Le Bourlingueur

Le temps d’une fête

CHRONIQUE / Quand le bus a quitté Baños, dans le centre de l’Équateur, j’en avais pour toute une nuit à dodeliner sur les routes menant vers l’ouest. Le sud-ouest en fait. Les arrêts fréquents, le bruit incessant, la lumière aussi, se chargent bien de garder les passagers éveillés.

La côte, c’était le plan B, l’option de rechange après avoir renoncé à nager avec les tortues et les requins marteaux des îles Galapagos. Je me contenterais des fous à pattes bleues de l’île de la Plata, surnommée les Galapagos des pauvres. En échange, quelques jours plus tard, je m’enfoncerais dans l’Amazonie pour m’imprégner de toute la vie grouillante d’un milieu naturel qu’on n’a pas encore fini d’abîmer.

En bus, on pouvait s’arrêter à Guayaquil, la ville la plus populeuse d’Équateur, ou à Santa Elena, quelque part plus à l’ouest et beaucoup plus près de Montañita, ma base pour mon expédition à l’île de la Plata.

Déjà, à Santa Elena, je descendais du bus au bout d’une artère dans un quartier plutôt calme où un badaud, ici et là, marchait doucement, se laissait décoiffer de temps à autre quand une voiture passait et soulevait une tempête de vent éphémère. Sinon, le temps faisait plus de bruit que la vie dans ce quartier de Santa Elena.

C’est le genre d’endroit qui me fait sourire. Rager aussi, à l’occasion, parce que les solutions aux problèmes des touristes ne nous tombent pas toujours dessus aussi rapidement que dans les grandes villes. Mais j’aime effleurer le quotidien local que le tourisme n’a pas trop altéré.

Avec un transport local, donc, une flopée de touristes, très jeunes pour la plupart, et quelques membres de la communauté locale, ont pris une route qui s’éloignait vers le nord. Difficile de savoir où le mastodonte s’arrêterait. Dans la poussière de l’accotement, il marquait des pauses à l’occasion comme le font les autobus du transport en commun. Sauf que le circuit lui faisait parcourir une grande route plutôt que des boulevards ou de rues locales.

Il savait, le chauffeur, que les gringos poseraient leurs bagages à Montañita. Il s’est arrêté et a signalé le fil d’arrivée. Presque tous les passagers sont descendus et ont attendu que le véhicule reparte pour traverser la route vers le village côtier qui commençait là, à quelques mètres du bitume.

J’ai eu les yeux grands comme ça pendant deux minutes, pas plus. La grande banderole « Bienvenue à Montañita », la rue pavée menant directement à la plage, une panoplie de parasols le long des trottoirs et les stands de boissons gazeuses et autres rafraîchissements criaient « hospitalité ».

Mais au final, Montañita, c’est tout ce que je déteste du tourisme : une petite ville qui s’est construite pour plaire aux touristes en laissant de côté la vraie culture équatorienne. Quoique si on se donne la peine de s’éloigner du centre, où s’empilent les discothèques et les restaurants, on retrouve le caractère plus paisible d’une ville côtière.

Remarquez, je ne blâmerai jamais la population locale de s’être adaptée au tourisme pour mieux gagner sa vie. Ce qui me rejoint moins, ce sont les visiteurs qui s’approprient un endroit sans penser à ceux qui y vivront encore une fois qu’ils auront passé leur chemin.

Le jour, à Montañita, on parcourt les quelques rues sans se buter aux foules. Le voyageur dort et se remet de sa plus récente cuite. On peut réserver son aventure à l’île de la Plata, s’offrir une leçon de surf ou se prélasser sur la plage. Sinon, y’a les restaurants. Plus organisée et plus animée que Puerto Lopez, au nord, Montañita a le mérite d’offrir une approche de villégiature, jusqu’à un certain point. Et pour être honnête, il s’agit probablement d’un paradis pour les surfeurs.

En soirée, quand le soleil cesse de faire mal aux yeux des fêtards, les rues recommencent à grouiller d’activités. Une jeune femme ricaneuse transportant une plaque à biscuits interpelle les passants. « Brownie? » Autre cascade de rires.

Étrangement (!), le gâteau, il a le pouvoir de dilater la rate. Non merci. Mais vous ne trouverez pas beaucoup d’options équatoriennes pour le repas, que vous pourriez pratiquement avoir commandé de la maison. Et ensuite, pour vous garder éveillé toute la nuit, les boîtes rivalisent d’ingéniosité : piscine intérieure, thématique de la prison... Je ne me suis pas reconnu dans cet environnement.

