Christophe Bettez-Théroux et Marie-Josée Bettez

Lunchs sans soucis malgré les allergies

CHRONIQUE / La boîte à lunch, ça peut vite devenir un casse-tête. À plus forte raison lorsqu'on doit composer avec des allergies alimentaires. Marie-Josée Bettez et Christophe Bettez-Théroux le savent mieux que personne. Mère et fils composent avec cette réalité depuis les premiers mois de Christophe, qui est allergique à près d'une quinzaine d'aliments. « Déjà, faire des lunchs inspirés chaque semaine, c'est un défi. Les allergies, ça ajoute une couche additionnelle de complexité. On doit éviter certains ingrédients, on ne peut pas prendre de raccourci et on ne peut pas, non plus, dire : aujourd'hui, je vais me rabattre sur le plat de la cafétéria. »
C'est pour renouveler la banque d'idées et pour partager leurs bons trucs qu'ils ont écrit à quatre mains un livre de recettes sans plusieurs allergènes. Roulés et sandwichs variés, cretons de lentilles, biscuits montagnards, salades en pot, repas chauds, douceurs plurielles, bouchées inspirées et quantités d'autres plats alléchants se voisinent dans les pages du nouveau recueil. La particularité de celui-ci : il est tout entier axé autour des repas savourés à l'extérieur de la maison. C'est le premier du genre et il est vraiment bien pensé. Lire ici qu'il répond à un réel besoin.
Tous ceux qui vivent avec des allergies alimentaires vous le diront, le plus difficile, c'est encore et toujours lorsqu'on sort de « l'environnement contrôlé » de la maison. On peut facilement passer pour des freaks. À tout vérifier, à s'informer encore et encore de la liste d'ingrédients, à décrypter les emballages des aliments utilisés dans tel ou tel plat. Parce qu'une infime trace d'allergène peut suffire à provoquer une réaction allergique, il n'y a pas de place pour l'improvisation. Impossible de baisser la garde.
Le gros hic, c'est que les repas sont au coeur de mille bonheurs. Les fêtes d'école, les fêtes d'amis, les fêtes tout court. Les rencontres familiales, les sorties scolaires, les voyages tout près ou très loin. La bouffe est un épicentre. Un liant social. Un plaisir qu'on aime partager.
Question de sécurité, et pour la tranquillité d'esprit de tous, il n'y a parfois pas d'autres options pour les personnes allergiques que celle de traîner leur repas. La boîte à lunch devient alors essentielle, et pas juste pour le casse-croûte du midi.
C'est là que Lunchs réinventés frappe en plein dans le mille. Les 90 plats qu'on y trouve ont tous été conçus dans l'esprit du « pour emporter ». Des suggestions de menus et plusieurs informations variées bonifient le contenu de l'ouvrage.
« Nos critères étaient précis. On a élaboré des recettes qui pouvaient être préparées d'avance, qui étaient rapides à faire ou qui pouvaient être cuisinées en grande quantité et congelées par la suite. Si un plat se dégustait chaud, il devait pouvoir supporter le passage au thermos. »
Le défi était de taille. Il a fallu deux ans de travail pour concocter l'appétissant bouquin.
« Christophe avait 17 ans lorsqu'on a eu l'idée de ce livre. On a vraiment mené le projet ensemble, on a tout cuisiné à deux, le plus souvent le soir », explique Marie-Josée Bettez.
Dans la foulée des essais-erreurs, certains plats ont fini à la poubelle. La recette qui a été la plus difficile à élaborer?
« Le macaroni au fauxmage!, répond Christophe sans aucune hésitation. Je tenais absolument à avoir une recette dans le livre, mais mes premiers essais étaient catastrophiques. »
« Je confirme : c'était dégueulasse!, précise sa mère en riant. L'ennui, c'est que les versions véganes de ce plat utilisent des noix réduites en crème pour remplacer le fromage. Dans notre cas, c'était impossible d'aller vers ce substitut, il fallait trouver autre chose. »
La partie n'était pas gagnée d'avance. Plutôt que de se décourager, le duo a persévéré. Tant mieux. Il a fini par mettre le doigt sur LA combinaison parfaite. Le mac and cheese sans fromage figure fièrement dans l'index des recettes.
Cette façon d'avancer sans se décourager fait partie de l'équation depuis toujours, chez les Bettez-Théroux.
« On a changé les restrictions en aventures. Depuis le début, on voit les choses sous cet angle, ça vient fouetter notre fibre guerrière, on transforme les obstacles en défis », explique Marie-Josée.
Reste que. On mange trois fois par jour. Tous les jours. Il faut un temps pour apprivoiser la nouvelle réalité qu'imposent les allergies alimentaires.
« Un diagnostic d'allergie, ça bouleverse la famille, ça entame la nonchalance, la spontanéité des sorties. On ne peut tout simplement pas s'arrêter pour manger n'importe où. Parce qu'il ne faut pas seulement éviter les aliments auxquels on est allergiques, il faut aussi faire attention à la contamination croisée et éviter les aliments qui peuvent avoir été en contact avec les allergènes. C'est complexe à gérer, mais c'est faisable. Et ça a du bon. Comme on revient à la base en cuisine, on sait exactement ce qu'on met dans nos plats et on mange mieux. Malgré les aliments ''interdits'' et les contraintes. »
Christophe a déjà eu plus d'une trentaine d'allergies. Au fil des ans, il en a perdu quelques-unes. Aujourd'hui, l'étudiant en littérature doit encore éviter les produits laitiers, les oeufs, certaines noix, les arachides, les poissons, les fruits de mer, le kiwi, l'ananas, le melon au miel, la moutarde, les graines de sésame et toutes les volailles.
