Les trajineras, ces barques pouvant accueillir une vingtaine de personnes, sont un des symboles de Xochimilco.

Ballet et balade nautique à Mexico

CHRONIQUE / Retenir son souffle. C’est toujours un peu ce qu’on fait en achetant des billets pour un spectacle à l’étranger. Vouloir un aperçu d’une culture qui nous fascine peut se transformer en interminable soirée de performances amateures. C’est l’expérience qui parle. Mais dans la ville de Mexico, il n’y a rien à craindre.

Le ballet folklorique de Mexico a beau être présenté dans le célèbre Palais des beaux-arts (Palacio Bellas Artes), qu’on surnomme à juste titre la cathédrale des arts de Mexico, mais il y a ce je-ne-sais-quoi à propos du mot folklorique qui sème un léger doute. C’est que je m’imagine des artistes un peu blasés, se produisant soir après soir pour des touristes qui applaudiraient n’importe quoi.

Quelle que soit l’impression que nous laisse un spectacle, s’il est présenté dans une salle mythique, celle-ci nous permettra de détourner nos yeux (et nos oreilles) de la performance pour admirer l’architecture et la décoration du bâtiment. Il s’agissait de la seule raison qui m’avait poussée à m’acheter un billet à l’Opéra de Budapest, en Hongrie, alors que les sièges du balcon se vendaient moins cher que la visite guidée des lieux en plein jour. Gratteux et astucieux, le voyageur.

Dans la ville de Mexico, pas possible de réaliser le même tour de maître. Le ballet folklorique, fondé en 1952 par Amalia Hernandez, est une vraie troupe professionnelle qui offre, comme le dit son site internet, un musée vivant transmettant les traditions culturelles du Mexique. Ça, ça se paye. Avec tout près de 70 danseurs qui se relaient sur scène dans des chorégraphies énergiques, il y a de quoi être impressionné, intimidé même.

Aux danseurs s’ajoutent des musiciens, trompettistes, percussionnistes, violonistes et autres, qui emplissent la scène, et parfois les balcons, pour faire vibrer jusqu’aux murs du théâtre. Quand la salle s’enveloppe de percussions frappées à l’unisson, l’hypnotisme est total.

Parmi les moments forts, notons la danse du cerf, où un danseur arbore les bois de l’animal qu’il personnifie. Cette chorégraphie fascinante fait partie des rites à la veille d’une expédition de chasse. On y reproduit les mouvements de la proie. Même du balcon où j’étais perché, j’ai capté le côté sacré du moment. Pas étonnant que ce soit là le principal souvenir que je garde de ce ballet.

Bien sûr qu’il y a plus festif, avec les grandes robes rouges que les femmes font tournoyer alors que les hommes, tout de noir vêtus, avec leur grand chapeau, multiplient les galipettes à leurs côtés.

Difficile de ne pas mentionner la boda de la Huasteca, une danse symbolisant un mariage où plusieurs événements fâcheux se succèdent. On finira par voir apparaître le diable, taquin et sérieusement comique, et des marionnettes géantes qui feront quelques rondes avant de retourner vers les coulisses.

Avant que le rideau ne tombe, toute la compagnie, aujourd’hui dirigée par le petit-fils d’Amalia Lopez, se rassemble sur scène pour une danse festive. On se croirait dans un village où tous les habitants envahiraient les rues pour célébrer à la musique des mariachis. On se retrouve sur nos pieds avant les dernières notes et on ne referme la bouche qu’une fois les derniers applaudissements évanouis.

Le ballet folklorique de la ville de Mexico, avec ses costumes colorés et ses danses traditionnelles, est un musée vivant des traditions mexicaines.

Le sceptique en moi, qui s’attendait à trouver le temps un grain de sable trop long, en aurait pris encore.

Si une soirée au Palais des beaux-arts finit bien la journée en rassemblant des traditions de plusieurs régions mexicaines, en après-midi, préférablement la fin de semaine, le rendez-vous avec l’histoire se trouve vers Xochimilco, considéré comme la Venise du Mexique.

C’est effectivement la fin de semaine que les grandes barques colorées, les trajineras, se remplissent et s’animent pour des fiestas interminables. À plusieurs, on arrive à partager le prix pour un gondolier qui nous offrira une, deux, quatre ou huit heures sur les canaux contournant de véritables jardins flottants. En semaine, pas de trafic sur les rivières artificielles et personne pour nous aider à réduire les coûts.

En réalité, le cours d’eau, le lac Xochimilco, a bel et bien été rempli de terre à certains endroits par les Aztèques pour créer des jardins et des terres cultivables, les chinampas. Le lac a donc été transformé en une série de canaux où les plaisanciers fuient désormais l’action de la ville. Il s’agit aussi d’une réserve écologique. Pour les moins romantiques, après une heure, l’envie de regagner la terre ferme se fera sentir.

Xochimilco n’en est pas moins un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987. Il reste que la visite dans un musée improvisé, sur une des îles artificielles, peut laisser pantois. Sous une tente faite de morceaux de tissu suspendus, une dizaine d’aquariums à l’eau trouble permettent d’observer les bestioles qui grouillent normalement sous la surface des canaux.

L’île la plus connue, mais aussi située à grande distance du quai, est celle des poupées, où Julian Santana Barrera a accroché des centaines de poupées dans les arbres. Un tantinet étrange.

À noter que les gondoliers ne parlent pas nécessairement l’anglais, mais si vous arrivez à communiquer, ils sauront certainement en dire long sur l’histoire des îles environnantes.

Si l’envie vous prend de naviguer en semaine, comme je l’ai fait, notez que les taxis ne sont pas légion dans le stationnement désert du site touristique. Mieux vaut avoir une connexion internet ou un réseau cellulaire… ou accepter de marcher jusqu’à la route la plus proche.

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