La mention d’honneur revient à la bière brassée avec des bactéries vaginales, produite en Europe de l’Est. C’est un magnifique exemple du genre. On a même eu droit à des entrevues de la donneuse, mannequin professionnelle !

Les dérives de la bière

CHRONIQUE / L’imagination débordante de nos brasseurs nous permet de profiter de nouvelles bières, de nouvelles saveurs, de nouveaux goûts et de nouvelles méthodes de brassage. Mais attention à la dérive! Malheureusement, la culture bière, aussi dynamique soit-elle, est également composée de gens qui font n’importe quoi. Petit coup de gueule.

En tant que juge invité dans différents concours, l’invitation est souvent accompagnée d’un formulaire sur nos styles préférés. Les organisateurs demandent à chaque juge, quel style il aimerait juger et de dresser une liste de styles par ordre de choix. J’ai toujours sélectionné la catégorie « innovation » ou « expérimentale », puisqu’on y découvre souvent les futures tendances.

À la dégustation, chaque bière présentée est accompagnée d’un petit texte explicatif qui nous permet de mieux comprendre l’idée derrière. On se retrouve donc devant plusieurs produits originaux et intéressants. Je me souviens, au World Beer Cup de Denver en 2014, avoir goûté à des bières très faibles en sucre. L’innovation consistait, justement, à faire baisser le taux de sucre autrement que par la fermentation. Était-ce les premiers tests de Brut IPA? Possible, à l’époque, le style n’existait pas.

Qu’est-ce qu’un bon produit innovant ?

Chaque nouveau produit sur le marché s’installe dans un style existant ou essaye de repousser les limites des paramètres connus. Il n’est pas rare de voir des bières catégorisées dans un style, mais ne pas en offrir les saveurs et les goûts typiques. On parlera donc de bière « hors style ». Mais le plus souvent, la bière est très proche de ce qu’elle devrait offrir comme expérience gustative et olfactive, si on se fie au cahier des charges du style.

Ceux qui « créent » les styles sont surtout les consommateurs. Le brasseur brasse la bière et la nomme comme bon lui semble. Le consommateur, lui, regroupe plusieurs bières ensemble, souvent de même recette ou de même technique, et leur donne un nom commun qui deviendra, finalement, celui du style. Le temps et le bouche-à-oreille font le reste.

Il est très difficile de créer un style « clé en main ». Plusieurs se sont plantés d’ailleurs. L’innovation dans la bière consiste donc à créer un nouveau produit et que celui-ci soit en équilibre sur la corde du bon goût avec, dans chaque main, les marques de l’innovation et le poids de la culture bière. Le bon goût est au jugement de chacun.

Opportunisme et marketing

De plus en plus de brasseurs proposent des bières à saveurs atypiques ajoutées. Le but étant de créer un « buzz » et de transformer une idée loufoque en projet de marketing, ou pire… en bière !

La mention d’honneur revient à la bière brassée avec des bactéries vaginales, produite en Europe de l’Est. C’est un magnifique exemple du genre. On a même eu droit à des entrevues de la donneuse, mannequin professionnelle! Les bactéries, de type lactobacilles, sont communes dans la bière, mais dans ce cas-ci, c’est le marketing autour de la bière qui se doit d’être dénoncé.

Mention spéciale également à la bière au cassoulet de deux brasseurs toulousains. C’est la recette d’un cassoulet qui est versée dans une bière pour « s’amuser », expliquent les protagonistes. Cette bière a eu son moment de gloire dans plusieurs journaux français. Pas la meilleure ambassadrice d’une culture bière qui essaye de se rapprocher d’une image plus qualitative.

Au Québec, nous avons également eu droit à plusieurs bières avec ajout d’ingrédients loufoques et non comestibles. Vous l’aurez compris, je n’encourage pas ces produits. Ils sont un frein au développement de l’image de la bière. Je vous invite d’ailleurs à ne pas tomber dans le panneau.

L’innovation et la recherche de saveurs peuvent être intéressantes, mais la ligne entre innovation et « buzz » est mince. La culture bière mérite bien mieux.