Karine Tremblay
Avec la crise qui sévit actuellement, l’engouement pour le potager gagne du terrain. Aux Serres St-Élie, Mélanie Grégoire et son équipe font pousser plusieurs plants dans la serre pour ceux qui ne souhaitent pas, ces jours-ci, faire leurs propres semis.
Avec la crise qui sévit actuellement, l’engouement pour le potager gagne du terrain. Aux Serres St-Élie, Mélanie Grégoire et son équipe font pousser plusieurs plants dans la serre pour ceux qui ne souhaitent pas, ces jours-ci, faire leurs propres semis.

Et nous ferons un jardin

CHRONIQUE / Confidence. Inspirée par le livre Un potager dans ma cuisine (Katie Elzer-Peters, Éditions de l’Homme), qui rassemble 25 projets zéro déchet pour « faire repousser des légumes à l’infini », j’ai mis le restant d’un pied de fenouil dans l’eau. Presque machinalement. Sans nourrir trop d’espoir d’en tirer quoi que ce soit, à vrai dire.

Mais voilà, une petite pousse a commencé à pointer. D’autres ont suivi, vraiment minuscules. Imaginez des fenouils version lego. C’est à peu près ça.  

Les enfants l’ont surnommé Baby Groot. Ça leur a donné envie de revoir Les gardiens de la galaxie. 

J’ai souri. Et je leur ai fait du pop corn.   

Mon chum a conclu qu’au rythme où ce Baby Groot grandissait, on aurait un fenouil dans lequel croquer quand notre plus jeune entrerait à l’université. 

J’ai souri encore. 

Je les laisse rigoler. Mon pouce vert a encore des croûtes à manger, certes. Mais il croît un peu plus chaque année depuis qu’on fait un potager. J’attends toujours avec impatience ce moment où les premiers fouets de ciboulette annonceront que ce sera bientôt l’heure de mettre les mains dans la terre, de semer des pois mange-tout et de cueillir beaucoup trop de kale et de tomates cerises.    

Cette année, j’ai comme l’impression qu’on est encore plus nombreux que d’habitude à piaffer d’impatience à l’idée de sarcler un coin de terrain, comme si la pandémie actuelle était venue nous fouetter la fibre maraîchère.  

Je me trompe? 

« Non, vraiment pas. Il y a clairement un élan vers le potager maison », confirme Mélanie Grégoire, directrice générale des Serres St-Élie. Fermée au public jusqu’à la mi-avril, l’entreprise continue de faire de la livraison et d’offrir un service de dépôt à l’auto. 

La culture des légumes jouissait déjà d’une bonne cote de popularité, ces dernières années. Ces jours-ci, elle monte en flèche.  

« C’est une croissance démesurée par rapport aux années précédentes. Depuis la mi-mars, même avec des heures d’ouverture réduites, même en fermant l’accès public à notre plancher, notre chiffre d’affaires a augmenté de 30 pour cent. Et c’est clairement la section potagère qui génère autant d’activité parce que nos ventes de plantes vertes ont chuté de moitié », raconte Mélanie. 

Avec du temps devant (et peut-être un peu d’anxiété en dedans), les gens sont nombreux à vouloir faire leur semis. Terreau, semences, tapis chauffant et matériel d’éclairage sont particulièrement prisés.  

« Nous, on avait un bon inventaire en réserve, mais des semenciers québécois avec lesquels on fait affaire sont déjà en rupture de stock. Les gens de partout ont beaucoup commandé en ligne et ils se sont d’emblée tournés vers des artisans d’ici, ce qui est vraiment chouette. »  

Cette vague de fond laisse entrevoir un certain retour à la terre d’autant plus prévisible qu’il s’opère à la maison. Là où se redéfinissent nos repères, ces dernières semaines. Là où on se dépose en attendant que passe la tempête COVID-19.  

« Ceux qui étaient tentés par le jardinage mais qui ne faisaient pas le petit pas de plus plongeront probablement cette année. C’est drôle, parce que j’ai étudié la littérature en Angleterre, je me suis intéressée à l’histoire. Et on peut vraiment faire plusieurs parallèles entre les potagers de la victoire qui ont eu cours pendant la Deuxième Guerre mondiale et l’engouement qu’on perçoit actuellement pour la culture des légumes. Il y a des racines communes. L’inconnu de ce qui s’en vient engendre une certaine peur. Ça génère un désir d’être plus autonome au chapitre alimentaire, de faire sa part, en quelque sorte. On a ce réflexe de vouloir nourrir sa famille, de protéger le nid. Et puis il y a que c’est hyper concret, faire pousser des légumes. » 

Potagers qui ont poussé comme de la menthe (lire ici : abondamment) dans le paysage du Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale, les « jardins de la victoire » s’inspiraient de ce qui s’était fait au cours de la Guerre de 14-18. La hausse du coût des denrées alimentaires avait motivé la population à cultiver massivement ses terres. 

