femmes enceintes afin d’établir un suivi durant la grossesse. Il faut aller les chercher les unes après les autres et entrer dans les mœurs que le suivi est important », signale le Dr Valdivia.

Pérou

Une longue route vers la jungle

MEGANTONI (Pérou) — Si sur une carte, le trajet vers la jungle péruvienne peut paraître simple, la réalité est tout autre.

La route d’à peine 380 kilomètres à partir de l’aéroport de Cusco prend dix heures à franchir. Une aventure qui peut facilement donner la nausée et souvent faire craindre le pire en cas de fausse manœuvre.

Il faut gravir en véhicule des montagnes s’élevant à plus de 4000 mètres puis redescendre en serpentant ces pentes abruptes.

Petit répit dans la ville-centre de Quillabamba après cinq heures de route. La deuxième section de la route est tout aussi longue en temps, mais davantage en émotion. La route, pavée sur seulement la moitié du trajet d’environ 175 kilomètres, a été tracée à flanc de montagne sur le bord d’impressionnants précipices que l’on contourne pendant cinq heures.

Après dix heures par les voies carrossables, on atteint le bout de la route et le trajet sur le fleuve Urubamba s’amorce.

Un minimum de deux heures dans une longue barque à moteur est nécessaire pour atteindre les premières communautés autochtones machiguengas. La Tribune a visité des communautés situées à cinq heures de navigation sur le fleuve, mais aussi d’autres plus loin dans la jungle que l’on atteint après trois heures de canot à moteurs connus sous l’appellation « péké-péké ».

Actualité

« Le Pérou ce n’est pas juste le Machu Picchu » [PHOTOS]

Quillabamba (Pérou) — « Le Pérou, ce n’est pas juste de Machu Picchu, le Pérou c’est aussi l’Amazonie. »

Daniel Rios Sebastian, le maire du nouveau district de Megantoni qui regroupe plusieurs communautés autochtones du Pérou, dont celles regroupant les Machiguengas, s’est lancé dans une campagne de reconnaissance non seulement nationale, mais aussi internationale.

Le district politique de ces communautés autochtones a été officialisé le 6 juillet 2016, mais ces peuples occupaient la jungle aux abords du fleuve Urubamba et ses affluents bien avant l’arrivée des conquistadors espagnols au 16e siècle.

Par le passé, cette vaste région de l’Amazonie du bas Urubamba était rattachée sur le plan politique à un autre district de la Province de La Conventiòn. 

Le nom machiguenga signifie d’ailleurs « les gens qui marchent au bord des rivières ».

C’est avec ces communautés, qui vivent plusieurs difficultés tant sur le plan social, de l’éducation, économique que de la santé, qu’intervient l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo, le partenaire-terrain du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke.

La Tribune a assisté au lancement du livre sur l’histoire et la culture du district de Megantoni à Quillabamba, ville centre de la province de La Conventiòn au Pérou.

Le bureau municipal avait pris des allures machiguengas avec la présence d’une quinzaine d’adolescents de la communauté en habit traditionnel.

Ces habits sont tissés par des femmes de la nation autochtone à partir de coton qui pousse dans ce vaste territoire de la jungle péruvienne.

« Vous avez reconnu la culture andine, on vous demande de reconnaître la nôtre », lance à l’intention des autorités du Pérou, Daniel Rios Sebastian qui avait aussi revêtu ses habits traditionnels pour l’occasion.

« Il ne faut pas seulement faire la promotion du Machu Picchu. Il faut aussi faire la promotion de notre culture. Elle est importante et fondamentale pour tous les gens du bas Urubamba. Nous avons aussi des droits, nous, peuples autochtones. L’histoire des Machiguengas est plus ancienne que le Pérou, mais elle n’est aucunement enseignée », ajoute le maire du district de Megantoni.

Pour lui, on ne peut parler de développement économique sans parler de culture autochtone.

