L’automne dernier, la Fédération autonome de l’enseignement a fait une tournée dans les 17 régions du Québec pour faire connaître ses demandes.

Les négociations du secteur public

La FAE dénonce la vision utilitariste du gouvernement Défendre l’école publique

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dénonce la vision utilitariste et marchande qu’entretient le gouvernement Legault à l’égard des enseignants et de l’école publique. Selon le président et porte-parole de la FAE, Sylvain Mallette, cette vision se reflète malheureusement dans la loi 40 sur la gouvernance scolaire et aussi dans les offres patronales en vue du renouvellement des contrats de travail des enseignants.

«Il y a quelques mots dans les offres patronales qui résument assez bien la vision de ce gouvernement-là et pas seulement des profs, mais de l’école publique. Le gouvernement a écrit noir sur blanc dans ses offres les mots suivants “une utilisation optimale du personnel enseignant”. C’est très violent !», s’indigne Sylvain Mallette. Il note que ce vocabulaire est utilisé au moment où les commissions scolaires parlent de bienveillance, un mot qu’elles utilisent d’ailleurs à toutes les sauces. «Optimal, c’est quoi? C’est poussé à son maximum. C’est tordre jusqu’à ce qui n’y ait plus rien qui en sorte», ajoute-t-il.

Rupture philosophique

Le président du syndicat s’inquiète: «Le ministre, et encore moins les “pédagocrates” du ministère de l’Éducation et des commissions scolaires, n’est plus le gardien du rapport Parent, de l’école née du rapport Parent.» Il déplore qu’une logique d’entreprise privée soit appliquée à l’école publique et que les élèves soient perçus comme des clients. On assiste selon lui à une rupture philosophique.

Est-ce que l’école publique doit former des travailleurs en devenir? «Non! L’école publique doit d’abord servir à former des citoyens, à émanciper l’être humain.» Il regrette que, dès le primaire, maintenant, on organise des salons de l’emploi. «Ce n’est pas rien! Dès le primaire!» 

Cette vision marchande de l’école conduit selon lui à des dérives idéologiques. Il donne l’exemple du discours sur le numérique, qui va sauver l’humanité… L’outil est-il plus important que la matière enseignée? La priorité pour les enfants du primaire, soutient-il, n’est pas d’apprendre à coder: «C’est d’abord lire. C’est d’abord écrire. C’est d’abord compter.»


« L’école publique doit d’abord servir à former des citoyens, à émanciper l’être humain. »
Sylvain Mallette, président et porte-parole de la FAE

Le porte-parole syndical est catégorique quant au rôle de l’école publique dans une société. Elle garantit l’accès à un bagage culturel commun. Elle est essentielle pour définir une culture. Il déplore que les établissements publics soient en compétition avec les établissements privés. «C’est quand même aberrant! L’école publique pour concurrencer l’école privée, qui elle est subventionnée à plus de 70%, et qui choisit ses élèves!» Malheureusement, la réponse de l’école publique est de mettre en place des projets pédagogiques particuliers, qui sont eux aussi sélectifs, explique-t-il.

La loi 40 et les dépôts patronaux dans le cadre des négociations des conventions collectives inquiètent la FAE. Son porte-parole pose aujourd’hui la question: «Est-ce que l’actuel ministre de l’Éducation sera le fossoyeur de l’école publique?»

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