Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Réduire le calendrier permettrait à la LHJMQ de produire plus d’agents libres de qualité comme Jonathan Marchessault, selon Denis Francoeur.
Réduire le calendrier permettrait à la LHJMQ de produire plus d’agents libres de qualité comme Jonathan Marchessault, selon Denis Francoeur.

Un format à conserver

CHRONIQUE / Durant son règne dans la LHJMQ, personne n’a aidé autant de joueurs à atteindre la LNH.

Ignorés au repêchage, les Alex Burrows, Pascal Dupuis et Marc-André Bergeron ont réussi à se bâtir une très belle carrière après avoir travaillé étroitement avec Denis Francoeur. Le profil pro de Jason Pominville, Radim Vrbata et Zbynek Michalek était un peu plus clair mais ils ont néanmoins bénéficié de ses enseignements pour atteindre le plus haut niveau eux aussi.

Depuis qu’il a quitté le junior, Francoeur s’est lancé dans le développement à plein temps. Il y a une dizaine d’années, il a pris un groupe de joueurs MAGH sous son aile qui a fait beaucoup parler de lui. D’ailleurs, ce sera son année de repêchage LNH et quelques joueurs comme Zachary Bolduc et William Rousseau devraient trouver preneur.

Bref, il y a peu d’intervenants aussi crédibles au Québec que le Shawiniganais quand vient le temps de jaser développement. Une semaine après le repêchage du circuit Bettman, ça semble être le bon timing pour regarder l’état de notre hockey junior.

Un premier constat de base: la pandémie fait mal actuellement, c’est évident. Un départ à huis clos, c’était loin d’être idéal. Et puis il y a cette pause de deux semaines décrétée mercredi pour deux des trois divisions.

Denis Francoeur

Mais la LHJMQ pourrait en récolter certains dividendes si elle se sert de l’expérience de 2020-21 pour offrir une cure minceur permanente à son calendrier, selon Francoeur.

«À mon époque, nous étions passés de 72 à 68 matchs. Faire un bond de 68 à 60, il y a une question financière reliée à ça mais si on parle strictement du point de vue du développement, nos joueurs seraient gagnants», estime Francoeur. «Une telle mesure permettrait de concentrer les matchs le week-end, comme cette saison. Tu as plus de temps pour faire des gains au gym. Avec 68 matchs, c’est du maintien que les joueurs font, ou même certains ont une petite baisse entre les tests du début de saison et ceux de fin d’année. À 60 matchs, soudainement tu dégages une autre zone très profitable. Tu peux faire plus de quantité, plus de qualité. Ça serait payant.»

C’est vrai dans le gym, c’est vrai aussi sur la glace pour les entraînements. Selon Francoeur, la formule offrirait des plages additionnelles pour travailler les habiletés des joueurs. «Ça dépend des valeurs des organisations mais ceux qui y croient pourraient maximiser les efforts pour travailler les habiletés. Certains clubs le font déjà, je pense notamment à André Tourigny à Ottawa. Avec plus de latitude, les entraîneurs pourraient être très créatifs…»

Ajoutez le volet éducatif et vous avez trois bonnes raisons de pencher dans cette direction. «La LHJMQ fait beaucoup d’efforts pour les études. Plus que les gens ne peuvent le penser. Maintenant, si tu élimines les matchs en semaine, forcément, ça donne de l’air dans ce rayon aussi.»

Environnement plus stimulant

Le résultat selon Francoeur, c’est que les joueurs non repêchés seraient moins tentés d’abandonner. «C’est un problème chez nous. Si un jeune n’est pas repêché à 18 ans, souvent il abandonne. Il fait moins d’efforts durant la saison, encore moins durant la saison estivale. Un environnement plus stimulant serait très utile à ce niveau. Dans la NCAA, tu en vois beaucoup moins qui décrochent. Ils sont dans une culture où le développement est la priorité. Ils arrivent un mois avant le début des classes, ils s’entraînent tous ensemble. Ils continuent un mois après la fin des classes... Rien n’est laissé au hasard, la structure est solide. Et puis pour ceux que ça ne fonctionne pas, ils sortent de l’université avec un diplôme», résume Francoeur. «Bien sûr, les règles du jeu sont différentes. Dans la NCAA, les joueurs restent souvent jusqu’à 22-23 ans. La fenêtre arrive plus vite dans la LHJMQ et souvent, elle est moins longue. Mais en se donnant les moyens de privilégier davantage le développement, on produirait davantage de joueurs pour les pros.»

Francoeur aimerait par ailleurs que la mentalité puisse suivre les joueurs qui passent dans les rangs universitaires canadiens. «Dans la NCAA, les joueurs sont encouragés par ce qu’ils voient autour. Dans chaque équipe, il y a des joueurs repêchés, des gars de dernière année qui sont courtisés par des clubs de la LNH. Chez nous, c’est l’exception qui arrive à sortir du réseau universitaire pour aller chez les pros. Ce n’est pas logique: j’ai vu des matchs des Patriotes de l’UQTR contre des équipes de la NCAA, et ils n’ont aucun complexe. Ce n’est pas une question de talent. C’est une question de structure et de motivation. La NCAA produit plus de 50 % des joueurs qui signent comme agents libres avec la LNH. Il n’y a aucune raison pour qu’on n’obtienne pas une plus large part du gâteau si on s’enligne un peu mieux.»

«Réduire le calendrier, c’est un pas dans cette direction, ça ne fait aucun doute dans mon esprit», conclut Francoeur.