Il mentionne que ce livre permet de dire au reste du monde qu’il existe un peuple vivant dans l’Amazonie péruvienne, mais que l’État du Pérou doit l’aider.

« Il fallait que les autorités politiques du Pérou reconnaissent l’existence des nations vivantes, pas seulement la présence de gaz naturel sur nos territoires. Le gouvernement doit aider à l’éducation et à la santé dans nos communautés où il y a de la mortalité infantile. Nous n’avons pas d’hôpitaux seulement des postes de santé », signale Daniel Rios Sebastian.

En entrevue avec La Tribune, il réitère l’importance de reconnaître la culture des peuples autochtones, pas seulement la présence de gaz naturel, dont le gisement est exploité par Gaz Camisea.

« L’exploitation de gaz va se terminer un jour. Nous devrons par la suite continuer à nous développer. Le tourisme dans les communautés pour venir découvrir notre culture dans le respect pourrait être quelque chose d’intéressant pour recevoir de l’argent après l’exploitation du gaz naturel », estime le maire de Megantoni.

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.

Actualité

De l’argent aux effets négatifs

CAMISEA (Pérou) — L’extraction de gaz naturel a amené de l’argent dans les communautés autochtones machiguengas du Pérou, mais aussi son lot de problèmes sociaux et environnementaux.

 « Les communautés doivent être impliquées pour recevoir des redevances de ces ressources naturelles, mais aussi pour s’assurer que le développement se fait correctement. Les impacts pour la qualité de l’air, des rivières et de la jungle vont rester une fois que l’entreprise sera partie. Si aucun contrôle n’est fait, nos communautés ne pourront pas survivre », soulève le nouveau maire du district de Megantoni, Daniel Rios Sebastian. 

Il mentionne que de grandes quantités d’argent sont tirées du sol de Megantoni, mais cette exploitation des ressources naturelles cause plusieurs conséquences négatives.

« Ce qui va développer la communauté ce ne sont pas les ponts ou les infrastructures, mais c’est le développement fondamental comme l’éducation, les services de santé et l’environnement. Nous n’avons pas besoin d’un supermarché parce que nous avons la rivière. Si nos cours d’eau ne sont pas en santé à cause de la pollution, c’est dommageable. Les gens de Cusco et de Lima bénéficient de la présence du gaz, mais dans nos communautés, ça nous fait plus de mal que de bien », estime Daniel Rios Sebastian.

Renforcement des capacités

Jackeleen J. Beltran Gonzales et Juan Zans Loayza du ministère de la Culture du Pérou ont franchi les Andes, suivi le fleuve Urubamaba par la route à flanc de montagnes pour traverser les rapides du Pongo avant d’atteindre l’Amazonie, puis Camisea, pour donner des sessions de formation du renforcement des capacités aux communautés machiguengas.

« Nous faisons de la politique publique interculturelle afin que l’État et les services publics donnent des services égaux à tous les citoyens du Pérou peu importe leur origine », explique Juan Zans Loayza.

Une quarantaine de personnes, dont plus de femmes que d’hommes, sont venues de partout dans le district de Megantoni pour assister à ces formations.

Les deux s’entendent pour dire que la déclaration de l’ancien président du Pérou Allan Garcia en 2009, qui avait qualifié les autochtones de peuples de deuxième classe, était malheureuse.

« Il faut venir rejoindre ces populations qui ont les mêmes droits, mais où l’État se rend très peu étant donné leur éloignement. En renforçant leurs capacités, ils seront davantage en mesure de faire reconnaître leurs droits », soutient Jackeleen J. Beltran Gonzalez.

Ces représentants du ministère de la Culture sont conscients que l’exploitation gazière de Gaz Camisa est venue transformer le mode de vie traditionnel et y apporte plusieurs éléments des sociétés modernes.

« Le but de protéger leur culture n’est pas de faire en sorte qu’ils restent comme dans le passé. En renforçant leurs capacités, nous voulons que les communautés autochtones construisent une société moderne tout en respectant leur culture et leur identité », ajoute Mme Beltran Gonzalez.

