Isabelle Pion

Et si on levait les yeux au ciel?

CHRONIQUE / C’est l’un des spectacles qui m’émerveillent le plus : lever les yeux vers le ciel étoilé et constater à quel point il brille. C’est comme un arrêt sur image dans la nuit noire, encore plus parfait dans le silence complet. Moment parfait, moment trop rare.

Et si, avec le temps libre qui se dessine, le fait d’être « pris » à la maison, on avait envie de se trouver un coin de ciel illuminé?

« J’ai eu beau avoir la chance d’observer dans des grands télescopes des centaines et des centaines de fois, le spectacle du ciel étoilé à l’œil nu reste encore le plus beau, d’une certaine façon. Il y a le côté scientifique, esthétique, mais il y a aussi un côté presque psychologique ou philosophique, si on veut. Quand on vit des moments plus difficiles, pour le meilleur ou pour le pire, ça donne une perspective sur ce qui se passe quand même à l’échelle cosmique. Je ne vous dis pas que ça s’applique pour une pandémie, c’est moins drôle. Mais je me souviens qu’en peine d’amour, le ciel m’a déjà servi de béquilles, à une certaine époque. Des fois, le ciel, ça peut faire du bien », souligne Sébastien Giguère, coordonnateur scientifique à l’AstroLAB du parc national du Mont-Mégantic, en se remémorant son adolescence.

« La première chose qui me vient à l’esprit, c’est qu’il y en a qui ont un peu plus de temps. Les gens reprennent l’habitude d’aller prendre des marches, parce que c’est devenu un peu notre activité nationale et ces temps-ci, il y a quand même de belles choses à observer dans le ciel de début de soirée et du matin. »

Ce spectacle se dévoile même sans équipement. Ainsi, ai-je appris dans mon livre Observation du ciel qui est resté dans ma bibliothèque toutes ces années, environ 6000 étoiles peuvent être observées à l’œil nu, dont 3000 à la fois.

Pas nécessaire d’aller loin pour en profiter (ça tombe bien!) : c’est le temps de faire une petite promenade en auto, tout près. Les gens peuvent se trouver un coin dans un rang, seul, en couple ou avec les enfants.

« Si on est confinés ensemble, on peut regarder le ciel et juste passer un petit moment. Ce n’est pas long, ce sont des petits moments qui sont gratuits et qui font du bien. On prend une petite marche dans le rang sous les étoiles, ça peut être le fun aussi. »

Idéalement, si on n’a pas de rang à proximité ou qu’on ne peut s’éloigner, il faut trouver une petite oasis où il y aura le moins de lumière possible. La seule lumière d’un lampadaire peut influencer grandement l’expérience.

Et dénicher un horizon de ciel le plus vaste possible.

Pour Sébastien Giguère, le ciel a plusieurs dimensions. Scientifique, certes, mais il y a aussi le « ciel vécu et culturel ». « C’est ça qu’on protège avec la réserve de ciel étoilée (NDLR : la réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic (RICEMM). Ça peut être une bonne période pour en profiter plus qu’à l’habitude, quand on court un peu partout. » En avril, la noirceur ne tombe pas trop tard et la température s’adoucit, relève-t-il également.

Sébastien Giguère, coordonnateur scientifique à l’AstroLAB du parc national du Mont-Mégantic

Un beau tableau

Que peut-on voir, ces jours-ci, si on prend la peine de lever la tête vers le ciel?

« La vedette du ciel de soirée, c’est clairement Vénus. Elle est très haute dans le ciel (à l’ouest), après le coucher du soleil. C’est l’astre le plus brillant qu’on peut avoir après le Soleil et la Lune. Elle est vraiment impressionnante. Ça shine! » image Sébastien Giguère. On a souvent des gens qui nous appellent pour savoir c’est quoi, ils trouvent ça tellement brillants qu’ils se demandent c’est quoi. »

Le matin, au lever du soleil, au-sud-est, il y a une triple conjonction planétaire : il y a Mars, Saturne et Jupiter qui sont assez près l’une de l’autre, énumère-t-il.

En outre, il y a la constellation d’Orion qui se couche en début de soirée près de Vénus, et dont l’une des étoiles (Bételgeuse) avait faibli. « Elle était devenue deux fois moins brillante qu’à la normale et elle a recommencé à briller. Dans le monde de l’astronomie, ça a fait jaser quand même pas mal. Vénus est proche d’un amas très connu d’étoiles, qui s’appellent les Pléiades. Ça arrive juste une fois aux huit ans que la planète Vénus est vis-à-vis des Pléiades comme ça. Les gens qui ont une simple paire de jumelles à la maison peuvent trouver intéressant de les observer. »

Pour avoir une idée de ce qu’on voit, on peut télécharger l’application Stellarium, décrite comme le « cherche-étoiles d’aujourd’hui, en amélioré ». C’est une belle ressource pour se mettre le nez dans le ciel. »

L’étoile la plus brillante visible depuis la Terre, Sirius, peut être aperçue en début de soirée. Celle-ci peut être vue au printemps ou en hiver.

« On n’est jamais à l’abri de voir tomber une étoile filante ou de voir passer un satellite », poursuit Sébastien Giguère.

Même à cette période-ci de l’année, on peut avoir la chance de voir passer une étoile filante?

« Les étoiles filantes, on dit qu’il y en a cinq à l’heure, toute l’année. C’est sûr que lorsqu’on est en ville, c’est plus difficile. »

La deuxième moitié du mois, après Pâques, la Lune se fera plus discrète, et laissera davantage la place aux spectacles des étoiles.