La liste est longue. Elle n'empêche pas le jeune homme d'avoir un fin palais et du plaisir dans la cuisine.
« Des fois, oui, j'aimerais avoir la possibilité de ne pas tout planifier, tout cuisiner. En même temps, ça fait partie de mon existence depuis mes premiers mois. Je n'ai jamais connu autre chose. »
Et il ne s'est jamais empêché de vivre de nouvelles expériences.
Le jeune auteur de 19 ans le raconte dans le livre, il est même parti avec des amis pour une semaine de camping loin de tout. Sans électricité.
« Ça a demandé des semaines d'organisation en amont. Ce n'était pas simple, mais j'y suis arrivé. J'ai planifié mon menu de A à Z. J'ai congelé certains trucs, j'ai apporté une glacière. »
Évidemment, avant ça, il avait graduellement appris à mettre la main à la pâte.
« Lorsqu'on compose avec les allergies alimentaires, cuisiner devient nécessaire, souligne Marie-Josée. On peut considérer ça comme une malédiction ou une corvée. Mais on peut aussi choisir de cuisiner ensemble, voir ces moments-là comme une belle occasion de passer du temps en famille. C'est cette deuxième approche qu'on a toujours privilégiée. En impliquant les enfants dans la préparation des plats, on leur fait aussi le magnifique cadeau de l'autonomie en cuisine. »
Et ça, c'est précieux. Qu'on ait des allergies... ou pas!
Une référence qui fait toute la différence
Ma fille avait huit mois, les joues rondes et de l'appétit pour tout ce qu'elle avait goûté jusqu'ici. Et puis il y a eu cette première réaction allergique au lait contenu dans des céréales pour bébé. Une semaine plus tard survenait une autre réaction inquiétante. Aux oeufs, cette fois. Le diagnostic d'allergie est tombé peu après. Il fallait gommer du menu les oeufs, les produits laitiers, les noisettes. On n'a pas mesuré tout de suite ce que ça voulait dire, on n'a pas compris à quel point notre quotidien venait de changer.
Du lait et des oeufs, il y en a partout. Vraiment partout. Dans les gâteaux, les biscuits et à peu près toutes les pâtisseries, dans les tartes et les boulettes, dans les quiches et certaines pâtes alimentaires, dans la mayonnaise et les céréales, dans le chocolat et les bonbons, dans les sauces, dans le pain et la pizza, dans le sirop d'érable et dans le vin, parfois. Il y en a partout, partout, partout. Même là où on ne le soupçonnerait pas.
Ceci menant à cela, on a attaché notre tablier et on s'est mis à cuisiner. Beaucoup, tout le temps. De tout, tout le temps. Déjouer les allergies, le premier livre de Marie-Josée Bettez (coécrit avec Éric Théroux) a été une première bouée.
Parents d'un petit garçon polyallergique, les auteurs partageaient leur vécu et leurs bonnes recettes sans plusieurs allergènes. Leur vision, déjà, était inspirante. Leur savoir-faire était une mine d'or. Et leurs recettes étaient savoureuses. Je l'écris en toute connaissance de cause pour les avoir plusieurs fois testées autour de ma tablée.
Un deuxième livre de desserts a suivi, puis une réédition de Déjouer les allergies. Et maintenant Lunchs réinventés. Marie-Josée Bettez est devenue une référence incontournable. Avec ses livres, mais aussi sur le web. Elle a créé le site Déjouer les allergies, une formidable ressource. Plus tard est venue la page Facebook du même nom. Elle a aussi mis sur pied un groupe de soutien sur Facebook. Celui-ci compte plus de 4300 membres qui partagent leurs trouvailles et leur vécu. Inutile de préciser que l'échange virtuel d'informations qu'il permet est formidable de possibilités. Le bagage et les recherches des uns enrichissent celui des autres. C'est un outil plus que précieux, porté par la force du groupe.
Ça vous intéresse? dejouerlesallergies.com et facebook.com/dejouerlesallergies.
Boules d'énergie
(recette tirée de Lunchs réinventés,
Marie-Josée Bettez et Christophe Bettez-Théroux, Québec-Amérique)
1/2 t. de graines de citrouille
1/2 t. de graines de tournesol
1 t. de dattes séchées, dénoyautées et hachées
1/2 t. de noix de coco râpée
1/4 t. de cacao
2 c. à soupe d'eau
1 c. à soupe de sirop d'érable
1/4 c. à thé d'extrait de vanille
noix de coco râpée, pour décorer (facultatif)¸
Dans le bol d'un robot culinaire, réduisez en poudre les graines de citrouille et de tournesol. Ajoutez les autres ingrédients, à l'exception de la noix de coco pour décorer. Mélangez jusqu'à l'obtention d'une pâte assez homogène.
Façonnez une quinzaine de boules avec vos mains. Roulez chacune de ces boules dans de la noix de coco râpée. Conservez dans un contenant hermétique à la température de la pièce ou congelez.