Karine Tremblay
Au printemps, les champs de caméline sont ensoleillés par les petites fleurs jaunes caractéristiques de la crucifère apparentée à la moutarde.
Au printemps, les champs de caméline sont ensoleillés par les petites fleurs jaunes caractéristiques de la crucifère apparentée à la moutarde.

Caméline : une huile qui vous veut du bien

CHRONIQUE / Vous avez peut-être déjà remarqué l’huile ou les graines de caméline sur les tablettes des supermarchés. La plante ancestrale fait depuis quelques années son chemin sur nos étals grâce, entre autres, au travail de Chantal Van Winden.

Celle-ci a découvert l’intrigante plante crucifère au hasard d’une conférence, en 2006. Un scientifique allemand, venu parler de synergie des plantes à un groupe d’agriculteurs, avait mentionné que la caméline produit une huile à très haute teneur en oméga-3. 

« Ça m’avait interpellée parce que, à l’époque, je cherchais justement à ajouter des aliments riches en oméga-3 dans notre assiette. J’étais intriguée de voir qu’une plante qui existe depuis 3000 ans et qui est aussi intéressante n’était pas du tout connue ici », explique celle qui était physiothérapeute avant de devenir présidente et directrice générale de Signé Caméline. 

Elle a creusé le sujet pour découvrir que la plante aux petites fleurs jaunes, aussi appelée « sésame d’Allemagne », était davantage employée en Europe de l’Ouest.

« Elle était cultivée en Russie et en Ukraine, mais toujours de façon marginale. Mon conjoint et moi avons importé nos premières semences de la Russie en 2007 et on a multiplié les essais. On est aussi allé voir au Minnesota, où il y avait un producteur d’huile de caméline. »

Déception dès la première lampée d’huile : le goût n’était vraiment pas ragoûtant. 

« On s’était dit, alors, qu’on pourrait peut-être concevoir un produit intéressant pour nourrir les animaux. Au fil des ans, on s’est mis à tester différentes variétés de caméline et c’est là qu’on a réalisé que certaines étaient vraiment bonnes et beaucoup plus douces au goût. En assemblant une couple de variétés, on a développé une culture à la saveur franchement agréable. »

En 2014, l’entreprise familiale Signé Caméline démarrait ses opérations (sous le nom d’Oliméga, à l’époque), d’abord en commercialisant l’huile de la plante. Depuis, les graines se sont ajoutées à la gamme vendue en épicerie. 

Le défi, quand on lance un nouveau produit, c’est encore et toujours de le faire connaître.

« Dans toutes les recettes où on emploie de l’huile, on peut utiliser celle de caméline. Elle est très polyvalente et son arôme de noisette-sésame est très subtil. C’est une nouvelle palette de saveur, ça vient donner un petit goût différent, mais très doux », exprime Mme Van Winden. 

Sur le plan de la santé, on fait des gains si on l’inclut dans le menu. 

« On est souvent en carence d’oméga-3. Or, l’huile de caméline en contient 35 %. C’est énorme! Ce sont de bons gras pour nous, ils sont anti-inflammatoires en plus d’être excellents pour le cerveau et d’aider à d’abaisser le taux de cholestérol. En consommant une cuillère à thé d’huile de caméline, on comble nos besoins journaliers. »  

Les graines, elles, peuvent être consommées crues ou torréfiées. 

« On peut les intégrer aux muffins, aux produits de boulangerie, aux pâtes à pizza. Étant donné qu’elles ont un côté gélifiant, on peut aussi s’en servir comme bases d’un pouding, à la façon des graines de chia. 

Pour torréfier les graines, on leur glisse sur une plaque de cuisson et on les fait séjourner 11 minutes au four, à 350 degrés. Le procédé décuple les parfums. 

« Au goût, c’est super intéressant, on s’approche alors du sésame grillé ou de l’arachide. On peut en saupoudrer sur des pâtes, des salades, ça ajoute de la saveur et de la texture. »

Les expérimentations vont bon train dans l’usine de transformation alimentaire construite il y a deux ans (et dotée d’un mur solaire). 

« On profite de la floraison de la caméline, qui dure trois semaines, pour fabriquer un délicieux miel, très doux au goût et sans amertume. Travailler avec les abeilles, ça fait partie de notre vision d’agriculture durable. On a aussi développé un délicieux chocolat, de concert avec une chocolatière. »

Miel et chocolat sont pour l’instant offerts en ligne. D’autres nouveautés viendront. 

« On est en phase de développement, mais je peux déjà dire qu’il y aura une version torréfiée des graines de caméline qui sera mise en marché en septembre. On va aussi changer notre emballage pour un autre, entièrement recyclable. Le développement durable fait partie de nos valeurs, dans les champs autant que sur les tablettes. »

Le produit est actuellement distribué dans 700 points de vente au Québec et la compagnie est en plein essor. 

« L’augmentation de la production atteint 30 pour cent cette année, et elle grimpera encore l’an prochain », remarque Mme Van Winden. 

