Le vigneron, Marc Théberge, presse le raisin à la cuverie pendant que les vendangeurs font tomber les grappes.

Il n’y en aura pas de facile

CHRONIQUE / La vendange 2019 se révèle particulièrement coriace. Les soubresauts de Mère Nature ne cessent de déjouer les plans des vignerons qui doivent continuellement s’adapter. À mettre dans vos verres cette semaine : un châteauneuf-du-pape nature, un côtes du rhône blanc et un rouge d’Afrique du Sud à mini-prix!

Côtes du rhône 2018, Brunel de la Gardine, 19,60 $ • 14014809 • 14 % • 1,3 g/l

Côtes du rhône 2018, Brunel de la Gardine, 19,60 $ • 14014809 • 14 % • 1,3 g/l

Château de la Gardine, situé à Châteauneuf-du-Pape, est bien connu des Québécois. Il propose trois gammes de vin : Château de la Gardine, vins élaborés avec les raisins du domaine, Brunel de la Gardine, vins de négoce, et Benjamin Brunel, marque exclusive au Québec. Dans le cas qui nous intéresse, c’est-à-dire la gamme Brunel de la Gardine, les vins sont sélectionnés chez des vignerons partenaires de la région, puis assemblés et élevés au Château.

L’assemblage du côte du rhône blanc 2018 diffère quelque peu du millésime précédent, alors que roussanne et bourboulenc viennent s’ajouter aux grenache blanc, clairette et viognier. Il y a ici une bonne dose de caractère, de la puissance, mais aussi de la fraîcheur et des accents de pêche, de noyau d’abricot et de miel. Pas mal avec un potage automnal réconfortant.

Puisqu’on en parle, le châteauneuf-du-pape nature, Peur Bleue (64,75 $ • 14070392) vient de débarquer en SAQ pour la toute première fois. Trio GSM (grenache, syrah, mourvèdre) très intéressant, sans soufre ajouté. Au nez, toute l’armoire à épices y passe. C’est gourmand, costaud, avec des tanins bien dodus, et ponctué d’une finale légèrement amère. Comme du gaz carbonique a été ajouté avant l’embouteillage, prévoyez de l’aérer avant de le servir.

Western cape, Cinsault, Scattered Earth, 12,95 $ • 14096293 • 14 % • 2,5 g/l

Western cape, Cinsault, Scattered Earth, 12,95 $ • 14096293 • 14 % • 2,5 g/l

Après une grosse journée de vendange, la dernière chose dont j’ai envie, c’est de me lancer dans une folle aventure culinaire. J’opte donc souvent pour la grande gastronomie italienne. En termes de vin de semaine à petit prix, qui accompagne bien une pizza ou des pâtes à la tomate, il est difficile de faire mieux que ce cinsault d’Afrique du Sud. On a d’agréables parfums de champignons, de cerises noires et de fleurs au nez. Le vin possède des tanins fondus, un fruité persistant et une présence surprenante pour le prix. Ça le fait très bien!

Vigneronne en herbe : semaine 21

Vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Au moment d’écrire ces lignes, une pluie persistante chasse les vendangeurs du vignoble. Un repos forcé bien mérité pour l’équipe, qui doit recharger ses batteries avant d’entamer le dernier sprint. Voilà qui tombe à point et me donne juste assez de temps pour vous donner des nouvelles.

La semaine dernière, j’écrivais que le degré Brix déterminait le moment de la récolte. Or, mes plus récentes observations m’ont permis de constater qu’entre la théorie et la pratique, il y a tout un monde d’imprévus qui puisse précipiter la vendange. C’est ainsi que Dame Nature a pressé les troupes au garde-à-vous pour deux raisons majeures plutôt qu’une. 

La première sirène d’alarme a retenti lorsque des traces de pourriture grise — Botrytis, de son nom latin — apparurent sur les baies. Une première dans l’histoire de Bergeville. Un chapitre dont on se serait bien passé. Son nom vous est d’ailleurs peut-être familier. Dans certaines régions viticoles, lorsqu’il est bercé par des conditions météorologiques favorables, ce champignon s’affranchit de ses sombres desseins pour devenir de la pourriture noble. Il donne alors naissance à certains vins liquoreux, comme le sauternes. Reste qu’ici, à Hatley, une véritable course contre la montre s’est enclenché afin de vendanger et d’ainsi limiter les dégâts.

Mais là n’était pas le comble de nos soucis. Le gel tenace de la première semaine d’octobre a tenu les vignerons éveillés à plusieurs reprises. La tour à vent a donc balayé le vignoble des nuits durant afin de maintenir la température à flot. Néanmoins, certains secteurs non couverts par la tour ont vu leur feuillage geler partiellement. Avec ces menaces de gel et de Botrytis pesant sur le vignoble, il n’y a plus de raisons d’attendre. Tout doit être vendangé.