La saison des fraises affiche un peu de retard en raison du printemps froid pluvieux qu’on a eu, mais elle sera bientôt à nos portes. Les nombreux plants en fleurs en témoignent. À la Ferme Sanders de Compton, fraises et légumes sont cultivés de façon biologique par les copropriétaires Russell Pocock (absent sur la photo) et Thérèse Shaheen. Pionnier de l’agriculture bio au Québec, le couple a quatre enfants. Leur fille Aimée Pocock est intéressée à éventuellement reprendre les rênes de l’entreprise familiale.

Prenez le champ de fraises… bios !

CHRONIQUE / Mes souvenirs de fin des classes ont un parfum de fraise.

Lorsque j’étais petite, la conclusion de l’année scolaire signifiait le début de la saison des petites fraises des champs. La maison familiale était nichée au cœur d’un rang où il n’y avait que ça, des champs. Avec beaucoup de fruits rouges au mètre carré. 

Les heures passées à cueillir les joyaux sucrés (en les équeutant au fur et à mesure pour pouvoir bricoler au plus vite une confiture), je ne les compte pas. Mais je me rappelle de la douceur de ces matins calmes où, avec ma mère, ma grand-mère et, plus tard, ma sœur, on partait à la recherche de la meilleure « talle ». L’endroit secret où on pourrait remplir notre pot de deux ou bien de quatre litres (oui, on avait la cueillette ambitieuse) avant que le soleil ne soit à son zénith. 

Je n’habite plus au milieu d’un champ. Les fraises des bois ne poussent plus à quelques mètres de chez moi. J’ai quand même trouvé la parfaite talle où emmener ma marmaille se bricoler des souvenirs parfumés aux fraises. 

C’est devenu une petite tradition qui annonce le début des vacances : chaque année, on va cueillir le fruit synonyme d’été du côté de la Ferme Sanders. 

Campée dans le magnifique paysage de Compton, celle-ci a la particularité d’offrir des fraises biologiques. Ce n’est pas banal et vraiment pas si courant. 

Le site fraisesetframboisesduquebec.com répertorie les quelque 500 producteurs de petits fruits rouges à la grandeur de la province. Sous l’onglet fraises biologiques, il n’y a que 14 entreprises agricoles dans la liste. La Ferme Sanders y figure. Tout comme la ferme maraîchère Way’s Mills, basée à Ayer’s Cliff. 

« On est peu nombreux à adopter la culture des fraises biologiques parce que ce n’est pas facile. C’est un fruit très susceptible, fragile face aux intempéries et aux insectes nuisibles. D’année en année, le rendement est incertain, la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous », explique Thérèse Shaheen, copropriétaire de la Ferme Sanders avec son conjoint, Russell Pocock. 

Le couple fait partie des pionniers de l’agriculture biologique au Québec. 

« On cultive plusieurs végétaux sur nos 30 hectares de terres. Tout est bio, les fraises comme le reste, parce que ce type de culture correspond à nos valeurs et nos convictions. On a toujours des fraises dans nos champs parce qu’on aime ce fruit et parce qu’on aime aussi le contact avec le public qu’il nous permet. Étant donné qu’on produit une grande variété de légumes, le succès de notre entreprise ne repose pas sur une seule et unique culture. Si la saison des fraises est moins bonne une année, ce n’est pas catastrophique pour nous, contrairement à d’autres dont c’est la principale source de revenus », mentionne Mme Shaheen. 

Prisée par certains insectes qui peuvent aisément faire beaucoup de ravages dans les plants, la fraise est aussi capricieuse que délicieuse. C’est une grande sensible qui est facilement affectée par son environnement. Si les précipitations abondantes se multiplient ou s’il fait trop chaud, le fruit s’en ressentira.   

