Benoit Roberge

La route des frites

Pendant les cinq saisons de l'émission Sur le pouce, diffusée à Évasion, Benoit Roberge a sillonné la province de long en large à la recherche des meilleurs casse-croûtes, de l'Abitibi jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine. Autrement dit, il a avalé des kilomètres et des kilomètres d'asphalte. Et presque autant de frites. J'exagère. Mais à peine.
Il aurait pu se lasser d'enfiler burgers et autoroutes chaque été. Il aurait pu tomber dans la redite et la redondance aussi. De shacks à patates en shacks à patates, il aurait pu ennuyer ses papilles et ses télé-spectateurs. Que nenni!
« Je craignais que ça devienne répétitif, admet l'animateur et comédien, mais finalement, ça n'a jamais été le cas. Parce que les cantines, c'est souvent des histoires de famille. Et c'est réconfortant parce que c'est ancré dans nos souvenirs d'enfance. »
Lui-même se rappelle avec une certaine nostalgie le goût unique du Richard Snack, à l'Ancienne-Lorette, où il a grandi.
« Adolescent, je faisais partie d'un groupe de musique dans lequel je jouais de la guitare. Le répertoire des groupes à la Bon Jovi. On répétait chez mes parents - leurs pauvres oreilles! - et c'était un rituel : chaque fois, on s'interrompait pour aller manger au Richard. On servait là un burger avec rondelles d'oignons, fromage en grains, fromage orange en tranche et frites à l'intérieur du pain. Il y avait aussi une dulton, une espèce de poutine avec sauce à pain de viande. C'était assez formidable. »
L'endroit, comme tant d'autres du genre, a pris de l'expansion depuis. Le charme de l'endroit s'est un peu dilué dans tous les pieds carrés ajoutés.  
« Je trouve que ce n'est plus comme c'était... Mais c'est encore très bon. Et c'est peut-être une question de perspective. J'ai un ami qui habitait ma rue lorsqu'on était enfants. Il est aujourd'hui chanteur d'opéra en Allemagne. Chaque fois qu'il revient dans le coin, on retourne manger là. Pour lui, ça a gardé toute la saveur de l'époque. »
Des frites et des gens
Les cantines, c'est aussi des rencontres. En cinq ans, à la barre de son émission estivale, Benoit Roberge a visité quelque 200 petits restos et il a croisé la route de tous leurs proprios. Des restaurateurs aux histoires plurielles.
« Je pense que ce que les spectateurs aimaient de l'émission, c'étaient les gens, justement. Ceux qui sont derrière le comptoir. Ils ont toujours plein d'affaires à raconter. Le show plaisait aux gens parce qu'ils voyaient du vrai monde raconter des vraies affaires. Ma grande surprise, c'est d'avoir eu autant de fun dans la simplicité. Je ne suis jamais tombé sur le pilote automatique. J'avais la même énergie, la même envie d'aller goûter aux assiettes des établissements qu'on a visités. »
Après ces cinq étés à enfiler hot-dogs steamés, burgers all dressed, poutine extra fromage et autres délices de la restauration rapide, l'équipe télévisée estimait avoir fait le tour du sujet. Et du Québec. Avant de tourner définitivement la page pour se consacrer à une série d'émissions sur les B & B (filmée cet été et diffusée l'an prochain), l'animateur lance Sur le pouce, un petit bouquin à l'intention de qui veut savoir où déguster délices frits et autres fantaisies de cantines.
« J'avais envie d'en faire un objet pratique et un outil utile en voiture. »
Divisé en chapitres régionaux, le guide petit format (parfait pour le coffre à gants) est bâti un peu comme un manuel de voyage, avec les bonnes adresses qu'on peut croiser sur l'autoroute 10, 15, 20, 30, 40, enfin, vous pigez le genre. Peu importe où on roule, au Québec, on peut toujours emprunter la route des frites.
Selon Benoit Roberge où trouve-t-on...
La meilleure poutine?
« Sans hésitation : chez Patate Mallette, à Beauharnois. Parce que la frite est par-fai-te. Elle est cuite dans le shortening et ça fait toute la différence. On dira ce qu'on voudra, et peut-être que c'est un peu plus dommageable pour la santé, mais c'est la seule façon au monde de faire des frites qui ont ce goût unique. »
