Geneviève O’Gleman a sorti son nouveau projet du four cette semaine. Savourer, le magazine web qu’elle a lancé, a mitonné longtemps. Des mois, au bas mot.

Savourer, pour faire le plein d’idées

CHRONIQUE / Geneviève O’Gleman a sorti son nouveau projet du four cette semaine. Savourer, le magazine web qu’elle a lancé, a mitonné longtemps. Des mois, au bas mot.

La populaire nutritionniste a pris le temps qu’il fallait pour lui donner densité et saveur. 

« Avec le site, je propose un univers très personnel. Savourer, déguster, prendre son temps autour de la table, ça me suit depuis des années. »

Réglons tout de suite la question et n’en parlons plus : lorsque la fin de son association avec Alexandra Diaz a été annoncée, l’automne dernier, la machine à rumeurs s’est emballée. Avant comme maintenant, Geneviève évite de les commenter ou d’en rajouter.

« J’ai adoré faire Cuisine futée. J’en garde un super bon souvenir. Je suis fière du projet, fière de ce qu’on a accompli. Et je suis tellement reconnaissante pour toute la communauté qui a suivi Cuisine futée, que ce soit à la télé, sur le web ou dans les livres. » 

L’aventure futée aura quand même roulé bon train avec ses six saisons de rendez-vous hebdomadaires à Télé-Québec et ses quatre livres de recettes vendus à plus de 600 000 exemplaires. Le succès était au rendez-vous, le public aussi.

« Ça a été un terrain de jeu formidable, une belle aventure, mais c’était aussi un concept très précis. Faire manger les enfants, aider les parents, c’était pas mal ça l’idée. Avec ma fille qui grandissait, j’avais envie d’aller m’amuser dans un autre carré de sable, de me renouveler. Je souhaitais aussi aider ceux qui ne se sentaient pas directement concernés. On était très présentes sur les réseaux sociaux et au fil des ans, j’ai constaté qu’il y avait plein de gens qui s’intéressaient à l’alimentation mais qu’on rejoignait moins avec notre projet ciblé. Et j’avais plein d’idées qui ne trouvaient pas leur place dans la formule de Cuisine futée. » 

Ce sont ces idées qu’elle décline dans son appétissant magazine virtuel de service et d’inspiration. Joliment découpé en sections (cuisiner, découvrir, apprendre et boutique en ligne), bien garni en contenu varié, il se veut un outil complet, qui va bien au-delà du simple répertoire de recettes. Il sera aussi accompagné d’une infolettre hebdomadaire. 

« Savourer, c’est prendre son temps autour de la table, c’est la proposition d’une cuisine à la fois simple, délicieuse et santé. Souvent, les gens mettent beaucoup d’efforts dans la cuisine et après, c’est mangé en vitesse. Moi, j’aimerais inverser l’équation. Qu’on passe moins de temps en cuisine et davantage de temps ensemble, autour de la table, à partager le repas. J’ai vraiment retravaillé ma façon de produire et de créer des recettes pour simplifier la préparation, pour permettre aux gens de gagner du temps précieux. Ça, je trouve que c’est payant pour la qualité de vie. » 

« L’automne dernier j’ai visité la Croatie et le Monténégro, avec ma mère, ma tante et ma cousine. Un fabuleux voyage de filles! Cette photo a été prise à Perast un charmant petit village au Monténégro situé entre les villes de Kotor et Dubrovnik. D’ailleurs dans la section découvrir du magazine, je parle du marché de Split en Croatie. Ce voyage a une connotation spéciale parce qu’il m’a non seulement permis de faire de belles découvertes, mais également parce que je l’ai réalisé alors que le magazine était en pleine création », souligne Geneviève O’Gleman.

DU BON, DU TEMPS, DES HORIZONS NEUFS

Le plaisir dans l’assiette et autour de la table est l’élément clé qui lie tout le contenu, celui qui motive la créative conceptrice de recettes.

« Tout est très collé à mon quotidien. Je propose un univers vraiment personnel, qui me représente jusqu’au bout des doigts. Les gens ont beaucoup connu Geneviève O’Gleman la nutritionniste, là, j’avais envie de montrer d’autres facettes de moi. La voyageuse, la gourmande, la curieuse, la passionnée. C’est tout ça qui nourrit le magazine web. »

Inspirée par les horizons neufs, Geneviève a réservé une section voyages sous l’onglet « découvrir » de son site.  

« Mes voyages ont toujours une composante gourmande importante. Je visite les marchés en premier, je rencontre des gens, j’essaie la bouffe de la région, je vais souvent suivre des cours de cuisine sur place. Les voyages, ça fait partie de mon bagage personnel et professionnel. Je rapporte nouvelles notions et découvertes au Québec en adaptant le tout à nos façons de faire et aux produits disponibles ici. Je n’avais pas beaucoup exploité cette dimension-là dans ma vie professionnelle. Il y avait bien quelques références dans mes premiers livres, mais c’était assez discret. Là, j’avais envie de le partager de façon plus importante. Au cours des dernières années, j’ai fait plusieurs séjours à l’étranger. J’ai pris des notes, des photos, j’avais un carnet de bonnes adresses bien rempli. » 

C’était le moment de mettre tout ça en lumière. De pimenter l’assiette avec un peu d’exotisme.  