En cuisine

Faire son marché végé...bien accompagné

CHRONIQUE / Mardi soir. 17 h. Au supermarché du coin, les gens se pressent, panier à la main, liste dans l’autre. La nutritionniste Cora Loomis m’attend à l’entrée pour me faire découvrir l’original service sur mesure qu’elle a développé pour aider ceux qui désirent manger plus végé.

« Depuis que je m’affiche comme nutritionniste végé, je constate l’intérêt de la clientèle. De plus en plus de gens veulent végétaliser leur assiette, mais ils ne savent pas toujours par où commencer ni comment s’y prendre », explique-t-elle.

Sexologie

Explorez vos cinq sens

CHRONIQUE / Envie d’autres choses ? Aujourd’hui, loin de moi la prétention de réinventer la roue. J’ai bien envie de faire vivre votre sexualité autrement.

Puisque le Bon Dieu vous a muni de plus que d’organes génitaux féminins ou masculins, revenons à l’essentiel en faisant l’amour, tout simplement. Au-delà du combiné pénis/vagin/clitoris, et s’il était possible de vivre ces plaisirs charnels avec les yeux, les oreilles, le nez, la bouche et les mains ? 

Ces fameux cinq sens, une notion allant bien plus loin que les bricolages du préscolaire. Voyons-y. 

La vue

Qu’y a-t-il de plus beau que le corps d’un homme ou encore d’une femme, selon vos préférences ? D’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de cette personne que l’on aime ou pour qui, minimalement, l’attirance physique est indéniable. 

Et que dire de ses œillades lancées à l’autre en guise de renforcement, encouragement, soutien. 

Une communication en soit que ces yeux doux !

À quand remonte votre dernière contemplation ? Je parle de cette fois où vous avez pris le temps d’observer l’autre sous toutes ses coutures ? Remarquer chacun des détails de son biotope ? Observer l’ensemble de ses réactions, réponses, secousses ? Un beau bonheur que cette admiration que peu prend encore en considération.

L’ouïe

Je vous épargnerai ces onomatopées que peuvent inspirer les bruits sensuels, voire sexuels. Un bon aiguillage du niveau d’appréciation que ces respires entendus, essoufflements, halètements, gémissements et sans parler de tous clapotis émis par le corps lui-même. Une chanson douce à l’oreille indiquant certainement le diapason de la relation. À vous de tendre l’oreille !

L’odorat

Connaissez-vous l’odeur corporelle de votre partenaire ? Pas celui post bain moussant, savonnage et crémage. Je parle de SA vraie odeur. Celle dégagée par son corps, ses pores de peau, ses fluides. Ce réel parfum, que je vous invite à redécouvrir, joue sur votre mémoire sexuelle en plus d’être source d’« émoustillement » pour plus d’un. 

À l’instar de l’animal, sans tous suppléments olfactifs causés par une hygiène disproportionnée, peut-être, monsieur, êtes-vous aptes à reconnaître les besoins de madame ! Une histoire de phéromones, dit-on. À condition de ne pas avoir le nez bouché ! 

Le goût

La langue et ses milliers de papilles gustatives sont capables de beaucoup plus que de distinguer les goûts amers, sucrés, salés et acides. En fait, elles reconnaissent les saveurs de votre chéri (e) et ce, sur chacune des zones de son corps. Du petit bec dans le cou, en passant par le french en bonne et due forme, du léchage tel le suçon à liqueur ou encore à l’amour oral des organes génitaux, nombreuses sont les occasions de se délecter du fumet unique de cette personne partageant la couette. 

Le toucher

Trop souvent seule vedette de l’investigation des cinq sens, les mains ont la cote pour parcourir les courbes et la génitalité d’autrui. Plus qu’un outil indispensable à la relation sexuelle proprement dite, pourquoi ne pas les considérer comme complices de plaisirs et de découvertes nouvelles ? Puisque membres actives de caresse, câlinerie, bonté et tendresse, elles sont de connivences certaines avec d’autres parties du corps capables, elles aussi du toucher. 

Beaucoup plus qu’une question de préliminaires, l’application des cinq sens au lit peut être également garant de plaisirs charnels menant aussi loin que l’épanouissement orgasmique. À vous d’en faire de complices dignes de mention !