Les Belges seraient d'accord avec ça?
« Aucune idée! Peut-être pas... Mais c'est vraiment bon. En plus des frites, le fromage qu'ils utilisent est aussi succulent. Ils en déposent une couche au fond de l'assiette et une par-dessus les frites. Ils servent la sauce à côté dans une théière toujours bien fumante. C'est un must. »
La deuxième meilleure poutine?
« Au Casse-croûte chez Cathy, à Rivière-au-Renard, en Gaspésie. Elle est succulente! »
Le menu le plus audacieux?
« Je ne saurais pas trop dire. On voit l'émergence de casse-croûtes 2.0 qui sont repris par des chefs, mais ça reste minoritaire. Sur 200, j'en ai peut-être visité une dizaine. Je pense, par exemple, à Patate et persil (www.patatepersil.com), à Vaudreuil-Dorion, où le chef cuit sa bedaine de porc et cuisine ses rondelles d'oignons maison. Règle générale, la cantine du coin reste assez traditionnelle, avec un menu auquel on s'attend. Les bonnes adresses se démarquent davantage par la qualité de leurs produits que par l'originalité de leur carte de burgers. En Gaspésie, par exemple, on peut déguster une guedille aux crevettes fraîches, dans une mayo au citron. C'est tout simple, il n'y a rien d'extravagant là-dedans, mais c'est tellement bon! »
Quelques-uns de ses coups de coeur, ici et ailleurs :
À Granby 
Chez Ben on s'bour la bédaine. « Un classique, mais un endroit vraiment l'fun. C'est un peu vintage, ça a gardé tout son charme. Leur affaire est tellement huilée! Les serveurs en habit rouge rayé qui sont là depuis longtemps et qui ont à coeur la qualité de ce qu'ils servent, j'aime beaucoup ça. »
À Sherbrooke
Louis Luncheonnette, « un endroit où tu sens qu'on respecte le casse-croûte. La rigueur dans la simplicité : c'est ça. J'y suis allé pour déjeuner et c'était impeccable ».
Au Saguenay
Le petit St-Do de Jonquière, où on sert la poutine en sauce barbecue ET hot chicken. Dans la même assiette, oui.
À Bedford
Chez Barry, où on prépare des frites parfaites. Pour l'anecdote, c'est un endroit où Foglia aime aussi aller, assure Roberge.
À Saint-Charles-de-Drummond
La Cantine chez Beaulac, où on peut déguster un club sandwich d'exception et où le velouté de la sauce à poutine vaut le détour.
À Saint-Raymond
Chez Ti-Oui, où le poulet frit est réputé.
À Pont-Rouge
Le Casse-croûte du Vieux Moulin, entre autres «pour la dulton extra saucisses qui lui rappele son enfance ».
À Montréal
Le Barros Luco, « un trésor chilien, un endroit où il va une fois par mois, depuis plusieurs années ».  
Dépanneur Le Pick-up
Un endroit qui a toutes les allures d'un dépanneur, mais où on mange vraiment bien.
Lester's Deli
Un endroit où on mange un smoked-meat tranché mince, mince, mince, avec un cherry coke et un gros pickle. Avec Schwartz' s, c'est l'endroit où aller pour un bon smoked-meat.
Aux Îles-de-la-Madeleine
La Pizza d' la Pointe. « Ça me fait rire : elle est sur la pointe, d'où son nom, mais on y sert aussi des pointes de pizza. Une belle place, vraiment, tenue par des soeurs qui préparent une pizza maison bien dodue et bien bonne. »
Chez Halabolina, pour les super guedilles de crabe. Et le homard qu'on peut vous cuire sur place.
Vous voulez lire?
Sur le pouce - 165 des meilleurs casse-croûtes du Québec visités et commentés par Benoit Roberge
Benoit Roberge
Serdy Média/Trio Orange
208 pages
À feuilleter aussi
Le très beau Moutarde chou. Publié il y a quelques années, il marie esthétisme et tradition culinaire populaire. On le parcourt autant pour la beauté de ses images que pour ses savoureuses anecdotes et ses alléchantes recettes riches en gras, en sel et en sauce. Un beau livre qu'on n'hésite pas à laisser traîner sur la table à café.
 
Moutarde chou
Émilie Villeneuve et Olivier Blouin
Éditions Cardinal
223 pages