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Série - Médecins résidents 3/3

Quand il ne suffit pas de vouloir…

Médecins résidents. Qui sont-ils ? Que sait-on au sujet de leur formation, de leur profession et de leur travail ? Et comment voient-ils leur avenir ? En collaboration avec la Fédération des médecins résidents du Québec, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions sur ses différentes plateformes.

Il ne suffit pas de vouloir, il faut également pouvoir. Si de longues études sont nécessaires pour accéder à la profession médicale, le parcours ne conduit pas aussi facilement qu’on pourrait le croire à l’obtention d’un poste. Quand l’avenir dépend pour une large part de facteurs qui nous échappent…   

« On pense souvent que le plus difficile est d’entrer en médecine et que, par la suite, il va de soi qu’un emploi nous attend. Dans la réalité, les choses sont bien différentes. Il est vrai que nous avons traversé une période marquée par une pénurie de médecins ces dernières années, mais aujourd’hui, on parle plutôt d’une saturation dans plusieurs spécialités, ce qui oblige les candidats à amorcer leurs démarches très tôt pour trouver un poste », expose d’emblée Dre Marie-Pier Arsenault, présidente du Comité de planification des effectifs médicaux à la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ). Cette situation génère beaucoup de stress et d’incertitude chez les finissants.

L’un des mandats que s’est donné le Comité consiste précisément à transmettre des renseignements utiles aux médecins résidents pour les accompagner dans leur cheminement en vue d’identifier un poste parmi ceux figurant au Plan d’effectifs médicaux du ministère de la Santé et des Services sociaux, lequel prévoit les postes qui seront disponibles au cours des trois prochaines années.

Série - Médecins résidents 3/3

Quelles perspectives?

À l’heure où la cote des médecins sur la place publique est au plus bas, il est bon de se rappeler que ceux-ci ne choisissent pas leur lieu et leur profil de pratique comme ils le veulent, malgré un long parcours professionnel qui exige de 7 à 14 années de formation universitaire. Dans ce contexte, quelles perspectives s’offrent aux médecins résidents ?

« Avec la décision du gouvernement d’inverser le ratio des entrées en résidence au profit de la médecine familiale, plus de gens entrent maintenant dans cette spécialité. Ultimement, le réseau de la santé devrait en bénéficier, car les soins de première ligne constituent un besoin majeur depuis plusieurs années. Si toute la population a rapidement accès à un médecin de famille dans
l’avenir, on peut penser qu’il y aura désengorgement des urgences et que des effets positifs se feront globalement sentir dans le réseau de santé », commente d’entrée de jeu Dr Christopher Lemieux, président de la FMRQ. 

Toutefois, Dr Lemieux rappelle que la priorité accordée à la prise en charge des patients peut constituer un frein à une pratique diversifiée pour les médecins de famille, un critère important pour les médecins résidents qui font le choix de la médecine familiale. « Le prix de cette volonté du gouvernement d’accorder la priorité à la prise en charge a malheureusement été payé par les cohortes de finissants des deux dernières années. En raison de cette mesure, on a par exemple vu des urgences en découverture cet été parce que les jeunes médecins ont été empêchés de se diriger vers ce type de pratique », renchérit-il. 

Le président de la FMRQ voit également en la Loi 130 un autre nuage qui assombrit l’avenir des médecins résidents. Les privilèges dont jouissent les médecins qui obtiennent un poste au terme de leur résidence seront désormais liés à des obligations organisationnelles qui pourraient être à géométrie variable et même représenter des cas injustes, voire discriminatoires, envers les jeunes médecins desquels on pourrait exiger une performance que l’on n’exige pas des médecins déjà en place. Dans les faits, la Loi 130 donne aux directions des centres hospitaliers le pouvoir de retirer certains privilèges aux nouveaux facturants si leur pratique ne répond pas aux besoins identifiés, ce qui rajoute à l’insécurité des nouveaux médecins.

Série - Médecins résidents 2/3

24 heures dans la vie d’un médecin résident

Médecins résidents. Qui sont-ils ? Que sait-on au sujet de leur formation, de leur profession et de leur travail ? Et comment voient-ils leur avenir ? En collaboration avec la Fédération des médecins résidents du Québec, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions sur ses différentes plateformes.