Pour eux, le travail fait dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants financé par le gouvernement canadien vient combler une brèche.

« C’est clair qu’en connaissant leurs droits, les femmes sont en mesure de mieux les faire respecter lorsqu’elles se rendent dans les centres de santé. Il est essentiel de respecter les différences culturelles », estime Jackeleen J. Beltran Gonzalez.

Actualité

Le gaz naturel qui menace la culture autochtone

CAMISEA (Pérou) — C’est le secteur de Camisea au début des années 2000 qui a fait en sorte que la région de Megantoni est devenue intéressante pour les autorités du Pérou.

Le vaste gisement de gaz naturel, le plus important du Pérou opéré par le consortium Gaz Camisea, a commencé à être exploité au cœur de la Selva transformant alors considérablement le mode de vie traditionnel.

Le plan d’extraction est bien visible à partir du fleuve Urubamba. Une flamme s’élève au cœur de la jungle à l’endroit où le gazoduc qui perce la forêt amazonienne traverse le cours d’eau. Plus en amont sur la rivière Camisea, les tuyaux jaunes transportant le gaz naturel sont aussi visibles au travers des arbres d’un vert luxuriant. 

Peu de gens dans le district de Megantoni veulent critiquer cette entreprise qui en est le principal moteur économique. Avant les années 2000, les habitants vivaient sans véritable contact avec le reste du Pérou.

« Depuis l’arrivée de l’entreprise, la qualité de vie des gens de Camisea s’est détériorée », soutient le dentiste du centre de santé de Camisea qui travaille dans cette communauté depuis une dizaine d’années, Milton Cáceres Mariscal.

Des emplois consentis à certains Machiguengas font en sorte qu’ils délaissent leur rôle traditionnel auprès de leurs familles.

Camisea

Situé à environ cinq heures de navigation sur le fleuve Urubamba à partir du bout de la route qui relie le reste du pays, le village de Camisea s’avère être une communauté autochtone machiguenga un peu plus développée, malgré son côté rudimentaire.

Maisons de bois à deux étages, dont certaines avec des fondations en pierres, électricité en permanence, collège, centre de santé, Camisea grouille d’activités.

Une fois la nuit tombée, les hommes se regroupent cependant autour des endroits où la Cristal ou la Pilsen, les bières péruviennes bon marché, sont vendues au litre.

« Les hommes ne vont plus chercher la nourriture dans la jungle comme par le passé. Et au lieu d’en acheter, ils dépensent l’argent dans la bière, les sucreries et même en se payant des prostituées. Les hommes reviennent ici avec des maladies transmissibles sexuellement. Quand tout le gaz sera pompé et que l’entreprise va repartir au bout de 40 ans, il ne restera que des problèmes. Pour les dirigeants de l’entreprise, ce ne sont pas les gens et leur culture qui sont importants. Ils prennent les ressources naturelles du territoire et maintiennent la population dans la pauvreté » , déplore Milton Cáceres Mariscal.

À Camisea comme dans cinq autres villages de Megantoni, une unité de sécurité a été mise en place pour maintenir l’ordre public.

Le chef de cette unité, Enclides Cabrera Villanzcencio, explique que les membres n’ont aucun pouvoir pour arrêter les gens. Leur travail consiste à faire de la prévention pour maintenir le calme et la stabilité au sein de la population.

Il reconnaît que la consommation d’alcool peut être un problème, mais il ne s’avance pas davantage en mentionnant seulement qu’il est interdit d’en vendre après 22 h.

« La consommation d’alcool est un problème social et culturel qui est présent partout dans le monde. Effectivement que ça peut mener à la violence, mais ce n’est pas nécessairement spécifique à notre district », se contente d’ajouter le responsable de cette unité de sécurité.