Séance d'orthographe

Réponse à une consoeur du Quotidien

CHRONIQUE / Pendant le congé de Pâques, je suis tombé sur une chronique de ma consœur Patricia Rainville du Quotidien de Saguenay. Elle commentait une publication circulant sur les réseaux sociaux, du genre « Tu sais que tu viens du Saguenay si tu comprends ces mots et expressions ».

La chroniqueuse en citait quelques-unes (« menôme », « suçon à la liqueur », « aller au théâtre », « sortir à l’hôtel »), qu’elle n’avait jamais entendues et jugeait « dignes du Temps d’une paix ». Elle portait surtout un regard sévère sur ce texte, estimant qu’il faisait paraître Saguenéens et Jeannois comme des personnes « qui ne savent pas parler ».

Un point de vue que j’ai eu évidemment envie de tempérer, et pas seulement parce que je suis natif de cette région. Reconnaître l’existence d’archaïsmes, de régionalismes, d’anglicismes surannés ou de vieilles tournures n’est pas une insulte envers soi-même ni ses concitoyens. C’est un simple constat. Ça ne veut pas dire non plus que ces expressions sont encore très courantes, ni que tous les habitants d’une région donnée les connaissent, ni qu’ils sont les seuls du Québec à les employer. Et lorsqu’on se souvient dans quel contexte vivaient nos parents et grands-parents, on ne trouve plus vraiment de raison d’en prendre ombrage.

Ainsi, quand j’étais enfant (dans les années 1970), j’ai aussi recouru à l’expression « suçon-liqueur », parce que c’était ce que mes parents me disaient. Comment vouliez-vous qu’ils me parlent de « sucettes glacées » (proposé seulement dans les années 1980 par l’Office québécois de la langue française) ou de « glaces à l’eau » (l’expression employée en France)? Personne n’utilisait ces expressions autour d’eux. « Suçon-liqueur », c’était incorrect, mais quand même plus français que la marque déposée Popsicle.

On a d’ailleurs tendance à oublier comment l’anglais était partout auparavant et que l’accès au bon mot n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui. Donc, il arrive encore à mes parents d’« aller au théâtre » (de l’anglais « theater ») quand ils vont au cinéma. J’avais également plein d’amis qui me parlaient des « menômes » (« manhole ») dans la rue. C’est mon père qui m’a appris qu’on devait dire « trou d’homme ».

Mais lors d’une de mes premières entrevues comme journaliste à Sherbrooke, j’ai rencontré une petite fille qui était avait évité le pire dans une chute de vélo grâce à son casque protecteur, lequel avait durement heurté le coin... d’un « sour » (« sewer »). Plus tard, j’ai entendu parler de la côte des Quatorze... qui était en fait la côte du « Cattle Horse ». Comme vous voyez, il n’y avait pas que les Bleuets qui francisaient l’anglais.

Quant au mot « laize », qui figurait aussi dans la publication ayant vexé ma consœur et qui a la même origine que les alèses des lits d’hôpitaux, il n’a jamais quitté les dictionnaires! Il peut désigner plusieurs choses, dont les bandes de toiles composant une voile ou la largeur totale d’un tissu d’une lisière à l’autre. Au Québec, on s’est sert surtout pour parler d’une bande de tissu ou de tapis. Allez faire un tour dans un cercle de Fermières : vous verrez qu’il est encore bien vivant!

Les personnes qui, bien involontairement, perpétuent ces expressions préservent, d’une certaine façon, une partie de notre passé et nous montrent tout le chemin parcouru. Ce serait bien dommage si elles développaient un complexe d’infériorité à cause de ça. D’autant plus que certains de ces mots ont depuis fait leur entrée dans les dictionnaires. Les « achaler », « enfarger », « garrocher » figurent maintenant dans le Larousse et le Robert en tant que québécismes. Quelqu’un a un jour compris qu’avec sa langue qui s’est développée différemment, le Québec avait préservé plusieurs vieux mots aujourd’hui disparus en France. Et qu’on ne peut pas porter de jugement de valeur là-dessus.

On comprendra que l’expérience personnelle peut être mauvaise conseillère dans ce contexte. On peut aussi prendre la situation à l’envers et se dire que, si certaines de ces expressions nous sont étrangères aujourd’hui, c’est parce que notre système d’éducation et nos institutions ont bien fait leur travail pour améliorer le français.

