Les coopératives d’artisanat de San Juan La Laguna accueillent les touristes pour expliquer le processus de transformation du coton.

Artisanat et Petite Italie au lac Atitlan

CHRONIQUE / Le plan de visiter un chaman à San Pablo La Laguna, sur les rives du lac Atitlan, venait d’échouer. Le village guatémaltèque, aussi touristique que le fond de ma botte, est tellement petit qu’il ne possède pas de quai pour accueillir les lanchas, ces navettes reliant les communes par la voie de l’eau.

J’ai marché une partie de la route vers San Juan La Laguna, le village voisin, avant de constater qu’il me faudrait vraisemblablement héler un tuk-tuk. Pour environ un dollar, il mettrait une dizaine de minutes à contourner les cratères creusés dans le bitume avant de me laisser descendre à destination.

De là, j’ai cheminé à la recherche d’un restaurant pour calmer la faim qui me tenaillait. Situé plus près de l’entrée du village, justement en direction de San Pablo, le Café El Artesano jouit d’une renommée enviable. Mais encore faut-il savoir qu’il est là, avec son enseigne discrète et sa terrasse en contrebas, derrière l’édifice principal.

Le Café El Artesano, c’est LA destination pour les fins gourmets qui atterrissent au lac Atitlan. Alors que la rue foisonne du bruit des klaxons, des taxis évitant des chiens qui traversent imprudemment, la terrasse soignée et richement décorée à l’européenne du restaurant tranche avec l’ambiance du village.

Cellier, gramophone, cigares, barils de bois et nappes à carreaux rouges forment un environnement où chaque détail a été réfléchi. Le serveur, sa serviette sur le bras et le tablier bien noué autour de la taille, précise qu’il faut normalement une réservation pour manger là. Mais quelle chance, en basse saison, on nous accueillera volontiers.

Le menu, composé de plats à partager, a semble-t-il été rendu célèbre pour son fromage et ses charcuteries. Si on comble sa dent creuse en solo, difficile de goûter aux deux spécialités. Mais à deux ou trois, on grignote facilement toute la platée d’environ 25 fromages et l’assiette d’autant de variétés de charcuteries.

Si tous les fromages sont bel et bien confectionnés au Guatemala, le repas donne véritablement l’impression d’être en Italie. On ajoute le pain cuit sur place et l’accompagnement de vin et on se croirait presque à Rome. N’oublions pas, non plus, la petite clochette, posée sur la table, qu’il faut secouer pour appeler le serveur à l’aide, qu’on en vienne à manquer d’eau ou de pain.

Et si on veut contempler plus que la terrasse elle-même, la percée visuelle permet d’apercevoir non seulement le lac Atitlan, mais aussi le nez de l’Indien, cette protubérance que les amateurs de levers de soleil grimpent vers les 4 h du matin pour obtenir, apparemment, la plus belle vue sur le lac.

Alors voilà, si le Guatemala s’est un peu trop imposé dans les jours précédents, on trouve ce coin d’ailleurs pour se remettre à l’heure de chez nous.

Le Café El Artesano a fait sa renommée grâce à son fromage et à ses charcuteries.

En ressortant, on ne franchit qu’une dizaine de mètres avant que le « tap! tap! » des femmes façonnant des tortillas nous remonte aux oreilles. En passant devant les fenêtres ouvertes des maisons et des cantines, le son semblable à des applaudissements se répercute partout.

Pour faire contraste, j’ai fait appel à l’Association des guides d’écotourisme Rupalaj K’istalin. À 300 mètres du quai des lanchas, l’organisation offre des tours guidés dans des coopératives locales pour en apprendre sur le savoir ancestral.

En vérité, la visite chez les artistes peintres et chez l’apiculteur n’ont rien de bien impressionnant. On nous raconte en cinq minutes comment on peint des illustrations apparemment typiques du lac Atitlan en expliquant bien que le maïs, omniprésent dans les œuvres, constitue un symbole fort. Les quatre couleurs de maïs qu’on trouve au Guatemala représentent selon eux les différentes couleurs de peau des êtres humains.

L’apiculteur, lui, fera le tour de ses ruches en trois minutes avant de décliner les prix de la panoplie de produits du miel de sa boutique.

Si on en apprend un tout petit peu sur les herbes médicinales dans les jardins de plantes et qu’on goûte au chocolat traditionnel maya dans une petite chocolaterie, c’est vraiment le groupe de femmes artisanes qui m’a le plus impressionné.

On nous montre d’abord comment on transforme le coton en fils avant de l’embobiner. En essayant l’outil avec lequel on nous a fait une démonstration, on se rend bien compte qu’il faut quelques années pour maîtriser l’art de tirer les fils.

À San Juan, le coton est ensuite teint à l’aide de produits naturels. Des fruits, mais surtout des plantes, serviront à donner la couleur à la fibre.

Sur la machine à tisser, une dame confectionne une écharpe qu’elle mettra plusieurs jours à terminer. Soigneusement, elle tend les fils pour que les motifs soient bien serrés.

Toutes ces femmes travaillent là toute la journée, en plus de s’occuper des enfants. La coopérative, située dans une cour intérieure à l’écart des rues principales, n’accroche pas forcément l’œil des touristes. Et pourtant, pour chaque foulard, sac à main ou vêtement acheté là, on permet à une famille du village de 6000 habitants de gagner sa croûte.

Enfin, quand on remonte vers le cœur du village, on se retrouve devant la vieille église catholique, ornée de fanions colorés, et la grande place qui lui fait face et qui donne envie de se poser.

Les trésors de San Juan La Laguna sont bien cachés et on risque de ne pas les voir du tout si on presse un peu trop le pas. Il s’agit pourtant de mon coup de cœur parmi les communautés vivant autour du lac Atitlan.