Redevances

Les communautés ont reçu des redevances de Gaz Camisea. Certains dirigeants en ont profité pour électrifier leurs communautés ou faire des aménagements pour éviter l’érosion des berges, alors que certains autres se sont accaparés des sommes données par la compagnie gazière sans en faire bénéficier l’ensemble des habitants.

« C’est la région la plus riche du Pérou, mais les investissements pour améliorer la santé et le bien-être de la population se font encore attendre », explique Gabriela Ruby Delgado Eriori qui travaille pour l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo et qui est sociologue de formation.

Originaire de Camisea, Barbara Toribio Carosto, qui possède un restaurant-hôtel au cœur du village, constate effectivement que la situation de la communauté a bien changé.

« La compagnie n’appartient pas vraiment à la communauté, même si certains jeunes y travaillent », estime Barbara Toribio Corosto assise sur une chaise de bois placée entre les caisses d’oignons, d’oranges et un régime de bananes.

À la demi du match Pérou-Venezuela à la Copa America, Barbara Toribio Corosto explique qu’elle souhaite que l’entreprise d’extraction de gaz naturel ne change pas la culture autochtone machiguenga.

« Ce n’est pas tant l’argent, mais l’éducation qui va pouvoir changer les choses. Mon garçon étudie à Lima et apprend plusieurs choses. Même s’il apprend d’autres langues, je crois qu’il va garder sa langue et sa culture. J’ai confiance qu’il revienne s’établir ici », mentionne cette mère de trois enfants.

Les gens des communautés machiguengas se demandent bien ce qui se trame plus loin dans la jungle dans le nord-est du pays qui a été transformé en réserve territoriale. Seuls l’entreprise Gaz Camisea et de rares représentants de l’État peuvent accéder à ces vastes territoires.

Selon Milton Cáceres Mariscal, le lien de confiance est long et difficile à bâtir avec les communautés autochtones machiguengas du bas Urubamaba.

« Plus tu t’éloignes de la ville, plus les contacts avec l’État se font rares. Ces communautés autochtones avaient été maltraitées par le passé, alors elles sont craintives. La confiance est difficile à établir étant donné que les règles culturelles sont différentes », explique l’homme de santé.

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Sauver la vie de son bébé

ALTO TIMPIA, Pérou – Si Virginia Saringabeni Pangoa n’avait pas accouché au centre de santé de Timpia au cœur de la jungle péruvienne, son dernier enfant serait mort en couche.

« Mon garçon avait le cordon ombilical autour du cou. Si j’avais accouché à la maison, mon bébé serait mort » , affirme Virginia Saringabeni Pangoa.

L’un des objectifs principaux du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants financé par le gouvernement du Canada dans les communautés autochtones machiguengas est de réduire la mortalité maternelle et infantile.

Le changement graduel dans les mentalités de se rendre dans les centres de santé pour accoucher est possible grâce à un travail de sensibilisation auprès du personnel médical.

Pour Virginia Saringabeni Pangoa, le fait que le centre de santé respecte la façon traditionnelle d’accoucher à la verticale sur un tapis en paille alors qu’elle se tient par une corde, qu’on lui permette de prendre une infusion d’herbe médicinale traditionnelle appelée « piri-piri » pendant les contractions et qu’elle puisse prendre un bain après l’accouchement, ont été des éléments majeurs dans sa décision.

« Nous n’oublierons jamais nos coutumes. C’est notre droit d’accoucher comme on le souhaite », fait valoir cette mère de trois enfants de deux, sept et neuf ans.

Elle est catégorique, si les traditions machiguengas n’étaient pas respectées lors de l’accouchement au centre de santé, elle resterait chez elle.

Une décision qui aurait été fatale pour son dernier-né maintenant âgé de deux ans.

Agente de santé

Comme agente de santé, Virginia Saringabeni Pangoa contribue à sensibiliser les femmes à faire un suivi de grossesse et à accoucher sous supervision médicale. 