« Les traditions culinaires d’ailleurs, c’est de l’inspiration précieuse. Ça ne veut pas dire qu’on va aller visiter ce pays-là, mais ça nous permet de découvrir une nouvelle façon de manger, une autre manière de voir l’alimentation et la cuisine. C’est très nourrissant, en plus de briser la monotonie du quotidien. Cette façon d’élargir nos horizons, pour moi, c’est essentiel », dit celle qui a foulé plusieurs continents et visité de nombreuses villes.  

De tous les endroits qu’elle a vus, c’est l’Afrique qui l’a le plus déstabilisée. 

« J’y suis allée à quatre reprises et c’était chaque fois très riche. Le Sénégal, c’est probablement l’expérience la plus complète que j’ai vécue. J’étais dans une famille, avec la mienne. On vivait comme eux, on mangeait comme eux. Je me souviens qu’au marché, on tassait les mouches sur les viandes. On n’est pas habitués à ça, disons, ça aiguise le lâcher-prise! Et ça remet les choses en perspective. On a mangé la même chose que tout le monde pendant notre séjour, personne n’a été malade. Je raconte aussi ce genre d’histoires dans le mag. » Des histoires ramenées d’ailleurs, d’autres récoltées plus près. 

« Manger, ce n’est pas juste se nourrir. C’est aussi prendre le temps de connaître les aliments. J’accorde beaucoup de place au côté local, responsable, durable. Je vais rencontrer des producteurs, des gens qui ont des choses à dire sur l’alimentation. Lorsqu’on sait d’où viennent les aliments, on prend conscience qu’il y a des artisans qui ont travaillé fort pour qu’on ait quelque chose dans l’assiette. On respecte encore plus ce qu’on mange parce qu’on sait d’où ça vient. Tout ça est lié. » 

Dans cette envie de raconter les uns et les autres, on sent la formation de journaliste que possède aussi la passionnée de bouffe. 

« J’ai les deux chapeaux. J’ai toujours pratiqué le journalisme par l’alimentation. Communiquer sur la nutrition, aider les gens à s’y retrouver de façon simple, ça fait partie de mon ADN. J’ai écrit plusieurs livres de cuisine, j’adore ça, mais une fois que c’est parti sous presse, c’est figé. Même chose pour la télé, une fois que c’est enregistré, il n’y a pas de retour en arrière. Le magazine web, je découvre ce que c’est et trouve ça formidable. C’est plein de possibilités. On peut faire des recoupements, on peut diriger les gens vers des infos pertinentes à même le site », dit celle qui ne ferme pas la porte à un éventuel retour sur d’autres médias. 

« Mais pour l’instant, je me consacre vraiment à cette nouvelle vitrine web, je la savoure. »

Ça vous intéresse : https ://savourer.ca

Le nouveau guide alimentaire sous la loupe O’Gleman 

On en a beaucoup parlé, déjà, mais le nouveau guide alimentaire canadien continue d’alimenter la conversation. 

« Santé Canada a fait un gros travail de fond, c’est un beau guide, basé sur des études indépendantes de qualité. Je suis contente de voir qu’on a délaissé les portions pour parler de proportions, c’est un message que je porte depuis des années, de ne pas calculer. J’aime aussi la place qu’on accorde aux comportements alimentaires. Ce n’est pas seulement ce qu’on met dans l’assiette qui compte, c’est aussi comment on le mange. Ça colle tout à fait à mon nouveau projet. On dit même dans le nouveau guide l’importance de savourer, on insiste sur l’importance de cuisiner plus souvent. Ça fait depuis le début de ma carrière que je porte ce message, mais je suis contente que ça soit reflété par les politiques du pays. Tout le monde va travailler dans le même sens. L’important, c’est qu’il y ait de la fraîcheur au menu, de la saveur, des aliments moins transformés. Et qu’on aime ce qu’on mange, bien sûr. » 

La place accordée aux protéines végétales, qui a tant fait réagir, n’étonne pas la nutritionniste. 

« On est rendus là. Les gens sont prêts pour ça, ils demandent des recettes végétariennes ou semi-végétariennes. Ils sont curieux, ils ont besoin d’accompagnement et d’idées. C’est logique de faire cette transition. Pour notre santé autant que pour l’environnement, on ne peut pas aller contre cette idée. Après ça, on peut avoir une approche qui est modérée, on peut choisir de manger moins de viande, mais de mieux la choisir, en optant pour une viande locale, par exemple. »