Un horaire très chargé

Les établissements de santé sont des endroits où les médecins résidents s’activent du matin au soir et du soir au matin. Dre Isabelle Vachon, résidente en obstétrique-gynécologie, décrit 24 heures dans son quotidien. Un emploi du temps qui laisse peu de place à la vie personnelle… et à l’improvisation.

5 h 15 – 5 h 30 :

Isabelle se lève, se prépare et se déplace vers son lieu de travail.

6 h 30 – 7 h :

Arrivée à l’hôpital. Dre Vachon participe à la tournée des patientes hospitalisées et prépare les cas de la journée (rencontre des patientes à opérer, obtention de leur consentement pour l’intervention prévue et présentation des membres de l’équipe). Une à deux fois par semaine, ces tâches sont suivies d’une réunion scientifique.

8 h : 

Si Dre Vachon est attitrée à la salle d’opération, les chirurgies commencent. Selon la durée des cas, celles-ci peuvent s’étaler sur toute la journée, sans pause ni heure de dîner. Entre deux opérations, si elle a un peu de temps, Isabelle en profite pour recueillir un résultat d’examen ou pour prendre une bouchée. 

Si elle est en clinique, Dre Vachon reçoit des patientes jusqu’à environ 17 h. Dans la mesure où tout se passe bien, il lui est possible de s’arrêter quelques minutes pour dîner.

Fin d’après-midi, après la clinique ou la salle d’opération, nouvelle tournée des patientes opérées et rencontre des personnes admises au cours de la journée. Cette étape peut durer de 30 minutes à deux heures.

17 h 30 – 18 h :

Départ de l’hôpital.

18 h à 20 h :

Le temps est compté. Isabelle doit se montrer efficace pour faire l’épicerie, préparer et prendre le repas du soir, en plus de réaliser toutes les autres tâches domestiques.

20 h :

Dre Vachon étudie jusqu’à 22 h – 22 h 30, ou encore se consacre à la préparation de présentations scientifiques, de projets de recherche ou d’examens. Elle doit aussi prévoir du temps pour lire et répondre aux courriels qui lui sont acheminés dans le cadre de son travail.

22 h 30 :

Idéalement, Isabelle prend la direction de la chambre à coucher, mais souvent, elle n’en a pas la possibilité avant 23 h – 23 h 15.

Série - Médecins résidents 2/3

Gardes, loisirs et engagements

Outre leur semaine « normale » de travail, les médecins résidents doivent se soumettre à des périodes de garde, notamment la fin de semaine et la nuit.

Ces périodes, variables, leur imposent de fréquents changements d’horaire. « De plus, une à deux fois par année, pendant quatre semaines, je travaille de 18 h à 7 h quatre nuits par semaine.
C’est un moment où je ne vois pas beaucoup mes proches… ni la lumière du jour ! », confie Dre Isabelle Vachon.

Pour plusieurs résidents, la pratique régulière d’un sport est essentielle au maintien d’une qualité de vie acceptable. « On a souvent le choix entre faire de l’activité physique ou dormir…, commente Dre Vachon. On essaie de faire du sport quand on a un peu plus de temps, ou on coupe dans la période d’étude. De mon côté, je combine parfois une séance de vélo stationnaire et le traitement de mes courriels. J’ai développé certains trucs ! » La résidente insiste : elle n’est pas que médecin et souhaite continuer à s’adonner aux activités qu’elle affectionne. « Je suis musicienne, j’ai des répétitions d’orchestre à chaque semaine, ensemble avec lequel je donne des concerts quelques fois dans l’année. Depuis quatre ans, je suis engagée dans mon syndicat et j’occupe, depuis deux ans, un poste d’administrateur à la Fédération des médecins résidents du Québec, dont cette année à titre de trésorière. Ce sont des choses importantes pour moi. »

Série - Médecins résidents 1/3

Le médecin résident, un acteur méconnu

Médecins résidents. Qui sont-ils ? Que sait-on au sujet de leur formation, de leur profession et de leur travail ? Comment voient-ils leur avenir ? En collaboration avec la Fédération des médecins résidents du Québec, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions sur ses différentes plateformes.

Membre à part entière du réseau de la santé, il approche le patient et, rapidement, se présente à lui en se disant médecin résident. Ce premier contact a quelque chose d’intrigant. Voilà qu’il questionne, note, examine, pose un diagnostic, prescrit… Mais qui est vraiment le médecin résident ?  

« Beaucoup de patients ne savent pas qui nous sommes, confirme le président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), le Dr Christopher Lemieux.