Il faut faire une heure de « péké-péké », un canot à moteur, et une heure de marche dans la jungle, pour atteindre Alto Timpia, une communauté autochtone éloignée.

Pas de modernité, pas d’électricité, simplement le mode de vie traditionnel machiguenga dans cette petite localité d’à peine 80 personnes.

« Les femmes qui restent trop loin du centre de santé vont à la maison maternelle une ou deux journées avant la date de leur accouchement. Avant, elles restaient à Alto Timpia. S’il y avait des complications, elles étaient trop loin pour recevoir les soins nécessaires », signale la femme de 28 ans.

La mise en place de maisons de naissances, casa materna, représente un catalyseur pour convaincre les femmes des communautés éloignées de se rendre près des centres de santé pour leur accouchement.

Ces maisons aménagées dans les communautés autochtones ont été financées par le gouvernement canadien à raison de 15 000 Soles, soit environ 6000 $ canadiens.

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Donner naissance d’après ses coutumes

TIMPIA, Pérou — « Ici, on t’aide à faire ton accouchement selon tes coutumes. »

L’affiche installée devant les centres de santé de Timpia et Camisea invite les femmes machiguengas à ne pas hésiter à se rendre dans les services de santé pour leur suivi de grossesse et ultimement leur accouchement.

Le bâtiment bleu et blanc pratiquement à aire ouverte est typique des régions éloignées du Pérou.

Toutes les routes en terre et en galets mènent d’une certaine façon à ces centres de santé.

Cependant, ce ne sont pas toutes les femmes qui s’y rendent.

Un travail pour convaincre les femmes autochtones machiguengas a été fait, mais certaines hésitent encore.

L’obstétricienne du centre de santé de Timpia, Natalhi Mortencia Quispe Oporto, est bien consciente que le respect des traditions machiguengas est important.

« J’ai vu des femmes être complètement démunies sur une table pour accoucher à l’horizontale. Il faut gagner leur confiance en acceptant qu’elles accouchent selon leur culture », indique l’obstétricienne qui a reçu La Tribune dans son bureau du centre de santé de Timpia.

Elle signale que depuis la mise en place du projet sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, les accouchements réalisés au centre de santé ont augmenté.

« L’année dernière, il y a seulement cinq accouchements à la maison qui nous ont été rapportés comparativement à 36 au centre de santé. En 2015, c’était environ quatre accouchements sur dix qui se passaient à la maison », mentionne l’obstétricienne.

Des sages-femmes près des mères

Lorsqu’on lui demande combien de femmes elle a aidées à accoucher, Maria Rosa Gomez Olarta se souvient de chacune d’entre elles.

« Nous pouvons identifier les problèmes et recommander aux femmes de faire un suivi au centre de santé », explique celle qui est mère de cinq enfants et grand-mères à neuf reprises.

Maria Rosa Gomez Olarta s’est assurée de bien dégager le plancher en terre battue de l’aire de vie principale avant de discuter avec La Tribune de ses fonctions dans le cadre du projet du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke.

Cette dernière reste dans une cabane où la table de bois de la cuisine en plein air est placée sous un toit en tôle et en feuilles de palmier. Les poules, les dindons ainsi que les chiens et chats ne sont jamais bien loin.

« Je rencontre des groupes de femmes pour discuter entre autres de malnutrition. Nous pouvons identifier les problèmes d’hygiène pour aussi limiter les maladies », mentionne Mme Gomez Olarta.

Selon le directeur du service de santé de la Province de La Convencion, le Dr Carlos Valer Valdivia, le taux de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans atteint 75 pour cent dans ce district machiguenga.

« Le travail doit se poursuivre », insiste le Dr Valdivia. 


Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

Pérou

Corde et piri-piri [VIDÉO]

CAMISEA, Pérou — Même si les conditions demeurent précaires, les centres de santé du district de Megantoni disposent maintenant d’équipements adéquats pour les accouchements et les suivis de grossesse en pleine jungle.

