À bas le combat... dans l'assiette

CHRONIQUE / Le mot choisi par l'Ordre professionnel des diététistes pour souligner le mois de la nutrition est fort. Un combat. Dans l'assiette. Un combat. Quand même. Qui se décline de moult façons, qui laisse la fourchette triste, qui plombe les repas. Et contre lequel on peut quelque chose.
<p>Cora Loomis</p>
« En pratique privée, on voit comment la bouffe et les émotions sont liées. On parle de combat quand on réfère à cette idée que pour certains, la nourriture est vue comme une ennemie », résume la nutritionniste sherbrookoise Cora Loomis. Regard sur cinq cas d'assiette identifiés par les nutritionnistes du pays et contre lesquels on devrait cesser de croiser le fer... ou la fourchette.
1. Les modes alimentaires
Au premier chef, on pense évidemment aux régimes auxquels s'astreignent celles et ceux qui en ont contre les chiffres qu'affiche la balance. « C'est cyclique, ces prétendus régimes miracles reviennent périodiquement à l'avant-scène, sous différents noms. Certains aliments, comme les féculents, le pain et les pâtes, sont diabolisés. Les gens se lancent à corps perdu, ils perdent du poids, mais ils le reprennent ensuite. Chaque fois que le corps est restreint dans son apport calorique, chaque fois qu'un régime est imposé, il y a un impact sur le métabolisme. Le poids naturel de départ se retrouvera toujours un peu plus élevé après un régime », insiste Cora.
C'est l'évidence, le gros bon sens, les diètes restrictives et contraignantes ne tiennent pas longtemps la route parce qu'elles se conjuguent rarement bien avec un mode de vie normal et une santé optimale.
« Je pose toujours la question : veux-tu manger comme ça à long terme, pour le reste de ta vie? Si la réponse est non, le régime est irréaliste. »
Si certains comptent les calories à outrance, d'autres ne savent plus à quel aliment se vouer.
« L'excès d'information sur l'alimentation joue un rôle dans la culpabilité qu'on ressent à mettre tel ou tel aliment au menu. »
Et pas juste lorsqu'il est question de malbouffe ou de régime.
« On veut faire des choix alimentaires plus responsables pour la planète, les producteurs, les animaux, notre santé, alouette! Nos choix sont motivés par tellement de facteurs, maintenant. On a accès à un paquet d'informations, parfois contradictoires, et qui touchent à différents aspects. Ça devient compliqué de satisfaire tous ces critères. Moi, par exemple, j'adore les avocats. C'est un aliment sain, mais quand on se met à lire sur la façon dont on le cultive... ouf! c'est décourageant », mentionne Mme Loomis.
Constat : C'est bien de s'informer, il faut continuer à le faire, oui, « mais il faut aussi choisir les sources auxquelles on s'abreuve, insiste Cora. Sur le web, toutes ne sont pas crédibles. » Un livre qu'elle aime particulièrement suggérer : Kilos zen, de Guylaine Guevremont et Marie-Claude Lortie (aux éditions La Presse).
2. Manger... et se sentir mal
« Les problèmes digestifs, on en voit beaucoup et de plus en plus, en consultation, note Cora. Les gens souffrent de crampes, de reflux, de nausées, de gaz. » Le stress et l'anxiété sont en cause. Souvent. Ce qu'on mange aussi, bien sûr.
De plus en plus d'études se penchent sur l'importance du microbiote. Celui-ci est influencé par ce qu'on ingère. Vous vous en doutez bien : la bouffe industrialisée n'est pas la meilleure amie de notre écosystème intérieur, qui affectionnent plutôt les lactofermentations, les grains entiers, les fruits et légumes ainsi que les légumineuses.
3. Le souper de famille comme une arène
Le rêve? Des repas en famille toujours harmonieux et sans stress. La réalité? Les soupers se passent rarement comme dans une pub de Saint-Hubert. Chacun a ses préférences alimentaires et la fatigue de la journée aidant, vient parfois LE point de rupture. Ce moment où, entre la fixation pour les pâtes blanches du cadet et l'aversion de l'aîné pour tout ce qui ressemble à des oignons, on a envie de lancer le tablier. Le truc? Lâcher prise. En se disant qu'autour de la table, c'est comme dans la vie : on ne pourra jamais tout le temps plaire à tout le monde.
« Disons que les parents ont la responsabilité de choisir ce qu'ils mettent sur la table. Les enfants ont la responsabilité, ensuite, de manger ce qu'ils veulent. Après, on laisse du lest. Négocier, insister, ça ne donne rien », mentionne Cora Loomis.
En plus, ça mine l'ambiance. Et l'ambiance, justement, on la veut chouette.