Croyez-moi, ces mots ne sont pas la principale menace qui pèse sur le français d’aujourd’hui. Il y a maintenant des anglicismes beaucoup plus sournois que le « menôme ». De « faux amis » que les journalistes, moi compris, sont souvent les premiers à propager.

LE BOURLINGUEUR

Des mosquées, un chott et des dattes

CHRONIQUE / Du sable et des cactus. Entre la capitale de la Tunisie, Tunis, et la ville de Tozeur, plus au sud, la route traverse des étendues relativement inhabitées. Les immenses cactus gorgés de fruits rouges, des poires-cactus, dressent une première ligne de végétation. Dans les terres s’alignent plutôt des rangs d’oliviers.

Tantôt, des marchands établis en amont ou en aval de petits villages ont dressé des tables et des étalages de fruits frais. Les chapelets de dattes ou de piments pendent aussi en attendant qu’un voyageur s’arrête. Tantôt, un feu crépite dans la poussière du bord de route, un mouton attaché à proximité. Tout est prêt pour des grillades fraîches.

À moins de 200 km de la capitale, la ville de Kairouan peut passer en quelques clignements des yeux si on ne porte pas une attention particulière. Ses mosquées, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent pourtant une pause très intéressante.

Ce n’est pas tous les jours qu’on s’arrête dans une ville fondée au 7e siècle qui, de surcroît, a constitué la première ville sainte du Maghreb.

On y trouve les bassins des Aghlabides, deux immenses réservoirs à ciel ouvert construits au 9e siècle et reliés entre eux.

Surtout, la Grande Mosquée, relativement déserte lors de mon passage, remplit complètement le regard. Avec ses quelque 520 colonnes, sa vaste cour centrale et son cadran solaire, perdu au milieu de toute cette étendue sacrée, il y a de quoi s’attarder. Le cadran solaire sert à connaître l’heure des prières.

Un peu plus loin, sur une place plus achalandée, au cœur du trafic de la grande route, Zawiya de Sidi Sahib s’élève. Il s’agit du mausolée du compagnon de Mahomet, Abou Zama el-Balawi. On raconte qu’il y reposerait avec trois poils de barbe du prophète.

Ce mausolée jouxte une autre mosquée ornée de complexes motifs en céramique. En traversant le hall et une grande cour centrale, on peut s’approcher de la pièce où se trouve la sépulture, mais il est impossible d’y entrer.

On dit de Kairouan qu’il s’agit de la ville des 300 mosquées. Il est donc possible d’y passer plusieurs heures si la religion nous fascine. Sinon, on peut toujours se laisser entraîner dans un magasin de tapis, où on nous expliquera comment ceux-ci sont confectionnés. Mais il faudra savoir négocier ou résister si on tombe sous le charme.

Sexologie

Flirter un peu, beaucoup, passionnément

CHRONIQUE SEXO / Cette espèce de courtisanerie sans but précis, sans sentiment tout à fait défini, sans arrière-pensée, ça vous dit quelque chose ? Ce mode de séduction avec l’étranger, commis de dépanneur, comptable, nouveau collègue, massothérapeute, bref n’importe qui permettant cette décharge d’adrénaline juste bonne au goût, y êtes-vous abonnée ? Le charme, y êtes-vous habituée ? Et la reconnaissance de ces tiers confirmant que vous pourriez encore être sur le marché, y êtes-vous accrochée ?

Qu’on se le dise, si vous avez répondu oui à l’une de ces questions, possiblement qu’adepte du flirt, vous l’êtes ! 

Célibataire ? Pourquoi ne pas s’y adonner ? 

En couple ? En voilà une autre paire de manches pouvant compromettre les valeurs nobles de ce dernier voulant plus souvent qu’autrement unicité l’un envers l’autre. Un jeu dangereux que cette histoire de flirter un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Voyons-y ! 

C’est un début

« Une question de feeling » ai-je envie de répondre à cette question cherchant à savoir quand et comment commence le flirt proprement dit. Au-delà d’un regard aguicheur, d’une révélation flatteuse ou encore d’une complicité amusante, je parlerais de ce petit plus. Oui, de cette chimie faisant en sorte qu’il s’agisse plus que de bonnes intentions, de politesses ou encore de camaraderies. L’autre, de par sa simple présence, vous fait de l’effet autant dans la tête, dans le cœur, que dans la petite culotte… si vous voyez ce que je veux dire.