En plus de gagner toujours plus d’adeptes au Québec, la caméline attire l’attention à l’étranger. Le Japon, la France, le Vietnam, la Chine et les États-Unis manifestent un intérêt grandissant pour le produit de niche depuis déjà trois ans. 

Et l’intérêt va croissant.

« On est en train de signer de gros contrats avec des distributeurs pour les États-Unis, l’Ontario, l’Ouest canadien. Ça bouge beaucoup. Mais notre premier objectif, c’est que ce produit local, cultivé ici et de façon écoresponsable, trouve sa place dans toutes les cuisines du Québec. »

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La présidente et directrice générale de Signé Caméline, Chantal Van Winden.

Si elle se rapproche de la palette gustative de l’arachide ou du sésame lorsqu’elle est torréfiée, la graine de caméline ne fait pas partie de la même famille d’aliments que ceux-ci. Les personnes allergiques peuvent donc en consommer… sauf si elles sont aussi allergiques à la moutarde. Des précautions s’imposent alors, parce que la caméline est une crucifère apparentée à la moutarde. 

C’est une question souvent posée à Chantal Van Winden : peut-on chauffer l’huile de caméline? « Oui, répond-elle, parce qu’elle est tellement riche en antioxydants qu’elle conserve sa teneur en oméga-3. Son point de fumée est élevé, on peut la chauffer à 475 degrés F sans souci. Ça en fait une huile très polyvalente. On peut l’utiliser dans les sautés de légumes ou avec les grillades sur le barbecue, par exemple. » 

La caméline a manifestement des affinités avec le climat d’ici. Implantée en Montérégie, Signé Caméline travaille aussi avec des producteurs du Témiscamingue et du Lac-Saint-Jean. Partout, les fleurs jaunes ensoleillent les champs au printemps. Autrement dit, elles poussent bien n’importe où au Québec. 

Au surplus, la culture, faite dans un souci de développement durable, présente d’importants avantages environnementaux et agricoles.

« On a fait des tests avec le MAPAQ pendant trois ans pour voir si la caméline pouvait être sensible à certains ravageurs, étant donné que c’est une cousine éloignée du canola et que celui-ci est affecté par quelques prédateurs », explique Chantal Van Winden.

Les tests ont été plus que concluants.

« On a réalisé que non seulement elle n’était pas fragile, mais en plus, elle repousse les ravageurs qui fragilisent d’autres plantes. Comme on fait des rotations de culture, on a pu observer que, là où il y a eu de la caméline, l’année d’après, il n’y a pas de ver fil-de-fer. » 

Ce parasite, qui attaque les semences, a mené plusieurs compagnies à enrober leurs graines de pesticides. 

« Ces pesticides sont nocifs pour les abeilles, nocifs pour nous aussi. Et voilà qu’avec la caméline, on peut peut-être arriver avec des solutions naturelles pour repousser les ravageurs. C’est un impact majeur, qui nous amène à faire d’autres tests. » 

Et qui correspond à la vision écoresponsable de l’entreprise.

« Implanter une nouvelle production agricole sur le territoire québécois, ça fait partie de nos objectifs. C’est une culture qui n’a pas besoin d’un sol extrêmement riche, mais elle vient quand même avec son lot de défis parce que c’est une graine minuscule, qui mesure à peine deux millimètres. C’est elle qu’on doit récolter avec une moissonneuse batteuse. Ça demande une adaptation de la machinerie et un effort. Les producteurs avec lesquels on travaille sont donc très précieux dans l’équation, on a la chance d’avoir de beaux partenariats. C’est une fierté de voir ce qu’on est en train de créer ensemble. »

La caméline est une plante ancestrale qui était méconnue au pays, mais qui pousse très aisément au Québec. Signé Caméline commercialise les graines de caméline ainsi qu’une huile qui est obtenue par le pressage des graines de la plante riche en oméga-3. Son goût délicat rappelle la noisette et le sésame.

TOMATES CONFITES À LA CAMÉLINE (recette de Signé Caméline)

INGRÉDIENTS

Tomates cerises 

Fleur de sel

Poivre

Feuilles de laurier

Ail

Thym frais

Huile de caméline

    

PRÉPARATION

1.    Préchauffer le four à 300 °F.

2.    Couper les tomates en deux et les placer sur une plaque à pâtisserie.

3.    Verser un mince filet d’huile de caméline sur les tomates.

4.    Parsemer le restant des ingrédients sur les tomates.

5.    Enfourner pour 1 h 30.


POUDDING DÉJEUNER DE CAMÉLINE (recette de Signé Caméline)

INGRÉDIENTS

1/4 de tasse de graines de caméline

3/4 de tasse de lait végétal

1/2 banane écrasée

1 1/2 cuillère à thé de cacao

1/2 de cuillère à thé de vanille

   
PRÉPARATION

1.    Écraser la demi-banane.

2.    Mélanger tous les ingrédients (grains, lait végétal, banane écrasée, cacao, vanille).

3.    Laisser reposer au moins 5 h ou toute la nuit au réfrigérateur dans un contenant hermétique.

4.    Mélanger et ajouter, sur le dessus, des fruits au choix.