Dans cette région du Pérou difficilement accessible, où vivent les communautés autochtones machiguengas, ces établissements de santé sont loin d’être stériles.

Le projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke a permis de franchir le pas d’inciter les femmes autochtones à s’y rendre pour accoucher au lieu de rester à la maison avec tous les risques que comporte cette décision. 

À Camisea, communauté d’environ 600 personnes qui s’est un peu plus développée en raison de la présence d’une entreprise d’extraction de gaz naturel, la salle d’accouchement est exiguë. 

Une corde blanche pour permettre l’accouchement à la verticale a été installée au-dessus de la table d’accouchement.

Au fond de la petite salle, une table d’examen du nouveau-né puis une table à langer sont placées de part et d’autre de la civière d’accouchement.

« Dites-le-moi s’il y a des choses qui manquent », signale Dr Guillermo Cáceres Vila aux promotrices de santé de Camisea qui visitent le centre de santé de Camisea en ce samedi matin de juin.

Ce dernier est responsable des centres de santé du bas Urubamba, reconnu officiellement depuis 2016 sous le nom de Megantoni. Ces communautés autochtones sont accessibles seulement par des rivières dont les remous et les niveaux limitent souvent les déplacements. 

Dr Guillermo Cáceres Vila insiste auprès des promotrices de santé pour que les équipements répondent à leurs besoins. Il sait que ces femmes, leaders dans leurs communautés respectives, auront un impact sur la décision de celles qui hésitent à se rendre au centre de santé pour accoucher.

À la suite de cette visite, l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo a confirmé que 1000 Soles, environ 400 $ canadiens, seront investis pour réaménager un espace pour créer une salle d’accouchement plus grande à Camisea.

Selon les données d’Ayni Desarrollo, environ 67 pour cent des accouchements sont supervisés par les services de santé à Camisea.

La Tribune au Pérou

Un long transport par voie navigable

CAMISEA, Pérou – Doter les communautés autochtones machiguengas de matériel médical adéquat n’est pas chose facile.

Échographes portatifs, appareils pour analyser le sang afin de détecter l’anémie chez les femmes enceintes ou appareils pour écouter le cœur du bébé ont été achetés, mais ont dû franchir par barque à moteur le difficile parcours qui mène à ces communautés éloignées du district de Megantoni dans la jungle du Pérou.

Ce matériel médical pour le suivi de grossesse acquis dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke permet de prévenir les complications. 

« Il est possible de se rendre dans les communautés plus éloignées avec l’échographe portatif pour détecter les décollements de placenta, les malformations ou en cas de fausse couche. Nous n’avons pas d’appui de l’État pour ce type d’équipement », mentionne l’obstétricienne en chef des centres de santé de Megantoni, Angela Chavez Coca.

En juin dernier, les agents terrains de l’OGN péruvienne d’Ayni Desarrollo en partenariat avec le CSI, ont amené dans les communautés des tables d’examens pour les suivis de grossesse.

Pour atteindre la porte d’entrée de la jungle et rejoindre les communautés autochtones machiguengas du Pérou, il faut franchir le canyon du Pongo où coule le fleuve Urubamba à l’extrémité des Andes.

C’est après deux heures sur l’eau que l’on atteint le premier centre de santé à Timpia, puis trois autres heures que Camisea est rejoint. Certains équipements ont poursuivi leur route jusqu’à des communautés situées à plus de dix heures sur le fleuve.

Des tables d’examen, un défibrillateur pour enfants ou un appareil pour retirer le placenta ont été acquis dans le cadre du projet mis en place par le CSI. Ce sont plus de 324 631 Soles, soit près de 130 000 $ canadiens, qui ont été investis en équipement.

L’Hôpital de Quillabamba a aussi profité de certains de ces équipements à la hauteur de 60 713 Soles, soit environ 25 000 $ canadiens. René-Charles Quirion

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.


