LA FONDATION VITAE

Centre de recherche sur le vieillissement : l’importance de la recherche pour bien vieillir

Mieux comprendre les mécanismes du vieillissement, évaluer l’impact de l’alimentation ou de l’exercice sur certaines pathologies, analyser des outils ou des façons de faire pour améliorer les soins et la qualité de vie des aînés… Ce ne sont là que quelques exemples de ce que la recherche peut faire pour nous aider à bien vieillir.

L’un des plus importants dans son domaine au Canada, le Centre de recherche sur le vieillissement (CdRV), situé à Sherbrooke, étudie notamment les impacts de nos habitudes de vie sur le vieillissement (alimentation, exercice, emploi, environnement, etc.) « Une fois que la recherche a montré que certains facteurs sont déterminants dans le maintien ou non d’une bonne santé, les décideurs peuvent alors réagir et mettre en place des solutions : campagne d’information, nouveaux services, infrastructures comme des trottoirs pour favoriser la marche chez les aînés, politiques favorisant une meilleure équité sociale (la pauvreté ayant des impacts négatifs sur la santé), etc. », explique la directrice scientifique du CdRV, Nicole Dubuc. La recherche est aussi une alliée dans les soins. « Par exemple, en collaboration avec le service de néphrologie du CIUSSS de l’Estrie CHUS, la Fondation Brigitte Perreault et autres commanditaires, nous avons mené une étude portant sur l’impact de l’exercice réalisé pendant les séances d’hémodialyse sur la qualité du sommeil, les symptômes dépressifs et la capacité fonctionnelle. Les résultats ont permis de démontrer l’importance de ce type d’approche pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’insuffisance rénale. » Les chercheurs du CdRV soutiennent également les efforts de la société pour mieux répondre aux populations âgées (soutien à domicile, prévention des chutes, téléréadaptation, etc.). « Nos recherches sont orientées sur de réels besoins, tant exprimés par le secteur de la santé que par la population concernée. Notre nouveau Laboratoire d’innovations par et pour les aînés (LIPPA) en est un bel exemple : il regroupe des aînés et des représentants d’associations d’aînés qui nous partageront leurs attentes. Il y a parfois de fausses perceptions ou des idées préconçues concernant ce dont les gens ont besoin, d’où l’importance d’être à l’écoute de la clientèle que nous souhaitons mieux desservir. » Le CdRV mène aussi des recherches fondamentales pour comprendre comment le corps réagit en vieillissant; ces recherches peuvent aussi ouvrir la porte vers de nouveaux médicaments ou traitements. « Nos intérêts vont de la cellule jusqu’aux grands enjeux de société », rappelle Mme Dubuc, qui apprécie le beau partenariat développé avec la Fondation Vitæ.

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CONCOURS DE RECHERCHE CLINIQUE : UNE COLLABORATION QUI PORTE SES FRUITS

Comment permettre à de bonnes idées émanant d’employés du secteur de la santé d’être étudiées, évaluées, mises à l’essai pour peut-être influencer et modifier les pratiques? En leur ouvrant la porte à la recherche.

Grâce à un partenariat unique avec le Centre de recherche sur le vieillissement (CdRV), cliniciens œuvrant auprès de la clientèle âgée (infirmières, ergothérapeutes, physiothérapeutes, dentistes, etc.) et chercheurs peuvent collaborer et participer au Concours de recherche clinique subventionné par la Fondation Vitæ. Cette aide financière sert autant pour l’aide à la formulation d’un projet de recherche que pour sa réalisation. « Les cliniciens sont bien placés pour déceler les problèmes et suggérer des pistes de solutions que la recherche vient valider avec des données probantes. Cela permet aussi de développer une culture de recherche chez les gens de terrain », fait remarquer Nicole Dubuc, directrice scientifique du CdRV. Les cliniciens sont jumelés avec des chercheurs œuvrant dans le domaine concerné. Ensemble, ils élaborent un dossier de candidature soumis à un comité scientifique qui analyse la qualité scientifique, la faisabilité du projet et ses retombées.

Conseiller clinique au CdRV, Guillaume Léonard a eu l’occasion de vivre l’expérience comme chercheur. « Ce fut une très belle collaboration! Monique Bourque, conseillère-cadre en soins infirmiers, souhaitait valider l’efficacité d’un outil pour dépister la douleur chez les personnes ayant un trouble cognitif, donc qui ne peuvent exprimer par des mots ce qu’ils ressentent. Il existait une grille d’évaluation, mais comment savoir si elle était complète, valide et adaptée à la clientèle des CHSLD? C’est ce que la recherche nous a permis de savoir. C’est stimulant, comme chercheur, de voir que les résultats de nos travaux sont attendus et mis en pratique rapidement! Cela m’a aussi fait découvrir une nouvelle voie qui aujourd’hui fait partie de ma programmation de recherche. »

Depuis 17 ans, la Fondation Vitæ a ainsi investi dans une quarantaine de projets. « Le soutien de la Fondation Vitæ est très important pour tous, car il sert souvent de levier pour le développement de nouvelles programmations de recherche. »


Exemple de recherche menée au CdRV

MIEUX NOURRIR LE CERVEAU VIEILLISSANT

Au fil des années, Stephen Cunnane, chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement, a démontré que les difficultés du cerveau à s’alimenter normalement lors du vieillissement augmentaient les chances que s’installe un déclin cognitif. 

« Le processus d’assimilation du glucose, une forme de sucre produit dans le corps, s’altère avec les années, en partie en raison de notre mode de vie (sédentarité, obésité, etc.), d’où l’idée de trouver un carburant alternatif, un peu comme un véhicule hybride qui, à court d’essence, va puiser son énergie dans une batterie électrique », explique-t-il. Observant que chez les bébés, les cétones jouent un rôle primordial dans le développement du cerveau, le chercheur a voulu savoir ce qui arrivait avec l’assimilation des cétones lorsque nous vieillissons. Grâce à une subvention de la Fondation Vitæ, il a d’abord été possible de développer le traceur nécessaire pour analyser par imagerie l’effet des cétones dans le cerveau, ce qui a été fait à Sherbrooke, puis de comparer l’assimilation du glucose et des cétones chez les participants à la recherche dans les mêmes conditions, la même journée, etc. « Comparativement au glucose, le processus d’assimilation des cétones n’est pas altéré avec les années. Cela ouvre donc la porte vers une nouvelle stratégie pour l’Alzheimer. »

Les triglycérides à chaînes moyennes (TCM) produisent des cétones et sont présents en grande quantité dans le lait maternel. Le corps peut aussi en produire lors de jeûnes intermittents. « Pour un effet probant et plus acceptable, on utilise dans notre étude des suppléments à base de TCM qui sont des lipides retrouvés dans des aliments comme l’huile de noix de coco. Jusqu’ici, les résultats démontrent cliniquement les effets positifs des cétones. Même les cerveaux déjà affectés par la maladie d’Alzheimer peuvent les utiliser. Nous poursuivons donc la recherche encore quelques mois afin de doubler le nombre de participants, et ainsi confirmer l’efficacité d’un traitement alimentaire riche en cétones pour corriger le déficit énergétique du cerveau vieillissant et ainsi peut-être ralentir les pertes de mémoire associées à la maladie d’Alzheimer. »