« Nous, on n’irrigue pas nos champs de fraises. Les années où c’est plus sec, les fruits seront plus petits, mais plus savoureux. À l’inverse, quand la saison est très au moment où les fraises sont en train de se former, elles vont se gorger d’eau et seront plus grosses, plus juteuses, mais moins sucrées. » 

La saison des fraises affiche un peu de retard en raison du printemps froid pluvieux qu’on a eu, mais elle sera bientôt à nos portes. Les nombreux plants en fleurs en témoignent. À la Ferme Sanders de Compton, fraises et légumes sont cultivés de façon biologique par les copropriétaires Russell Pocock (absent sur la photo) et Thérèse Shaheen. Pionnier de l’agriculture bio au Québec, le couple a quatre enfants. Leur fille Aimée Pocock est intéressée à éventuellement reprendre les rênes de l’entreprise familiale.

Saison retardée

Il est difficile de savoir à quoi ressemblera la saison puisqu’elle a du retard. Le printemps froid et pluvieux qu’on a connu a ralenti la floraison. 

« En agriculture, on remarque la portée des changements climatiques et l’incidence qu’ils ont. On connaît de grosses périodes de chaleur, des pluies qui s’étirent, des grands froids qui durent longtemps. Les variations météorologiques nous plongent dans des extrêmes avec lesquels il faut apprendre à composer. Pour les fraises, cette année, je suis optimiste parce que malgré le retard, il y a beaucoup de fleurs dans les plants. Il reste à voir ce qui se passera pendant le mûrissement des fruits. Ça, on ne peut pas le prévoir. »

L’hectare et demi qui sera bientôt rouge de fruits rassemble des variétés d’été hâtives et tardives de même que des variétés de mi-saison. La récolte devrait commencer à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet. 

Envie de prendre le champ pour cueillir la meilleure amie du shortcake? « Le mieux, c’est toujours de téléphoner avant de vous déplacer. Notre message vocal régulièrement mis à jour précise si l’autocueillette de fraises est ouverte », indique Mme Shaheen.

Saviez-vous que…

Chaque année, l’Environmental Working Group américain (EWG) publie son palmarès Dirty Dozen, qui établit les 12 fruits et légumes les plus contaminés par les pesticides. Bon an, mal an, la fraise se retrouve tout en haut de la liste de l’organisme à but non lucratif américain. L’info, médiatisée et amplement partagée sur les réseaux sociaux, fait du chemin. Du côté de la Ferme Sanders, on remarque un engouement pour les fraises biologiques. 

« Depuis quatre ou cinq ans, la demande augmente. Des gens viennent de Québec ou de Montréal pour cueillir nos fraises biologiques. Comme il n’y a pas beaucoup de producteurs dans ce créneau, ils sont prêts à faire la route », indique Thérèse Shaheen.  

Précieux écosystème

Il n’y a pas que nos papilles qui apprécient la douceur des fraises. Les insectes aussi. La punaise terne et l’anthonome du fraisier sont particulièrement à craindre. La première endommage le fruit, le rendant plus sec et débordant de petits pépins. Le second sectionne la fleur avant qu’elle n’ait le temps de se transformer en fruit. 

« Puisqu’on œuvre en agriculture biologique, on n’a jamais utilisé de pesticides pour contrôler les insectes nuisibles. Le résultat, c’est que dans nos jardins, on a aussi des insectes qui ont un effet protecteur puisqu’ils agissent comme prédateurs des indésirables. Il y a tout un écosystème qui s’est naturellement mis en place », mentionne la copropriétaire de la Ferme Sanders qui, comme deux autres producteurs maraîchers du Québec, participe à un projet de recherche mené par le MAPAQ et le CETAB+ (Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité) du Cégep de Victoriaville. 

Ce projet s’attarde sur les façons d’agir contre les punaises ternes à l’aide de bâches et de filets pour, éventuellement, présenter des alternatives aux producteurs agricoles et ainsi réduire l’utilisation de pesticides.

Ça vous intéresse?

Ferme Sanders (www.fermesanders.ca)
475 Hyatt’s Mills, à Compton
819 849-2270
Autocueillette de fraises, kiosque de légumes sur place.
Les légumes de la ferme (et les fraises, en saison) sont aussi disponibles chaque samedi, de 10 h à midi, au Marché public de North Hatley qui se tient au Parc de la rivière.