Karine Tremblay
La Tribune
Karine Tremblay
Sur leur ferme biologique située dans l’est de Sherbrooke, Léon Bibeau et sa conjointe Kloé Boucher cultivent le sureau, l’ail et quelques autres légumes. Ils font aussi l’élevage de boeufs nourris à l’herbe et de poules pondeuses.
Sur leur ferme biologique située dans l’est de Sherbrooke, Léon Bibeau et sa conjointe Kloé Boucher cultivent le sureau, l’ail et quelques autres légumes. Ils font aussi l’élevage de boeufs nourris à l’herbe et de poules pondeuses.

Du sureau et du tout bio

CHRONIQUE / Si on roule sur le chemin Bibeau sans trop porter attention, on ne remarque pas nécessairement la pancarte. On ne se doute pas qu’au détour de la route, tout près de la ville, se trouve une ferme biologique de quelque 95 hectares.

La Ferme Bibeau n’est pourtant pas nouvelle dans le paysage, elle qui a été construite en 1877. Depuis, elle est toujours restée dans la famille. 

«Je suis de la cinquième génération de producteurs», me confirme Léon Bibeau. 

Le Sherbrookois a un temps hésité avant de prendre la relève de l’institution agricole. 

«Quand on a grandi sur la terre, ça devient presque un automatisme d’assurer le relais. Mais il faut quand même prendre le temps d’y réfléchir, de voir si c’est bien ce qu’on veut faire dans la vie. Il faut pouvoir choisir librement et avec discernement le chemin qu’on emprunte», explique-t-il. 

Avec sa conjointe, Kloé Boucher, il a finalement plongé dans l’aventure fermière. Sur leur vaste domaine de l’est de la ville, ils cultivent de l’ail, du sureau, quelques autres légumes. Ils élèvent aussi des poules pondeuses et du bœuf nourri à l’herbe. 

Tout est certifié biologique depuis 2006, le respect de l’environnement est une valeur chère à l’entreprise. La ferme, qui a fait de la production laitière jusqu’en 2011, s’est redéfinie ces dernières années. 

« On a le souci de travailler en fonction du sol qu’on a ici, des différentes zones cultivables. On a mis environ 150 000 plants d’ail en terre. On avait de grands espaces qu’on tondait, mais qu’on n’utilisait pas. Ce coin de terre était un peu humide, on cherchait une culture adaptée et durable pour occuper cet espace. On a eu envie d’essayer celle du sureau. »

Petit fruit méconnu, le sureau est riche en antioxydants. C’est actuellement le temps de le récolter, on trouve les petites baies fraîches à la Ferme Bibeau.

On connaît encore peu le petit fruit au Québec, mais on gagne à le découvrir. Riches en antioxydants, les délicieuses petites billes violacées poussent en grappes. Leur goût crèche quelque part entre le bleuet et la camerise, explique Léon Bibeau. 

Celui-ci a d’abord osé un essai avec une centaine de plants, en 2014. Le test a été plus que concluant. Le verger de la famille Bibeau compte maintenant 700 petits arbres où le sureau pousse abondamment. Chacun produit de trois à quatre kilogrammes de fruits chaque année. En saison, on peut l’acheter frais. Les producteurs en surgèlent aussi pour répondre aux demandes des consommateurs tout le reste de l’année. 

« C’est une baie quand même assez capricieuse. Il faut la cueillir au bon moment, quand elle est bien mûre. On voit qu’elle est prête à la couleur qu’elle a, on fait donc la récolte lorsque le soleil est bien haut, pour pouvoir distinguer quels fruits on peut ramasser et quels sont ceux qu’on doit encore laisser mûrir. » La cueillette commande aussi une certaine délicatesse puisqu’il faut séparer le fruit de l’ombelle, sans quoi il reste une tigette désagréable sous la dent. 

« Ceci mis à part, les défis qu’on rencontre sont les mêmes que ceux qui viennent avec la culture d’autres petits fruits. Il faut notamment porter attention aux oiseaux et aux chevreuils qui peuvent être tentés de venir manger la production. » 

Comme on ne trouve pas si aisément le sureau frais dans les étals, on ne sait pas toujours comment l’apprêter. 

« On a l’habitude de voir le sureau employé pour faire du vin, de la gelée, des confitures, du sirop pour la toux. Moi, je l’utilise dans toutes les recettes qui sont généralement faites avec des bleuets », note M. Bibeau, qui précise aussi qu’on peut aussi brasser une excellente bière de sureau. 

« Unibroue en fait une dans sa collection de bières éphémères. Peut-être que des brasseurs artisanaux se lanceront aussi dans le projet…

Le producteur maraîcher Léon Bibeau cultive le sureau depuis quelques années.  

Légumes libre-service

Léon Bibeau est interrompu dans sa lancée par deux poulettes rousses qui sortent des hautes herbes pour venir picorer sous les plants. « On a environ 90 poules en liberté », m’explique-t-il. Toute la journée, elles se baladent dans le bucolique environnement. Un peu plus loin, les bœufs broutent au pâturage avec une certaine langueur. Plantés dans ce décor de carte postale avec champs, forêt, ciel bleu, on ne pense plus au fait qu’on se trouve à quelques kilomètres à peine de la rue King.  

