Philo et légumes bios

CHRONIQUE / Vincent Lafleur-Michaud prend l’appel depuis la serre. La ligne téléphonique y est meilleure, m’explique le producteur maraîcher qu’on découvrira dès jeudi dans la deuxième saison des Fermiers, diffusée sur Unis TV. Pendant une petite demi-heure, entre les pousses de tomates et de concombres, il me jase de philo et de légumes bios.

L’histoire de la ferme biologique Le Jardin des Funambules, qu’il exploite à Saint-François-Xavier- de-Brompton avec sa conjointe, Mélisande Leclerc, et un couple d’amis, Vincent Marcoux et Corinne Tougas, est aussi particulière qu’inspirante. Les quatre jeunes adultes sont des amis dans la vie, des partenaires en affaires agricoles et des voisins plus qu’immédiats, eux qui habitent la même maison bigénérationnelle.

Cette proximité des deux familles, au travail comme au quotidien, « c’est clairement notre plus grand défi, confirme Vincent. 

« Mais on se parle beaucoup des vraies affaires, poursuit-il. Sans avoir traversé de gros conflits, on a eu de bonnes discussions. Ça a permis de clarifier notre vision. » Et d’avancer dans la concrétisation de l’atypique projet d’affaires.

Les quatre mousquetaires des fruits et légumes se sont connus pendant leurs études en agriculture biologique au Cégep de Victoriaville. 

« Vincent et Corinne étaient déjà en couple à l’époque. Moi, j’ai rencontré Mélisande sur les bancs de l’école », explique Vincent.

Celui-ci ne se destinait absolument pas à une carrière les mains dans la terre. 

« En fait, j’étais plus intellectuel que manuel. C’est après avoir fait du woofing que le déclic s’est fait pour moi », dit en riant celui qui a grandi en milieu on ne peut plus urbain.

« Je viens de Montréal, alors que Mélisande, Corinne et Vincent sont natifs de la région de Québec. Tous, on avait en commun de vouloir adopter un mode de vie qui a du sens. On souhaitait réfléchir à notre consommation. On aspirait à un certain minimalisme matériel, mais on visait l’abondance dans nos relations humaines, dans notre proximité avec la nature. » 

L’idée de se lancer en agriculture biologique s’est naturellement imposée. Cultiver une terre à quatre présentait le double avantage d’une mise en commun des forces de chacun et du partage des tâches. 

Vincent Lafleur-Michaud, Mélisande Leclerc, Vincent Marcoux et Corinne Tougas opèrent ensemble Le Jardin des Funambules, à Saint-François-Xavier-de-Brompton. On découvrira leur vision et leur passion pour l’agriculture biologique dans la saison deux de l’émission Les fermiers, diffusée à Unis TV le jeudi soir.

Pendant les deux premières années de l’aventure, les deux conjointes travaillaient à l’extérieur, pour assurer un certain revenu et diminuer le facteur stress. Mais les choses vont tellement bien qu’elles se consacreront uniquement à la ferme dès les prochains mois. 

« Notre rêve se réalise. On ressent un profond sentiment de satisfaction de voir tout ça prendre forme. On est maîtres d’une vie professionnelle qu’on a bâtie à l’image de nos valeurs. À travers tout ça, on a le souci et l’envie de créer un milieu de vie stimulant pour nous et pour nos enfants. Mélisande et moi avons une fille de cinq ans et un bébé de trois mois. Nos voisins ont, eux, une petite fille de bientôt trois ans. L’aspect ludique de la vie à la ferme nous rejoint. Avant de partir à la garderie le matin, par exemple, on va dans la serre avec les enfants pour choisir les concombres de la collation. Cette année, on va aussi créer un potager pour nos tout-petits. Ce sont des choses simples, mais elles sont gratifiantes. »

Sur leur lopin de terre d’environ six acres, les producteurs ont trois serres de huit mètres par trois. Ils cultivent les champs sans employer de machinerie, en maximisant la densité des plantations et en optant pour du jardinage responsable. Une quarantaine de légumes poussent dans leur bucolique paysage estrien. Une fois cueillis, ils sont vendus en paniers et en restaurants.

« On s’inscrit dans la nouvelle vague des paniers bios. Les gens s’engagent et s’inscrivent pour la saison, mais notre formule est plus flexible dans la mesure où on recrée un petit marché qui leur permet de choisir leurs items parmi une sélection. On ne parle plus d’abonnés, mais de partenaires. On fournit aussi des restaurateurs montréalais, avec lesquels on a une entente. » La façon de voir que cultivent les funambules maraîchers s’implante aussi dans d’autres terreaux. Parce que les quatre complices ont le souci de partager non seulement les fruits de leur jardin, mais aussi les connaissances et l’expérience qu’ils ont acquises sur le terrain.