« On peut essayer des petits trucs qui, parfois, produisent leur effet, ajoute Cora. Mettre la table pour des repas plus joyeux, faire des repas thématiques, impliquer les enfants dans la cuisine, soigner la façon de présenter les aliments, tout ça peut faire une différence. »
4. Le stress qui pèse dans la balance
On peut difficilement échapper au stress qui ponctue nos journées de fou (même si on en rêve tous secrètement). Certains en ont plus que d'autres. Et on n'a pas tous la même façon d'y faire face.
« Le stress, soit il nous amène à manger plus, soit il nous coupe l'appétit. Quand on ne prend pas le temps de manger, l'organisme se sent en danger et a tendance à vouloir faire des réserves. Et si on est tellement pressé à l'heure du repas qu'on avale tout sans prendre le temps de goûter, ce n'est pas mieux, on n'est pas à l'écoute de nos signaux de satiété », remarque Cora Loomis.
Celle-ci aime beaucoup l'approche de l'alimentation intuitive, qui veut qu'on prenne le temps de pleinement déguster le repas, en appréciant les saveurs, en étant à l'écoute de son corps. Elle offre d'ailleurs un atelier gratuit (Adieu culpabilité, bonjour plaisir) samedi prochain (25 mars), au cours duquel il sera question de l'alimentation en pleine conscience. Ça se passe au Végécafé Vertuose de Sherbrooke, à 15 h et il faut réserver sa place.
5. Bien manger en dépit d'une maladie
Un diagnostic qui implique de revoir complètement sa diète, c'est un séisme pour la personne concernée. Et pour son entourage.
« Dans ces cas-là, les gens se sentent dépourvus de ressources, précise Cora. Et c'est normal. Je pense au diabète, par exemple. Les changements alimentaires que ça commande sont immenses. Je dirais que c'est le seul cas où ça devient une bonne chose de calculer tout ce qu'on mange. Pour avoir suivi des gens qui en souffrent, j'ai vu à quel point c'est une condition qui est difficile à accepter. Mais c'est tellement essentiel de faire ce bout de chemin. Être accompagné par un ou une diététiste, ça peut vraiment être aidant, dans ces cas-là. »
Un lundi sans viande à l'échelle mondiale
Lundi, ce sera la journée internationale sans viande. Si l'idée du végétarisme était encore nimbée d'une aura de luzerne et de patchouli il y a une quinzaine d'années, ce n'est vraiment plus le cas maintenant. Le végétarisme, qu'il soit occasionnel ou intégré au quotidien, est plus qu'une tendance lourde.
Même les plus carnivores des carnivores ne lèvent plus le nez sur les plats végés.
Elle-même plutôt végétarienne depuis plusieurs années, Cora Loomis offre depuis janvier un accompagnement à ceux qui souhaitent négocier le virage végé, mais qui ne savent pas trop comment s'y prendre. À des petits groupes de trois personnes, elle propose quatre rencontres d'une heure trente pour faire le tour de la question (infos : coraloomis.com/vege-et-sante).
« Il y a un besoin, je pense. Lors des conférences que je donne, je constate un intérêt réel pour le végétarisme, et pour toutes sortes de raisons. Certains sont outrés par les conditions d'élevage des animaux. D'autres se mettent au végétarisme pour des raisons environnementales. Le budget et la santé pèsent aussi dans la balance. Et je remarque que ça rejoint les gens de tous les âges. »
Sur ma table de chevet
Le livre Comment ne pas mourir - Ces aliments qui préviennent et renversent le cours des maladies, traduction du succès How Not to Die. Signé par le Dr Michael Greger (créateur du site NutritionFacts.org) en collaboration avec Gene Stone, le bouquin a fait sensation lors de sa sortie. La brique (550 pages!) part du postulat que santé et alimentation sont étroitement liées. C'est très documenté et, au surplus, c'est vraiment intéressant à lire.
Sur ma liste de trouvailles à goûter
Les nouvelles tisanes signées Mishka. L'entrepreneure sherbrookoise Michaela Vrastiak vient de mettre au point deux nouveaux parfums de tisane. Une première mariant érable, orange, canneberge et cardamome, ainsi qu'une autre qui agence le pamplemousse à la pomme, l'orange et la cannelle. La marque, qui proposait déjà un trio de saveurs inspirantes, commercialise des petits pots pour breuvages chauds qui n'ont rien à voir avec les tisanes traditionnelles en sachets. Le mélange de fruits et d'épices que concocte Michaela se mélange à de l'eau chaude et se déguste sans tarder. On boit le bouillon sucré et délicieusement parfumé, puis on croque (à la cuillère!) les petits fruits restés au fond de la tasse. Comme une bonne nouvelle n'attend pas l'autre, les tisanes Mishka sont maintenant vendues en ligne via le siteAtelierno16.com.