Attention

« Simple badinage », penserez-vous peut-être d’abord. Ce vers quoi je vous mettrai déjà en garde. Ne serait-ce que contre cette légèreté qui vous habite. Cette sensation d’être vivant, attrayant, séduisant minimalement peut devenir pernicieuse. 

Effectivement, un renforcement positif pour vous qui êtes peut être victime de « routinite » amoureuse comme le prétend Raphaëlle Giordano, l’auteur de ce roman juchant ma table de chevet. Vous voilà officiellement en eaux troubles, je vous l’assure. Regagnez la plage avant le tourment. 

Perte de contrôle

En contrôle, le devenez-vous moins ? À l’image du feu de paille, toujours facile de garder main mise sur ce qui, disons-le, ne semble rien de trop grave initialement. Après tout, cette renaissance retrouvée dans l’attention de cette tierce personne n’est peut-être que le fruit de votre imagination, allons donc savoir. Méfiez-vous de la banalisation ! 

Autre niveau de brasier quand l’échange d’interactions positives devient mutuel. Pas juste vous qui ressentez de l’effet, l’autre aussi ! Vous voilà maintenant artisan des épisodes de flirtage ! Besoin urgent de lait, problème de T4, réunion précipitée, tour de reins réfractaire, telle une nécessité, vous ne savez plus quoi inventer pour recevoir cette attention qui vous fait du bien… tellement de bien. 

Tel un avertisseur de fumée, le temps où je crie : « DANGER-DANGER-DANGER », est plus qu’arrivé. Oui, il est encore temps de prendre vos cliques, vos claques, vos jambes à votre coup et de déguerpir avant qu’il ne soit trop tard et que le jeu devienne sérieux. 

Vous y êtes encore ? 

Trop tard comme quand vous voulez davantage et surtout ressentez davantage. Comme une drogue, un produit addictif, un « high » inassouvi, le troisième niveau devient ensuite inévitable. Ce qui était initialement qu’un simple flirtage se dirige indéniablement vers un rapprochement, voire un adultère. Pire encore, vers cet élan d’émotions pour quelqu’un d’autre que votre partenaire. En êtes-vous là ? 

Le flirt, un jeu brûlant, mais avant tout, certainement pas si anodin. À vous de faire de votre quotidien, de votre couple, de votre vie à deux, votre terrain récréatif. Les règles changent parfois si vite…

À LA VÔTRE

Pascal Marchand: un Québécois en Bourgogne

CHRONIQUE / Jeune, il se croyait destiné à l’écriture. Ce qui devait être une simple vendange en Bourgogne est rapidement devenue le projet de toute une vie. Pascal Marchand, vigneron mondialement reconnu, est l’un des précurseurs de la biodynamie en Bourgogne.

Le documentaire Grand Cru, réalisé par David Eng, relate le parcours professionnel de Pascal Marchand, un Québécois amoureux des mots qui s’est finalement entiché de la vigne en France. C’est à l’aube de sa vingtaine, alors âgé de 21 ans, que l’aspirant poète de Montréal part en Bourgogne faire les vendanges en 1983. Un peu plus d’un an plus tard, le comte Armand perçoit son potentiel et le met aux commandes du Clos des Épeneaux à Pommard. Sa carrière est lancée!

Lorsqu’il met les pieds en Bourgogne pour la première fois, il remarque que les vignes sont intoxiquées, aspergées de produits chimiques, tandis que les sols apparaissent compactés et appauvris. Alors que les vignerons bourguignons perpétuent les traditions familiales, Pascal arrive avec un regard nouveau et n’hésite pas à douter de l’ordre établi. Avec trois de ses compatriotes de classe de l’Institut de viticulture et d’œnologie de Beaune, il adhère à une philosophie qui s’inscrit dans une vision plus globale de la nature : la biodynamie.

« Je n’étais pas du tout à l’aise de manipuler les produits chimiques pour traiter la vigne. Je cherchais une autre relation avec la nature », affirme Pascal Marchand. Les résultats sont sans équivoque : plants plus vigoureux, vignes plus résistantes aux maladies et plus de biodiversité dans les vignobles. Il réintroduit au passage le labour avec cheval, une technique qui évite le compactage des sols par les tracteurs. Il est également l’un des premiers à se réintéresser à la plantation en foule, une tradition pratiquée par les moines cisterciens aux origines de la viticulture en Bourgogne. Jamais la biodynamie n’a été illustrée plus simplement que dans ce documentaire. « La biodynamie, c’est comprendre les forces de la nature et travailler avec les rythmes de la nature », explique le vigneron.

