Levi Martinez-Arrechavala, Elmedina Topaku et Grace Baga, trois des participants.

CONSEIL MUNICIPAL JEUNESSE

Donner une voix à des jeunes issus de la diversité culturelle

Dire son opinion, défendre ses idées, proposer des solutions… Chaque année, depuis 2012, des jeunes de 15 à 17 peuvent faire la différence auprès du conseil municipal de Sherbrooke.

Ces jeunes font partie du Conseil municipal jeunesse (CMJ), un projet coordonné par le Carrefour de solidarité internationale qui vise à développer la participation citoyenne. Chaque année, une vingtaine d’adolescents et adolescentes sont formés sur les processus démocratiques et le fonctionnement de l’appareil municipal par des étudiants de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et différents experts.  L’objectif? Déposer, lors d’une réunion du conseil municipal, des recommandations qui seront par la suite étudiées, évaluées et qui sait, changeront des façons de faire. Dans les dernières années, le CMJ a proposé des solutions pour réduire les émissions de GES de la Ville, mieux gérer le verre, améliorer l’accessibilité aux sports et aux loisirs sur le territoire et suggérer des dispositions à prendre dans le cadre de la légalisation du cannabis.

En plus de donner une voix à la jeunesse sherbrookoise, le CMJ apporte un regard multiculturel sur les pratiques municipales, puisqu’on y retrouve plusieurs jeunes issus de la diversité, autant de trajectoires de vie différentes qui amènent une diversité d’opinions, d’idées, de visions! En s’ouvrant l’un à l’autre, ces jeunes contribuent à créer des liens entre les citoyens de tout origine et favorisent du même coup le vivre-ensemble.

GAGNER EN CONFIANCE À TRAVERS CETTE EXPÉRIENCE

Si le CMJ permet à la Ville de Sherbrooke d’avoir le pouls de ses jeunes, pour ses participants, l’expérience est très riche sur le plan humain. Voici d’ailleurs le témoignage de quelques-uns d’entre eux.

Grace Baga, originaire du Burkina Faso

« Une de mes amies avait participé au CMJ et elle avait adoré! Ça m’a donné le goût d’essayer, je trouvais intéressant d’en apprendre plus sur les différents systèmes politiques, notamment au niveau municipal. C’est là qu’on comprend comment cette structure fonctionne, qui fait quoi et pourquoi. De voir tout le processus démocratique d’une ville m’a aussi fait réaliser à quel point c’est important que les citoyens puissent s’exprimer, et du même coup ça m’a sensibilisée à la situation de mon pays d’origine, le Burkina Faso, et de toute nation où la politique fait des ravages. Indirectement, cela a eu un impact pour mon futur. Je rêvais déjà d’une carrière en médecine, maintenant j’aimerais bien avoir la chance de participer à un projet comme Médecins sans frontières. Les projets humanitaires m’interpellent également. Cette expérience au sein du CMJ m’a aussi permis de me dégêner, d’apprendre à développer mes idées et à mettre en branle des projets. Ça m’a aussi permis d’apporter ma contribution en tant que jeune, en tant que citoyenne. L’idée d’avoir des opinions de gens issus de différentes communautés culturelles est d’ailleurs importante, car notre société est formée de tous ces gens. »

Elmedina Topaku, originaire d’Albanie

« Je ne connaissais rien de la politique, alors je trouvais intéressant d’en apprendre plus à travers ce projet. Ç’a eu un impact important dans ma vie, j’ai même changé mon programme d’études pour aller en Techniques juridiques! En comprenant mieux toute l’histoire derrière chaque loi, chaque règlement, ça m’a donné le goût de mieux connaître ce domaine. J’ai appris énormément sur la politique, mais aussi sur le cannabis (l’un de nos mandats était relié aux dispositions à prendre dans le cadre de la légalisation du cannabis). Surtout, cela m’a donné l’élan d’exprimer mon opinion. Avant, juste le fait de prendre la parole dans un groupe me rendait mal à l’aise! Maintenant, j’ose. Comme jeune, on se doit de donner nos idées; ce n’est pas seulement aux adultes de faire entendre leurs voix, et j’espère que par notre expérience, nous inciterons d’autres jeunes à s’exprimer. S’impliquer dans sa communauté, c’est d’ailleurs important. Surtout qu’on était vraiment entendu : le maire était très ouvert à nos idées. Je n’en reviens pas d’avoir eu cette chance! J’ai aussi apprécié le fait qu’on retrouvait des jeunes de différentes nationalités : c’était très intéressant ce mélange d’idées et de visions. »

Levi Martinez-Arrechavala, né à Sherbrooke de parents originaires d’Amérique centrale

« En 2018, je m’étais donné comme défi de sortir de ma zone de confort, et ce projet m’a justement permis de me surpasser. J’ai atteint des objectifs que je ne pensais pas possible de réaliser! J’ai développé ma capacité à débattre mes idées, j’ai découvert un milieu qui ne m’était pas du tout familier et surtout, j’ai pris conscience de ma liberté d’expression. Aujourd’hui, je n’hésite plus à m’affirmer et à partager mon opinion. Moi qui étais vraiment gêné, j’ai maintenant plus de facilité à aller vers les gens, à créer des liens avec eux. Je me suis ouvert aux autres. Comme j’étudiais à l’époque à l’école du Phare, j’étais habitué à côtoyer des jeunes d’autres cultures, mais cette expérience m’a permis d’entendre leurs opinions et de mieux comprendre pourquoi ils pensent ainsi, car à discuter ensemble, on réalise leur histoire, leur parcours de vie. Ça nous permet de nous mettre dans la peau de l’autre, et ainsi d’être plus ouvert d’esprit face aux différences. Ce fut une expérience vraiment trippante : maintenant je connais mieux ma ville, je m’intéresse à ce qui se passe et j’ai bien l’intention d’apporter ma contribution : et pourquoi pas devenir le premier maire de Sherbrooke issu d’une communauté culturelle? Il y a ici une belle diversité culturelle, chacun a sa place comme citoyen et peut y jouer un rôle. »

Isseu Fall, membre du CMJ, partage sa vision et ses recommandations à la Ville.

Isseu Fall, originaire du Sénégal

« J’ai participé au CMJ car je trouvais que c’était une belle façon pour la jeunesse de s’exprimer, de dire ce qu’on pense. Il ne faut d’ailleurs pas avoir peur de donner son opinion, même si les autres ne sont pas en accord, et c’est justement ce que permet ce projet : savoir argumenter et exprimer nos idées, tout en étant capable d’écouter celles des autres, et ensemble d’en débattre. D’entendre différents points de vue, ça te rend plus ouvert. Cet échange d’opinions était donc très enrichissant et a rendu l’expérience encore plus agréable. Et tout le processus m’a dégênée ! Je me pensais incapable de parler devant les caméras, pourtant je l’ai fait à la fin, lorsque nous avons déposé nos recommandations lors d’un conseil de ville. Je suis fière de ce que j’ai accompli. Je me sens maintenant plus à l’aise de défendre mes opinions et mes décisions. J’ai toujours souhaité être une citoyenne engagée, maintenant j’ai les outils et la confiance pour le devenir. C’est d’ailleurs important qu’on donne aux jeunes cette opportunité, nous avons aussi nos idées et nos projets pour la ville, et je crois qu’on a vraiment apporté des points de vue et des moyens qui pourront faire la différence. »

Ce reportage a été rendu possible grâce au programme Sherbrooke, collectivité accueillante de la Ville de Sherbrooke.