Cette proximité avec les artères principales, l’entrepreneur agricole entend la mettre à profit.  

« On préserve la biodiversité du milieu, une portion de la terre demeure forestière parce qu’on vise la conservation du milieu naturel. La ferme s’insère dans le milieu urbain qui l’entoure, ce n’est pas une zone en attente de développement, elle a une fonction dans l’environnement, un rôle à jouer pour la communauté. Le fait d’être près permet un contact avec la population et on gagne tous à cultiver ce lien direct entre producteurs et consommateurs, à limiter les intermédiaires. Quand on peut échanger ensemble, ça permet, d’une part, de mieux comprendre la réalité de ceux qui font pousser les aliments et, d’autre part, ça permet aussi de connaître davantage les besoins de ceux qui les achètent. Tout ça change les perspectives. Et ça change la valeur des aliments. » 

Depuis deux ans, pour favoriser l’achat de proximité, la Ferme Bibeau a mis en place un kiosque de vente qui fonctionne en mode « autonome », pourrait-on dire. Les clients trouvent dans une petite cabine de bois une variété de légumes frais, des œufs et de la viande bio de bœufs nourris à l’herbe. Les prix sont affichés sur une vaste ardoise, les produits dispos sur les tablettes, au frigo et au congélo varient selon la saison. 

« C’est vraiment la fraîcheur à son meilleur, remarque Étienne Bibeau, qui œuvre sur la ferme tout l’été. Les œufs, par exemple, sont ramassés dans le poulailler tout près du kiosque. À peine quelques centaines de pieds séparent les deux constructions. » 

Chaque client arrive donc avec son cabas et choisit ce qu’il glisse dans celui-ci. Et puis il remplit la fiche d’achat, fait le calcul du montant qu’il doit et glisse les sous dans une boîte à cet effet. Ou bien, plus simple encore, il fait un virement Interac.    

« C’est un système basé sur l’honneur et la confiance, ça fonctionne vraiment bien », mentionne Léon Bibeau. 

Pour assurer une plus grande variété d’aliments, le producteur s’est associé à la Ferme La Gaillarde. 

« Les clients trouvent ainsi en un seul endroit une plus vaste sélection de légumes biologiques. Cette collaboration profite à tout le monde », remarque Léon Bibeau, qui parle de toutes les facettes du milieu fermier avec détails et justesse. 

« C’est un domaine qui se réinvente, qui fait face à certains défis en raison des changements climatiques, par exemple. Il faut adapter nos méthodes, innover, mais ce qui ne change pas, et ce qui est important pour moi, c’est que c’est un métier qui est porteur de sens, et à plusieurs niveaux. » 

La Ferme Bibeau a mis en place un kiosque d’achat «libre-service» où le consommateur peut se procurer légumes de saison, oeufs et viandes bios chaque jour, entre 9h et 20h.

Ça vous intéresse?  

La Ferme Bibeau se trouve au 3336, chemin Bibeau
Le kiosque libre-service est ouvert tous les jours de 9 h à 20 h.

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Carnet de Défi... local

Je vous en parlais la semaine dernière, tout le mois de septembre, le Défi 100 % local se déploie à la grandeur de la province. Pendant quatre semaines, ledit défi nous invite à mettre davantage d’aliments d’ici au menu. 

Je fais partie des quelque 4000 personnes qui, à travers le Québec, se sont inscrites. Comparativement à l’an dernier, c’est environ le double de participants qui ont embarqué dans le mouvement. Tout de même. 

Je m’étais dit que je lancerais mon mois locavore en découvrant une nouvelle adresse agricole de la région. C’est chose faite avec la Ferme Bibeau. Petit bonus, j’ai aussi pu cuisiner une confiture à base de sureau fraichement cueilli, une délicieuse première.

Envie de tendre vous aussi vers une assiette de proximité? Il est encore temps de s’inscrire au : defijemangelocal.ca.

Et pas besoin de renoncer au café, aux bananes et aux oranges pour se lancer. 

« Les gens voient le 100 % local et ils hésitent parfois à s’inscrire parce qu’ils se disent qu’ils n’arriveront pas à manger complètement local. Mais ce n’est pas tellement la vision qui sous-tend l’événement. On ne vise pas l’extrême ni la perfection. L’idée, c’est d’acheter un peu plus d’aliments locaux, mais il n’y a pas de seuil minimal à atteindre. Et au chapitre de l’alimentation de proximité, il n’y a pas, non plus, de petits gestes », dit Mariepier Baril, conseillère en développement bioalimentaire pour Créateurs de saveurs Cantons-de-l’Est. 

L’organisme a produit cette année un guide fort utile pour les participants estriens qui relèvent le Défi 100 % local. On le trouve en ligne au : createursdesaveurs.com.  Karine Tremblay

Mariepier Baril, conseillère en développement bioalimentaire chez Créateurs de saveurs des Cantons-de-l’Est.