Il est aujourd’hui négociant et propriétaire de quelques parcelles avec sa société Marchand-Tawse. Pascal appose son nom sur les étiquettes de dizaines d’appellations dont les réputées vosne-romanée, chassagne-montrachet et corton-charlemagne. S’il devait en choisir qu’une seule, ce serait Musigny, sa plus récente acquisition. Un tout petit morceau de terre, de 1/10e d’acre, acheté à une somme équivalant à la valeur de 65 acres au Canada!

Il va sans dire que le millésime du tournage aura fortement teinté le scénario du documentaire. Qualifier 2016 de difficile en Bourgogne serait un euphémisme. La violence qui s’est abattue sur la région est historique — faisant de ce millésime le pire que la Bourgogne ait connu. Le gel, la grêle et la maladie ont si fortement endommagé les vignes que les pertes au printemps atteignaient déjà les 60 à 70 %. Le stress est à son paroxysme pour les vignerons, tellement que plusieurs petits producteurs ont vu fondre leur mince marge de manœuvre — pour certains, 2016 aura été leur dernière vendange. David Eng a ainsi pu capter la triste réalité des changements climatiques, si bien qu’on se sent sur la corde raide tout au long du documentaire.

Personne n’y a échappé. Les plus gros ont aussi eu leur lot de *%!?#*. Même avec la plus grande volonté du monde, quand la vie semble s’acharner sur son cas, la tentation est grande de prendre un petit raccourci. Mais Pascal n’y déroge pas. Sa résilience est à toute épreuve, aucun produit chimique ne touchera ses vignes, même si c’est bien plus difficile à gérer qu’il y a 20 ans.

Grand cru est une immersion en quatre saisons dans les aléas de la vie d’un vigneron philosophe et encore poète à ses heures. Un documentaire terre à terre, non moralisateur, qui dépeint avec brio la grandeur de l’homme et sa quête d’une culture artisanale et biodynamique. Un film que tout amateur de vin devrait voir.

EN CUISINE

Dolce cucina

CHRONIQUE / On entre chez Lucie Lahaie et tout de suite, on se sent comme chez soi. Il y a cet accueil chaleureux combiné au charme de l’endroit. Et il y a ce parfum de bonne cuisine qui vient nous chatouiller les narines sitôt la porte poussée.

Ce jour-là, c’est un jeudi presque comme un autre. Dans trois heures, quelques convives s’installeront autour du grand îlot où la Sherbrookoise donne des cours de cuisine italienne depuis maintenant dix ans. De l’entrée au dessert, tout sera cuisiné devant eux, tout le monde mangera ensemble.

C’est un jeudi presque comme un autre dans la cuisine des proprios de l’épicerie fine Le Coin d’Italie, donc. Sauf que ce jour-là, Lucie cuisine avec Nicola Dolfi.

Chef au Da Lino ristorante, à Florence, il en est à son deuxième séjour sherbrookois. Pendant deux semaines, au cœur de notre blanc et frisquet février, il a fait découvrir les parfums ensoleillés de sa savoureuse cuisine lors de divers ateliers où il a généreusement partagé recettes et savoir-faire avec ceux qui ont mis un de ses cours de cuisine à leur agenda.

J’arrive alors que les deux amis sont en train de faire la mise en place pour le cours du soir.

Les courgettes coupées en tout petits dés cuisent à feu doux pendant que la conversation s’amorce. Ici, la cuisine est un partage.

« La particularité des cours que j’offre ici, c’est la convivialité, je pense. À la fin de chacun, immanquablement, des amitiés se sont nouées », résume Lucie.

Elle a connu Nicola lors des voyages gourmands qu’elle organise en Toscane depuis maintenant dix ans, en collaboration avec l’agence Voyage Horizon.

« J’avais fait un stage au restaurant où il travaille. Par la suite, j’y suis retournée souvent avec les groupes que j’accompagne. »

Autour de l’îlot, je m’attends à causer des bases de la cuisine italienne. Et je n’y suis pas. Enfin, pas tout à fait.