Actualités

Traverser la jungle pour promouvoir la santé

Dans des communautés autochtones éloignées comme Alto Timpia au cœur de la jungle du Pérou, où les notions d’hygiène de base comme se laver les mains restent encore à acquérir, la sensibilisation à la santé prend tout son sens.

Virginia Saringabeni Pangoa, Danilue Mahon Perez et Isolina Semperi Borja ont laissé leurs enfants à la maison pour remplir leur mission de promotrice de santé dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants de l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo, un organisme partenaire du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke.

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Comme elles le font régulièrement, ces trois femmes de la communauté autochtone machiguenga de Timpia ont parcouru plus de deux heures par la rivière puis à travers la jungle pour aller transmettre leurs connaissances aux femmes du village voisin.

« Si vous n’avez pas de savon, vous pouvez prendre de l’eau avec de la cendre blanche refroidie du feu pour vous laver les mains », adapte Isolina Semperi Borja afin de se plier à la situation de la communauté éloignée d’Alto Timpia.

Une dizaine de familles vivent dans ce village sans eau courante ni électricité aux confins de la zone accessible du Pérou.

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Réviser des techniques essentielles

SEGAKIATO, Pérou — Assises autour d’un tapis typique de paille et vêtues de leur « cushmas » d’accouchement traditionnel, deux sages-femmes autochtones machiguengas de Segakiato révisent les techniques d’accouchement.

La visite des agentes-terrains de l’ONG péruvienne Ayni Desarollo leur permet de revoir les principes d’hygiène pour les accouchements qu’elles pratiquent une dizaine de fois par année.

Dans cette communauté située à un minimum de deux heures de « péké-péké », traverser la jungle amazonienne peut être long pour une femme sur le point d’accoucher.

Le projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants financé par Affaires mondiales Canada leur a permis de recevoir du matériel essentiel pour aider la mère et son bébé lors d’un accouchement.

Savon pour se laver les mains, tasse pour l’eau chaude, gants, tablier, plastique, alcool et iode pour désinfecter, pinces pour clamper le cordon ombilical, ciseaux pour le couper, onguent pour les yeux de l’enfant et serviette propre pour le langer, Sonia Julian Carrion et Eunicia Gormon possèdent les éléments pour assurer une hygiène de base lors d’un accouchement.

Dans ces maisons de bois quasi à aire ouverte, les moustiques entrent et sortent. Les poules et dindons circulent librement sur le terrain au travers des chiens et même des singes domestiques. Les conditions peuvent donc parfois être périlleuses pour assurer un accouchement avec des conditions d’hygiène minimales.

Une quinzaine de communautés éloignées de la jungle ont reçu ces « kits » d’accouchement à domicile, même si le mot d’ordre demeure que les femmes doivent se rendre au centre de santé pour donner naissance à leur enfant.

« Il faut laver le bébé après l’accouchement pour s’assurer que la maman puisse le mettre au sein pour le colostrum », explique la sage-femme Sonia Julian Carrion.

Après s’être assurées que le placenta est complet, les sages-femmes respectent les traditions machiguengas. 

« Le placenta est ensuite enterré dans le champ pour protéger l’enfant », mentionne l’autre sage-femme Eunicia Gormon.

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.

La Tribune au Pérou

Des promoteurs de santé à l’affût

CAMISEA, Pérou — En ce samedi matin, le puissant soleil de l’Amazonie commence à faire sentir son effet. Des hommes et des femmes des communautés autochtones machiguengas arrivent peu à peu dans un restaurant de Camisea en passant devant des adolescents qui s’amusent avec un perroquet.

Des fillettes s’arrêtent quelques instants en buvant leur Inca Kola, une boisson gazeuse jaune au goût de popsicle à la banane, devant la réunion avant de poursuivre leur chemin.

Une quinzaine de personnes prennent place dans une pièce de béton à aire ouverte peinte en vert avec des tables de bois qui ont été remisées sur le côté pour discuter des enjeux liés à la santé de leur communauté.