Certains croient que nous sommes des étudiants et qu’ils vont servir de cobaye. Chez d’autres, on perçoit des points d’interrogation dans les yeux ; ils se demandent s’ils seront bien traités, s’ils auront les meilleurs soins. Puis il y a ceux qui nous connaissent déjà… »

S’il rapporte que la plupart des personnes accueillent favorablement leur présence, le Dr Lemieux insiste sur l’importance du rôle que jouent les médecins résidents dans le réseau de la santé. « Bien que nous soyons sous la supervision d’un médecin en exercice, nous sommes directement impliqués dans la dispensation des soins aux patients. Notre contribution est non négligeable. Par ailleurs, le fait d’être deux à se pencher sur le problème d’un patient s’avère utile et profitable pour tout le monde. »

Actuellement, la Fédération compte 3600 membres qui se destinent soit à une pratique en médecine familiale – le quart d’entre eux environ –, soit à l’une des 59 autres spécialités reconnues au Québec. 

Une étape cruciale

« Quand un étudiant en médecine arrive à la dernière année du programme de doctorat, il doit choisir sa résidence. Cette étape correspond à une période qui va permettre au médecin d’acquérir toutes les subtilités de son domaine de spécialité. 

Après la réussite du doctorat en médecine, les médecins résidents travaillent en moyenne 72 heures par semaine, le jour, le soir, la nuit et les fins de semaine. En plus d’offrir des services à la population, les médecins résidents effectuent également de la recherche et de l’enseignement », précise le président de la FMRQ.     

La durée de la formation postdocto rale en médecine de famille est de deux ans, avec possibilité de réaliser des stages complémentaires. La formation dans les autres spécialités chirurgicales et médicales varie quant à elle entre cinq et huit ans. 

« Une fois la résidence terminée, dans la mesure où un poste est disponible, le médecin peut décider de pratiquer dans un milieu non universitaire. Ceux qui restent en milieu universitaire vont s’engager dans des fellowships, des surspécialisations orientées vers des domaines de pointe, un passage qui peut s’étaler sur quelques années. Ils reviendront par la suite pour pratiquer en milieu universitaire », détaille le Dr Lemieux.

Série - Médecins résidents 1/3

Un chemin « exigeant »

« À la base, entrer en médecine, c’est difficile ! Le programme est fortement contingenté. Par la suite, intégrer les différents programmes de spécialité est un processus qui est tout aussi difficile ! Il s’agit d’une période exigeante qui génère un stress intense chez les médecins résidents, car personne n’est assuré de pouvoir accéder au domaine souhaité. Ceci sans compter les imprévus attribuables à tous les autres facteurs », résume d’emblée le président de la FMRQ.

Après avoir fait le choix de sa spécialité, au cours de sa dernière année de formation au doctorat, le futur résident doit poser sa candidature dans un programme. Il a la possibilité de présenter sa demande auprès de l’une ou l’autre des quatre universités québécoises, ou encore dans une université ailleurs au Canada.
Il achemine alors son dossier accompagné de son CV et se soumet à des entrevues en vue d’être sélectionné. 

Des spécialités contingentées

« Les disciplines chirurgicales sont très contingentées depuis quelques années, car on souhaite  que les médecins formés au Québec y restent le plus possible, explique le Dr Christopher Lemieux. Le problème en chirurgie, c’est qu’il n’y a presque plus de postes. Dans les faits, il y a davantage de finissants que de postes disponibles, et le nombre de postes alloués est déterminé par le gouvernement. »

Le président de la Fédération note par ailleurs une hausse récente et significative du nombre de postes non comblés pour la résidence en médecine de famille, phénomène qu’il associe à une certaine crainte éprouvée par les résidents. La priorité du gouvernement étant devenue la prise en charge des patients, la perspective de ne plus avoir accès à une pratique variée a pour effet de rendre le programme moins attrayant aux yeux de certains candidats.  

Beaucoup d’incertitude

« Tous les postes sont régis par un plan d’effectifs médicaux, rappelle en terminant le Dr Lemieux. Cette année, on a eu droit à une planification sur trois ans – on aurait préféré cinq –, mais c’est quand même mieux qu’un plan sur une seule année, comme ce fut le cas depuis trois ans. Cette situation crée beaucoup d’incertitude. Les gens entrent dans un programme, mais n’ont aucune assurance d’obtenir un poste dans leur spécialité au bout de la ligne. »