« C’est qu’il n’y a pas UNE cuisine italienne. Il y en a plusieurs », m’explique Nicola.

On s’entend généralement pour dire que la cuisine italienne se distingue par sa savoureuse simplicité : une poignée d’ingrédients de grande qualité bien amalgamés, un tour de main, et l’affaire est pasta! L’essentiel est là. Mais reste que chaque région a ses particularités, ses préférences, ses incontournables.

« La pasta, la pizza napolitaine et le tiramisu, ça, on en retrouve dans tout le pays, précise Nicola. Mais sinon, ça varie beaucoup. Si vous allez en Sicile ou si vous allez en Toscane, vous ne mangerez pas du tout la même chose. »

Soit. Puisque Nicola est Florentin, parlons de Toscane, alors. Et des parfums qui personnalisent ses plats.

« Le chou noir est très caractéristique de la région. On cuisine beaucoup la viande de bœuf et de porc et on utilise les haricots cannellini. Le pain, c’est l’un des aliments de base qui change d’une région italienne à une autre. Dans mon coin, il n’est pas salé alors que dans les Pouilles, c’est tout le contraire, il l’est beaucoup », raconte le chef cuisinier.

La ribollita, consistante soupe dans laquelle baignent pain et légumes, est l’un des mets emblématiques de Florence, ajoute encore Nicola, qui a une anecdote pour chaque plat. Ou presque.

« La cuisine italienne, c’est quasiment comme une philosophie. Beaucoup de recettes ont été créées il y a des centaines d’années. Forcément, chacune s’inscrit dans la tradition et porte une histoire. »

La sauce feinte, par exemple. Une savoureuse variation végétarienne développée au cœur des années où la pauvreté imposait ses limites jusque dans les chaudrons. La sauce ne contient aucune viande, mais les Florentins ont eu l’idée de couper les légumes en tous petits cubes, de telle façon que la texture du plat rappelle une version carnée.

« Florence est une ville artistique, ce côté-là se décline en cuisine et se ressent aussi dans les assiettes », résume celui qui, à 14 ans déjà, savait qu’il ferait son chemin professionnel dans les cuisines.

« Le cuisinier, c’est un artiste qui joue la partition d’un autre en y mettant sa touche. C’est-à-dire que chacun interprète sa propre version d’une recette en y ajoutant sa couleur. Demandez à trois chefs différents de vous cuisiner une sauce tomate, aucun n’emploiera les mêmes ingrédients. »

Nicola, lui, n’a jamais regretté la carrière qu’il a choisie alors qu’il était jeune adolescent.  

« Ce n’est pas un métier facile, mais j’aime toujours autant ce que je fais. J’ai gardé le même enthousiasme qu’à mes débuts. »

C’est cet enthousiasme contagieux qu’il amène avec lui lorsqu’il met le cap sur le Québec. Un endroit qu’il affectionne pour ses grands espaces où il fait bon faire de la motoneige pour la première fois. Un endroit qu’il adore surtout pour ses gens « chaleureux et authentiques ». L’idée de faire voyager le savoir-faire culinaire de son pays plaît aussi beaucoup au chef.

« J’aimerais revenir chaque année. Pour le partage, mais aussi parce que j’ai l’impression de me rapprocher du vrai, de travailler à échelle humaine. Le rythme de vie est différent, ça fait du bien. En Italie, on file à 200 miles à l’heure. Comme sur une autoroute. Une course folle. Ici, j’ai l’impression qu’on avance en prenant le temps de regarder le paysage. J’aime ça. »

Autant dire que la dolce vita, c’est peut-être, aussi, un peu au Québec.

Ça vous intéresse? Vous pouvez visiter perilgusto.com/.

À LA VÔTRE

Pâques, printemps & cabane

CHRONIQUE / Vive le printemps, ce vent de fraîcheur qui balaie les mets costauds et les mijotés de nos assiettes, cédant du coup la place à des plats plus légers — exception faite peut-être pour le copieux repas de cabane. Évidemment, la nature des mets et la météo plus clémente appelleront des vins plus légers, plus frais et plus désaltérants. À l’occasion du congé pascal, une chose est sûre, toute la tablée sera joyeusement réunie pour célébrer. Voici donc quelques bonnes bouteilles pour hydrater vos coupes en cette longue fin de semaine!