C’est la présidente du comité de vigilance, Barbara Toribio, qui anime cette réunion qui se déroule entièrement dans le dialecte machiguengas.

La sage-femme de Camisea, Nidia Perez Mekerviva, vêtue en rose avec un large chapeau, sert de traductrice de l’espagnol vers la langue autochtone afin que tous puissent bien saisir les messages.

L’obstétricienne du centre de santé de l’endroit, Aydene Quispe Guzmán, explique qu’il est important de planifier les naissances, surtout rendues à un âge plus élevé. 

« Les sages-femmes vous faites partie de la solution. Il faut parler de femme à femme et dire à celles moins en forme de ne pas avoir d’autres enfants. Il est aussi important d’attendre deux ans entre chacun des accouchements », ajoute l’obstétricienne.

Cet exercice est répété dans chacune des cinq communautés d’intervention en Amazonie par le personnel de l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.

 « Dans les régions éloignées de notre pays, la violence passe souvent inaperçue. Ton mari n’a pas le droit de lancer des choses dans la maison. Ce n’est pas une invention, c’est la loi. Avoir une relation sexuelle avec une adolescente de moins de 14 ans, c’est criminel. Toutes les personnes dans une maison possèdent des droits », lance en rafale Gabriela Ruby Delgado Eriori de l’ONG Ayni Desarrollo aux femmes du groupe en conclusion d’une rencontre à Timpîa, un autre le village de la zone d’intervention.

« Au début du programme, les femmes parlaient peu et ne s’impliquaient pas. Maintenant, elles s’informent entre elles et donnent même des formations », explique une autre agente-terrain d’Ayni Desarrollo, Katty Félicita Lagos Reyes. RenÉ-Charles Quirion

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.

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Plonger dans la solidarité [PHOTOS]

Ils sont des dizaines chaque année à vivre l’expérience de la solidarité internationale au Pérou. La Tribune a profité de son passage dans les Andes à l’invitation du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke pour discuter avec ces volontaires de ce qu’ils sont venus chercher dans ces communautés implantées aux portes de la jungle amazonienne.

« On apprend plus d’eux qu’ils apprennent de nous »

Quillabamba, Pérou — Elles sont toutes d’horizons et de profils différents, mais elles se sont retrouvées ensemble avec ce désir partagé de vivre une expérience de solidarité internationale au Pérou.

Sophie Marengère de Québec, Katelynn Wynen d’Ottawa et Mélissa Raymond de Montréal ne connaissaient que les formules de base en espagnol lorsqu’elles sont débarquées à Quillabamba au cœur du Pérou en janvier dernier.

Lorsque La Tribune les a rencontrées à la mi-juin dans la « ville de l’été éternel », elles revenaient d’une visite dans leur famille d’accueil à Santa-Teresa près du Machu Picchu et s’apprêtaient à partir à l’aventure dans le canyon du Pongo, porte d’entrée de la jungle amazonienne.

C’est avec les populations autochtones machiguengas du Pérou que Sophie Marengère devait intervenir dans le cadre du programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) offert par le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke. 

Celle qui a étudié en anthropologie à l’Université Laval devait travailler avec les autorités municipales de Quillabamba relativement à la réalité des femmes autochtones en milieu urbain. 

« J’ai dû bâtir un réseau de contacts afin d’accomplir mon mandat. C’est primordial pour réussir à discuter avec les autorités. Je voulais aller chercher une expérience à l’international en complète immersion. C’est une aventure folle qui me permet de rencontrer plein de gens », signale Sophie Marengère.

Pour Mélissa Raymond, l’expérience vécue au Pérou a changé sa perspective relativement aux voyages.

« Être en contact avec une autre culture m’a fait découvrir ma culture québécoise. On sort de la poutine et du sirop d’érable. Les rapports à la nature et à la famille sont différents et font réaliser quelle est ta propre culture », soutient Mélissa Raymond.