À Sherbrooke comme à Montréal, ils offrent donc divers ateliers de formation en agriculture biologique sur petite surface. Ceux-ci s’adressent autant aux fermiers établis qui souhaitent améliorer leur façon de faire qu’aux jardiniers du dimanche qui espèrent augmenter le potentiel de leur potager. 

« L’agriculture biologique, c’est notre façon de proposer des aliments sains à la population, notre manière de contribuer à créer un monde en phase avec nos valeurs. Cette vision circulaire, on y croit. Et c’est gratifiant d’agir concrètement, de récolter des légumes, de semer des idées. »

Ça vous intéresse?

Les fermiers
Jeudi, 20 h
Unis TV

Le Jardin des Funambules parce que…

« On cherchait un nom d’entreprise qui se démarquerait des autres producteurs agricoles existants. L’idée des funambules réfère à l’image de l’équilibre auquel on aspire. Notre nom nous rappelle ce qu’on veut dans la vie, il illustre nos motivations profondes. »

Du gingembre estrien

On pense qu’il ne pousse qu’en Asie et qu’il faut l’importer à tout coup. Pourtant non. L’exotique gingembre se cultive aisément dans notre climat nordique, pourvu qu’on lui donne un petit coup de pouce en serres. 

« Un peu comme la tomate et le concombre, qui sont des légumes de chaleur, mais qu’on arrive très bien à cultiver ici », image Vincent.

Le Jardin des funambules s’est donc lancé dans la production du parfumé rhizome. On trouve ce produit estrien au Silo et à la Coopérative d’Alentour, notamment.

En bref 

Puisqu’on cause potager, regard sur trois nouveautés bouquines qui mettent joliment les légumes en vitrine.

La cuisine fraîcheur du Venice
Charles Manceau
Éditions K.O. Médias
153 p. 

Endroit prisé pour ses salades et ses pokés, le restaurant montréalais Venice propose un menu tout en couleurs et en fraîcheur. Juste à temps pour le printemps (qui finira bien par arriver pour de bon), l’établissement publie son premier livre de recettes, dans lequel on retrouve 88 plats d’inspiration californienne. Déjeuners, soupes, salades, tacos, pizzas, power bowls, pokés et desserts se déclinent en différentes versions, certaines avec de la viande ou du poisson et d’autres complètement végétariennes. Détail qui compte triple : les recettes ensoleillées sont aussi appétissantes que simples à réaliser. J’aime particulièrement les nombreuses déclinaisons de sauces, de vinaigrettes et de salsas proposées qu’on peut tout à fait choisir de marier à d’autres plats. 

Vert couleur persil
Geneviève Plante
Éditions La Presse
143 p.

Geneviève Plante est trompettiste professionnelle, mais aussi passionnée par tout ce qui concerne l’alimentation. Elle signe l’inspirant blogue Vert couleur persil et lance un troisième livre de cuisine qui fait la part belle aux ingrédients bios. Sans être complètement végétariennes, ses recettes présentent une certaine tendance vers le garde-manger végétal. En cuisine, l’inspirée musicienne ose certains amalgames d’ingrédients un peu moins courants et crée de belles symphonies de saveurs dans l’assiette. Je pense par exemple à l’houmous à la sauge servi avec des raisins rôtis, à la salade repas de poires et de tofu rôti à l’asiatique, à la poutine de haricots verts au cari rouge et au miso. Petit bonus : soucieuse de diminuer son empreinte écologique, l’auteure a fait appel aux Cocos Écolos (un duo de blogueurs adeptes du mode de vie zéro déchet) pour bonifier son contenu en conseils faciles à appliquer au quotidien. Leurs astuces ponctuent les pages du bouquin. 

Tables véganes - Menus d’ici et d’ailleurs
Élise Desaulniers et Patricia Martin
Trécarré
198 p.

 Élise Desaulniers et Patricia Martin orchestrent ensemble le Défi Végane 21 jours depuis cinq ans et elles proposent ici un original détour dans les cuisines végétales d’ailleurs. Le recueil qu’elles ont conçu est un voyage gustatif qui rassemble 125 recettes exotiques grâce à l’apport de personnalités québécoises issues de diverses origines culturelles. Chacun a été invité à créer un repas festif (et végane) pour ses proches, de l’entrée au dessert. Le résultat est appétissant au possible et confondrait même le plus carnivore des carnivores. C’est que le bouquin présente une dizaine de menus étoffés ancrés dans autant de traditions culinaires. Ces appétissantes tablées revampent la malle à idées végés et donnent envie de filer derrière les fourneaux pour concocter souper péruvien, lunch sri lankais ou brunch australien. Ça vous titille les papilles? Il faudra être un tout petit peu patient : le livre arrive en librairie le 17 avril.