Le Québec de demain

Les services préhospitaliers d’urgence de demain

«  1 appel = 1 ambulance + 2 ambulanciers paramédicaux  », la formule actuelle de réponse aux appels d’urgence doit laisser place à un système qui intègre mieux les besoins réels des patients. La Corporation des services d’ambulance du Québec (CSAQ) s’engage dans cette voie afin de répondre au défi du vieillissement de la population et de l’engorgement des urgences dans les hôpitaux québécois.

«La situation actuelle est basée sur le transport et l’administration de soins d’urgence et, malheureusement, on travaille en vase clos. Le défi est de changer de modèle pour mieux s’adapter aux réels besoins des patients», commente le Dr Sébastien Toussaint. Le président du CSAQ milite pour une refonte de la prise en charge des services préhospitaliers d’urgence.

Aujourd’hui, chaque fois qu’il y a un appel pour un transport, on mobilise un véhicule et deux ambulanciers paramédicaux. Leur mission est de ramener le plus rapidement possible le patient à l’urgence selon un protocole de soins d’urgence. Tout est encadré, il n’y a pas de marge de décision, ce qui entraîne un engorgement des services d’urgence dont font régulièrement état les manchettes de journaux.

Un nouveau modèle pour demain

«Il faut sortir du système dans lequel un appel égale un transport. Le modèle d’avenir doit être basé sur un nouveau rôle de coordination et d’orientation des ambul-anciers paramédicaux», explique le Dr Sébastien Toussaint. Le transport doit devenir un moyen et non plus une finalité. Il est nécessaire de mieux intégrer
les services préhospitaliers d’urgence avec les autres partenaires.

Dans le Québec de demain, il ne faudra plus nécessairement mobiliser une ambulance et deux ambulanciers paramédicaux à chaque appel. Il faudra plus de synergie avec les autres partenaires, mieux tenir compte des plans de traitement des patients, utiliser les dossiers électroniques, etc. pour finalement mieux prendre en compte les besoins des patients qu’il n’est pas toujours obligatoire de transporter à l’urgence, mais plutôt dans une superclinique ou de faire déplacer l’équipe de soins à domicile.

«Il devra aussi y avoir une approche communautaire avec un rôle de prévention des ambulanciers paramédicaux, tout particulièrement pour la clientèle la plus vulnérable», précise le président du CSAQ. Ce meilleur encadrement et cette intégration des différents intervenants transformeront le rôle des ambulanciers paramédicaux qui devront être formés en conséquence.

Ça existe déjà !

Ce système existe déjà ailleurs dans le monde. En Angleterre, par exemple, on estime que pour un appel sur cinq, le besoin peut être comblé en dehors de l’hôpital. Cela entraîne une diminution de 20% des transports vers les urgences. De plus, dans 50% des appels, la décision d’envoyer une ambulance sur place peut être différée et jugée par un ambulancier paramédical envoyé avec un autre type de véhicule.

«Le Québec n’est pas différent de l’Angleterre. Aujourd’hui, seules 20 à 30% des interventions sont réellement urgentes. L’envoi systématique et automatique d’une ambulance est donc à revoir», ajoute le Dr Toussaint. Au Canada, la Colombie-Britannique, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick transforment actuellement leurs pratiques pour aller dans ce sens.

Des conditions gagnantes

Pour que ces nouveaux services préhospitaliers d’urgence soient vraiment efficaces et contribuent à relever les défis de demain, il faut deux conditions gagnantes. Tout d’abord, la professionnalisation des paramédicaux avec une approche communautaire et mieux intégrée aux autres professionnels de la santé est essentielle. Il faut faire évoluer la formation des ambulanciers paramédicaux vers la prise de décision clinique pour qu’ils puissent exécuter une démarche clinique leur permettant de prendre les meilleures décisions pour l’orientation et la coordination des soins aux patients.

Ensuite, il faut une volonté politique d’aller dans ce sens, d’aller vers une meilleure réponse aux besoins du patient. «La Corporation est prête à jouer son rôle et à s’engager dans cette voie pour relever le défi du vieillissement de la population. Sans changement, on va rapidement être débordé et les manchettes sur l’engorgement des urgences auront toujours un bel avenir», insiste le président du CSAQ.

Le bon service au bon patient au bon moment doit être la nouvelle logique pour les services préhospitaliers d’urgence.