Mélanie Grégoire

Vers les pousses vertes

CHRONIQUE / C'est comme une bouffée de printemps deux mois avant le temps. La promesse que l'hiver aura une fin.
Les semences et les semis inté-rieurs font germer un semblant de belle saison. Mettre une graine en pot, voir émerger la première tige, c'est anticiper le potager à créer, c'est se projeter dans cet avenir pas si lointain où carottes, laitues et tomates fraîches garniront l'assiette. En résumé, c'est bon pour le moral.
L'ennui, c'est qu'on ne sait pas toujours comment se lancer. Quoi mettre en pot, quoi mettre en terre, et quand? Questions cruciales que celles-là.
Pour y répondre, il n'y a pas mieux que le savoir collectif d'une communauté. Il n'y a pas plus efficace qu'un échange avec quelqu'un qui s'y connaît. Il n'y a pas plus indiqué qu'un rendez-vous.
Un rendez-vous qui n'existait pas vraiment jusqu'à l'an passé.
Mélanie Grégoire avait vu que le Jardin botanique de Montréal avait sa Fête des semences. L'idée était belle, tout était à créer ici : « J'en ai parlé autour, il y avait de l'intérêt, mais rien ne se mettait en branle », dit la directrice générale des Serres Saint-Élie.
La dynamo du jardin a donc pris les pousses en main. Elle a orchestré un rendez-vous vert l'an dernier.
La première édition de la Fête des semences a déjoué toutes ses prévisions, même les plus optimistes.
« C'était fou! On avait préparé 1000 billets de tirage pour un prix qui serait remis au terme de la fin de semaine. On ouvrait nos portes à 10 h, le samedi. Avant midi, on n'avait plus de billets! »
La réponse a été plus forte qu'anticipée, mais ce n'est, au fond, pas si étonnant.
« Depuis cinq ans, on sent l'engouement des gens pour les semis. Au cours des deux dernières années, c'est un mouvement qui a encore pris de l'ampleur », remarque Mme Grégoire.
L'explication derrière cette grandissante passion jardinière?
« Le coût des aliments qui augmente en épicerie a sans doute à y voir, mais je pense que, par-dessus tout, les gens veulent savoir ce qu'ils mangent. Les consommateurs ne sont pas toujours certains de la provenance ou du mode de culture de ce qu'on leur vend en épicerie. La meilleure façon de savoir ce qu'on ingère, c'est encore de se réapproprier l'agriculture. »
Une étude menée par l'Université Dalhousie, à Halifax, en collaboration avec l'Institut Jean Garon du Québec appuie cette idée en confirmant que plus de 60 pour cent des Canadiens sont préoccupés par la fraude alimentaire. Par fraude alimentaire, on entend les aliments dont l'étiquetage est erroné, ceux qu'on affiche comme étant bio mais qui ne le sont pas, les poissons issus d'aquaculture qu'on vend comme s'il s'agissait de prises sauvages, la date de péremption qu'on modifie sur l'emballage, les aliments vendus comme provenant du Canada alors qu'ils ont été cultivés à l'extérieur du pays : les exemples sont nombreux.
Pour le plaisir
des papilles
À tout ça s'ajoute le plaisir. Celui de voir pousser brocolis, aubergines et basilic. Celui des papilles, aussi. Évidemment qu'une carotte tout juste sortie de terre et consommée dans les cinq minutes explose en bouche comparativement à sa semblable qui patiente sur les étals réfrigérés de l'épicerie depuis une bonne semaine. Ça tombe sous le sens, on déguste avec bonheur les aliments qu'on a amoureusement fait pousser soi-même.
Coup d'oeil dehors. Les jours rallongent, la neige fond tranquillement, ça, il n'y a pas de doute. Mais on est encore loin du compte avant de pouvoir manger la première salade de tomates du jardin. Reste qu'on peut quand même commencer à penser potager. Et cette fin de semaine, c'est un bon moment pour ça. Entre autres parce que plus d'une vingtaine de semenciers seront réunis aux Serres Saint-Élie pour la deuxième édition de la Fête. Agriculture urbaine, trousses de champignons, semences patrimoniales, variétés rares, semences pour arbres à noix : l'offre est grande. On peut faire plein de trouvailles sur place. Des conférences sont aussi au menu pour qui veut en apprendre un peu plus. Une table d'échanges sera également à la disposition de ceux qui souhaitent troquer quelques graines. L'entrée est gratuite. Pour tout le monde.
« La Fête des semences, ça permet d'avoir accès à l'expertise de gens qui s'y connaissent, insiste Mélanie Grégoire. Je réalise que c'est un univers où existe une grande générosité. Les semenciers partagent leurs bons trucs et leur bagage sans compter. Et il n'y a aucun frais d'entrée. Ni pour les semenciers ni pour les visiteurs. Le but de l'événement, c'est de créer une rencontre, un lieu d'échanges et de partage. »
Et de semer le goût de jardiner.
Pour se lancer dans les semis intérieurs, il faut :
- De la terre bien choisie. Mélanie n'en démord pas : il faut du terreau pour semis et boutures, qui absorbe davantage l'eau. « Parce que sinon, vous allez noyer vos précieux plants et vous décourager. »
- Des pots. « On peut réutiliser des contenants qu'on a déjà, par exemple une barquette de champignons vide, mais c'est vraiment important de bien les nettoyer et de les désinfecter. »
- Des graines de qualité.
- De l'engrais (des algues marines liquides, par exemple).
- De l'espace.
Un frein qu'il faut dépasser? La peur de ne pas y arriver.
« Mettons une chose au clair tout de suite : c'est impossible de réussir 100 pour cent de son potager. La météo joue trop un rôle-clé. Un été très chaud avantagera les aubergines et les tomates, par exemple, mais d'autres légumes pousseront moins bien », explique Mélanie Grégoire.
Le jardinage enseignerait-il un certain lâcher-prise?
« En tout cas, ça nous apprend à respecter la nature. Et ça nous sort de la performance à tout prix. »
Quelques semis (plus) faciles à réaliser
À l'intérieur :
Tomates
Basilic
Ciboulette
Poireaux
Poivrons
À l'extérieur :
Haricots
Radis
Laitues
Pois mange-tout
Dans un cas comme dans l'autre, il y a un calendrier des semis à respecter pour s'assurer de résultats optimaux. Le devancer ou le retarder, c'est aller à la rencontre de problèmes au jardin. La nature a ses lois, ses règles, ses impératifs. On ne les déjoue pas si facilement. Il faut semer les bonnes choses, au bon moment. Des documents existent sur le sujet et certains sites sont de bonnes références (celui du Jardin botanique, par exemple : espacepourlavie.ca/calendrier-de-semis-de-legumes).
Vous voulez y aller ?
Fête des semences
Serres Saint-Élie
Samedi et dimanche, de 10 h à 16 h
serresstelie.com/academie.html