Situé dans un environnement bucolique, le château de Peles, en Roumanie, est une des rares attractions où j’aurais aimé m’attarder davantage.

De princes en vampires

CHRONIQUE / Je l’avoue : j’ai horreur de l’horreur. Les zombies, les vampires et autres monstres, ce n’est pas ma tasse de thé. On ne peut donc créditer à Dracula mon attirance pour la Roumanie.

Les princes et les princesses n’entretiennent pas ma fascination non plus. Du moins pas ceux des contes de fées. J’ai même une petite tendance à détester l’omniprésence de la royauté dans les jouets qu’on offre aux enfants.

Il reste que les vrais rois, les vraies reines, quand on prend le temps de s’intéresser à leur vie, peuvent se révéler bien intrigants. Et à visiter les palaces, les manoirs et les châteaux où ils ont vécu, on en vient parfois à se demander comment trouver le bonheur dans autant de richesse.

Bien sûr, tout le monde, ou presque, qui s’arrête en Transylvanie voyagera vers Bran, où se trouve le château « de Dracula », celui ressemblant le plus à ce que décrit Bram Stoker dans son livre. Bran, c’est un peu le passage obligé, même si tout le monde, moi y compris, vous dira qu’il ne vaut pas tellement la peine de s’y attarder.

Le personnage de Dracula ressemble drôlement au voïvode Vlad Tepes, mieux connu comme étant Vlad l’empaleur. Particulièrement cruel, il avait la réputation de torturer ses ennemis, souvent en les empalant. Certains racontent même qu’il avait même dressé une « forêt d’empalés » le long d’une route pour décourager ceux qui pourraient tenter une invasion. On présume toutefois qu’il n’a jamais vécu à Bran.

Là-bas, le bus nous laisse le long de la seule grande route traversant le petit village. Quelques restaurants font de bonnes affaires avec les touristes, comme les dizaines de stands entassés au pied du socle rocheux où trône le château. Les files d’attente peuvent être longues et les foules s’entassent serrées à l’intérieur du bâtiment, si bien qu’on ne souhaite qu’une chose : en sortir.

Une seule petite pièce, trop exiguë pour la quantité de touristes qui s’y agglutinent, raconte l’histoire de Vlad. À part la photo qu’on fait tous, de l’extérieur, y’a pas de quoi s’énerver trop longtemps avec cet attrait beaucoup trop touristique.

Le château de Bran, celui qu’on affuble du titre de « château de Dracula », ne vaut pas vraiment le détour.

Déjà, la forteresse de Rasnov, à quelques kilomètres de là, présente un intérêt un peu plus grand, quoique très limité. C’est surtout le village qu’on traverse et la vue sur les environs qui justifient un arrêt à cet endroit.

Un vrai château passionnant, c’est celui de Peles, situé à Sinaia, au sud de Brasov. De la gare de cette ville reconnue pour ses montagnes de ski, les monts Bucegi, jusqu’au château, les paysages sont bucoliques. On peut s’arrêter dans un joli monastère avant de suivre une route pavée dans un boisé.

Les vendeurs de boomerangs, de produits du terroir et de babioles « ramasse-poussière » ont trouvé refuge le long de ce chemin piétonnier. Bye-bye magie et romantisme.

Mais il reste qu’en sortant du boisé, le château qui s’offre à nos yeux est magnifique et est situé dans un environnement enchanteur. Il est entouré de statues, de fontaines et la riche décoration du seul étage ouvert aux touristes parvient à émerveiller même les moins attendris.

Dans plusieurs palais européens, on nous raconte que les pièces ont été remeublées, que les espaces aujourd’hui aménagés en chambres à coucher servaient autrefois à un autre usage. On déchante quand on réalise qu’on a forcé plus qu’un peu la reconstitution.

À Peles, on ne sent pas le faux. La collection d’armes, les pistolets et les épées au design original, m’a laissé pantois. La petite bibliothèque, couverte de livres du plancher au plafond a aussi capté mon attention.

Commandé par le roi Carol 1er, le château a servi de retraite privée à plusieurs chefs d’État, dont Richard Nixon, Gerald Ford, Mouammar Kadhafi et Yasser Arafat. Il est interdit de prendre des photos de l’intérieur, à moins de payer un supplément au moment d’acheter le droit d’entrée. La surveillance est sévère.

Sans prétention, les lieux de résidence royaux, j’en ai un peu marre. Parce que dans l’étalage de la richesse, on ne trouve rien de vraiment différent d’un endroit à l’autre. Sauf quand on nous raconte une histoire qui nous donnera envie de comprendre le personnage qui s’est confié aux murs sur lesquels on pose les yeux.

Versailles, en France, se passe de présentation. Mais c’est à Linderhof, dans le sud de l’Allemagne, que j’ai probablement été le plus impressionné. Le pavillon de chasse de Louis II était devenu un véritable château où il s’isolait souvent. Le roi, n’aimant pas la compagnie, avait fait installer une plateforme sur laquelle était placée sa table à manger. Il la faisait descendre d’un étage pour qu’on dresse la table sans qu’il ait à croiser qui que ce soit.

Un guide avait ajouté que le roi mangeait seul en se regardant dans le miroir.

Dans une autre pièce, sur des dizaines d’étagères, des pots de porcelaine étaient empilés du plancher au plafond. Pas le bon endroit pour éternuer bruyamment.

Dieu que je ne vivrais pas dans ces châteaux. Mais j’aimerais quand même qu’on me laisse bouquiner un brin dans la bibliothèque de Peles.

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