« Ce qui est intéressant, c’est que ce mouvement a ancré la culture potagère dans les habitudes de ces générations-là. Elles ont gardé cette passion toute leur vie », remarque Mélanie Grégoire. 

La flamme maraîchère ne s’est pas nécessairement transmise à ceux qui ont suivi. L’abondance de l’offre alimentaire en supermarchés, et la facilité avec laquelle on peut s’y procurer à peu près n’importe quoi, ont changé la donne. N’étant plus une nécessité, l’autosuffisance alimentaire est devenue moins prisée. Elle pourrait revenir à la mode, dans une certaine mesure, on s’entend.  

« Bien malin qui pourrait prévoir tout ce qui va arriver. On nage dans l’inconnu. Reste que la crise qu’on traverse est tellement majeure qu’il y aura assurément des impacts. Personnellement, j’étais déjà du genre à faire beaucoup de conserves et à congeler une bonne partie de mes récoltes. Je me connais. Cette année, ce sera encore pire! » remarque Mélanie. 

Jusqu’à quel point on fera tous l’écureuil, ça reste à voir. Quelle ampleur auront nos ambitions jardinières, ça aussi, ça reste à voir. 

Et ça importe peu, au fond. Qu’on bichonne des pots de balcon ou qu’on sème sur six mètres carrés, on est propulsé par un même élan. On trouve un même apaisement dans le geste simple de prendre soin des plants qu’on a fait germer ou qu’on a soi-même mis en terre. 

C’est pareil avec le brin de fenouil qui occupe un bout de mon comptoir. Même s’il ne pousse que d’un millième de millimètre chaque jour, il tient le coup. En prenant le temps qu’il faut, tout seul dans son petit bac d’eau. Et ça aussi, ça me fait sourire.

Avis à ceux qui n’ont pas de patience : oubliez le fenouil et misez sur les tiges d’oignons verts, championnes de la repousse rapide. Elles gagnent facilement plusieurs centimètres en une seule semaine. Faites l’expérience : coupez vos oignons verts en gardant environ trois centimètres de la tige blanche, avec les racines. Déposez le tout dans un verre d’eau. Et observez de jour en jour les tiges verdoyantes se déployer.

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L’heure est au semis

C’est en plein le temps des semis. Tomates, fines herbes, oignons, laitues et autres délices peuvent être semés en terreau dans la maison. « Pour les piments et les poivrons, on arrive à la limite, ce ne sera bientôt plus le temps, mais tout ce qui est cucurbitacée, je pense aux concombres et compagnie, doit plutôt être semé vers la fin avril », rappelle Mélanie Grégoire.  

Quelques trucs en vrac : 

1-  Faites pousser ce que vous aimez manger. « C’est la première chose que je dis aux gens. Si je vous conseille la bette à carde en vous vantant la beauté des plants et le goût des feuilles, mais que vous, vous n’aimez pas ça, la bette à carde, ça ne sert à rien, vous allez la laisser mourir dans votre jardin », résume Mélanie Grégoire. 

2-  À moins d’être très expérimenté, optez pour un terreau pour semis lorsque vous plantez vos graines. « Ça va vous faciliter la vie et vous faire sauver du temps », souligne-t-elle. 

3-  Commencez « petit ». « Vous lancer avec 50 plants de tomates la première année, ça va vous occuper l’équivalent d’un job à temps partiel, et possiblement vous décourager. »

4-  Relativisez vos attentes. « Vous allez faire des erreurs, c’est normal et ce n’est pas grave. La première année de jardinage en est une d’apprentissage. »   

5-  Vous n’osez pas vous lancer dans les pousses? Rabattez-vous sur les plants des centres de jardinage lorsque viendra le temps de planter au jardin. Plusieurs ont déjà lancé en serres une plus grande production qu’à l’habitude pour répondre à la demande anticipée. « Je vous incite d’ailleurs à encourager le centre de jardinage le plus près de chez vous. Il y en a beaucoup, et collectivement, on gagne à cultiver ce lien avec nos commerces de proximité », insiste Mélanie Grégoire.

Pour des trucs pratico-pratiques : visitez la page Facebook MJardiner. Chaque samedi matin, Mélanie Grégoire y présente des Facebook live.