POUR LA CABANE
Touraine 2016, Domaine de Lévêque, Domaine de la Renne
(Code SAQ : 12 207 009 — 16,70 $)
Domaine de Lévêque du Domaine de la Renne… bon, ça fait un peu poupées russes, mais il faut savoir que le vigneron est un dénommé Guy Lévêque. Si vous avez un budget modeste, l’appellation Touraine est un bon endroit où chercher pour de bons vins remplis de fraîcheur. Les sauvignon blanc de cette région de la Loire se font abordables et agréables, comme en témoigne cette sympathique cuvée. Le duo sauvignon blanc (95 %) et sauvignon gris (5 %) s’affirme intensément avec des notes de pêches très mûres. Une fraîcheur, une tendresse et une presque gourmandise s’élèvent de ce blanc qui viendra couper dans le gras de votre assiette du temps des sucres.

Le Bourlingueur

Une nouvelle génération de ryokans

CHRONIQUE / Manger est une expérience en soi, au Japon. Suivre les Japonais dans les établissements de pachinko ou de toute autre forme de jeu de hasard l’est aussi. C’est sans compter le dodo, pour lequel on rivalise aussi d’ingéniosité pour vous faire vivre une expérience unique.

À Himeji, à l’ouest d’Osaka, j’avais passé une nuit dans un vrai ryokan, une petite maison traditionnelle. Le propriétaire, en kimono, avait ouvert la porte et m’avait invité à retirer mes chaussures avant de monter sur le tatami de la pièce centrale. Le dortoir était situé de l’autre côté d’une porte coulissante qu’on aurait crue construite de papier blanc.

Dans le dortoir lui-même, nous dormions à même le tatami, chaque espace étant délimité par de petits paravents.

À Tokyo, dans le quartier des affaires, dans Marunouchi, l’hôtel Hoshinoya propose de recréer l’ambiance des ryokans avec une bonne touche de modernité.

L’édifice a ouvert ses portes en 2016. À chacun des paliers, six chambres sont aménagées pour offrir beaucoup d’intimité. On ne peut d’ailleurs pas entrer sur un étage qui n’est pas le nôtre en raison d’un contrôle effectué grâce à une carte magnétique. À l’entrée, on retire les chaussures, qui seront entreposées dans des casiers en bois numérotés.

« Ce sont comme plusieurs petits ryokans empilés les uns sur les autres. Il est parfois difficile d’expliquer le concept », résume Naho Natori, directrice à l’accueil.

Chaque étage compte sa cuisine, qui agit aussi à titre de salon. Plusieurs collations y sont offertes gratuitement. Sur une tablette, un boîtier en bois renferme des carrés de papier. Posé à côté, un livre enseignant les bases de l’origami. Les invités sont libres d’y tester les limites de leur talent.

Dans les chambres, les vitres de l’énorme salle de bain se teintent à la simple pression d’un bouton. Le couvercle de la toilette s’ouvre tout seul dès qu’on ouvre la porte. Le siège est chauffant et la chasse est déclenchée automatiquement.

La télévision est insérée derrière un miroir, la penderie contient un pyjama et un kimono, et des paravents forment un écran devant les fenêtres qui couvrent tout le mur extérieur. Près du lit, une série de boutons permettent de contrôler l’intensité de la lumière ou de dérouler de longues toiles opaques aux fenêtres.

Au dernier étage, un bain public est ouvert de 15 h à 11 h. Dès l’arrivée, on remet aux clients une carte expliquant comment profiter de l’onsen en respectant la tradition japonaise : on se baigne sans maillot et on transporte une petite serviette pliée qu’on place sur sa tête, dans l’eau, pour ne pas la mouiller. Une partie de ces piscines chauffées est située à l’extérieur, sur le toit.

Pour le directeur général, Hirokazu Sawada, l’objectif est clair : détourner une partie de la clientèle internationale des grands hôtels de marque pour leur permettre d’expérimenter la culture japonaise.

« Nous ne cherchons pas à ajouter des éléments occidentaux à notre décor, mais à ajouter du confort. Nous nous sommes demandé à quoi ressembleraient les ryokans qui auraient évolué jusqu’à ce jour », dit-il.

Si le succès se confirme à Tokyo, le concept pourrait être exporté dans d’autres grandes villes, à l’extérieur du Japon. Mais M. Sawada se garde bien de dire lesquelles.

Vous voulez y aller? Il faudra accumuler plus que du petit change. On peut parler de plus de 800 $ la nuit.