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André Tourigny en 2004, à la barre des Huskies de Rouyn-Noranda alors qu’ils étaient en visite à l’aréna Jacques-Plante.
André Tourigny en 2004, à la barre des Huskies de Rouyn-Noranda alors qu’ils étaient en visite à l’aréna Jacques-Plante.

Monter les échelons, un par un

Steve Turcotte
Steve Turcotte
Le Nouvelliste
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CHRONIQUE / André Tourigny occupe actuellement le poste le plus médiatisé sur la planète, dans son sport.

Il est à la tête du programme national junior, dans un pays où le hockey est roi et maître. Ajoutez que le Mondial se déroule à Edmonton, et que la LNH est toujours sur pause, et vous avez un homme sur qui repose une tonne de pression.

Comment Tourigny s’est-il retrouvé dans ce fauteuil?

Ce n’est pas parce qu’il a un passé glorieux de joueur. Ni parce que son réseau de relations l’a propulsé au sommet de la pyramide. C’est un cheminement de trois décennies qui l’a mené vers ce poste, tout simplement.

Pour plusieurs, c’est le coach des 67’s d’Ottawa qui est derrière le banc d’Équipe Canada junior. Pour d’autres, c’est l’ancien adjoint des Sénateurs d’Ottawa et de l’Avalanche du Colorado, ou encore celui qui a tellement changé le visage des Huskies de Rouyn-Noranda que le proprio a fini par lui céder des parts de la franchise!

Mais en Mauricie, les gars de hockey peuvent reculer bien plus loin que ça, alors qu’il a fait ses premiers pas dans la structure intégrée, dans les années ’90!

«André avait commencé dans le peewee BB, puis au bantam BB, quand je l’ai pris comme adjoint dans le bantam AA», se souvient Dominic Ricard, qui travaille maintenant aux côtés d’André Ruel et Pat Brisson avec l’agence CAA, après un long règne chez les Voltigeurs de Drummondville.

«Tu voyais déjà à cette époque que c’était un leader naturel, un gars de caractère. Nous avons eu la chance d’être tombés sous l’aile de René Perron, qui nous a formés. André se faisait brasser, car il aimait essayer des nouvelles affaires. Ça ne l’a jamais dérangé, tout ce qu’il voulait c’était apprendre», enchaîne Ricard, très élogieux sur le parcours de son ami. «Il est parti de scratch. Il n’a jamais eu de cadeau. Il mérite tout ce qui lui arrive. Il n’est pas rendu là parce qu’il connaissait «chose» ou parce qu’il a joué dans le show. Il a monté les échelons un par un, armé de sa passion et de sa soif de s’améliorer. Il est la preuve que rien n’est impossible quand on travaille sans relâche.»

Ricard souligne que Tourigny a notamment fait les efforts pour devenir bilingue. «On parlait tous les deux anglais comme des vaches espagnoles! Contrairement à moi, il a été plus fonceur, il s’est assuré de régler ce pépin. Il est toujours en train de vouloir s’améliorer, de prendre les moyens pour y arriver. C’est un beau modèle pour les entraîneurs.»

Denis Francoeur abonde dans le même sens. C’est justement du bantam AA qui l’a repêché pour qu’il devienne son adjoint derrière le banc des Cataractes. L’association a été brève, ce fut simplement un tremplin pour le Nicolétain. Et le dernier surpris a été Francoeur. «Je l’ai connu à travers la structure de développement de la région, tu voyais que sa passion était très, très forte. On avait peu de moyens à l’époque, le salaire d’adjoint n’était pas très élevé, mais André n’a jamais, jamais compté ses heures. En plus il n’était pas établi à Shawinigan, il voyageait. Sa motivation était puissante.»

Francoeur s’est aussi aperçu rapidement que Tourigny n’avait pas l’intention de s’incruster dans le rôle d’adjoint. «Il était jeune, il arrivait du bantam AA, mais il a tout de suite pris sa place auprès des joueurs. C’était un leader. Il voulait tellement apprendre, c’était assez clair qu’il pensait déjà au prochain niveau à atteindre. Une très bonne tête de hockey, qui était prêt à tous les sacrifices. Pas étonnant qu’il continue à monter les échelons», sourit Francoeur.

«Je sais que son objectif ultime est de diriger dans la LNH. Je le vois aller présentement en point de presse, tu vois qu’il a déjà touché au pro, qu’il est en contrôle de la situation. La pression est forte au Mondial junior, l’adversité est maximale. Je ne peux pas prédire une médaille d’or au Canada, la ligne est trop mince. Mais je suis convaincu que son équipe sera préparée de la meilleure façon possible. C’est un ti-cul de Nicolet qui est à la tête de l’équipe nationale junior, un gars qui n’a jamais renié ses origines. C’est une énorme fierté pour la Mauricie.»

Après les Cataractes, il y a eu les Estacades midget AAA, puis un long séjour chez les Huskies. Patrick Roy l’a ensuite amené avec lui au Colorado, puis il a suivi son bon ami Dave Cameron à Ottawa chez les Sénateurs.

Son retour dans le junior s’est fait dans un premier temps chez les Mooseheads d’Halifax, avant de retourner dans la capitale fédérale, cette fois pour prendre en main les 67’ d’Ottawa.

Sur la scène internationale, il a notamment savouré la conquête de la médaille d’or au Championnat du monde junior de l’an dernier, à titre d’adjoint à Dale Hunter. Il compte aussi deux médailles d’argent à ce prestigieux tournoi, encore une fois comme adjoint. Ces médailles relèvent toutefois de revers crève-cœur en finale. En 2010, c’est John Carlson qui avait joué les héros pour les Américains en prolongation. L’hiver suivant, le Canada avait échappé une avance de trois buts en troisième période face aux Russes.

C’est avec tout ce bagage que Tourigny s’est enfermé dans la bulle d’Edmonton pour diriger l’équipe dont les péripéties devraient captiver une dizaine de millions de Canadiens durant la période des Fêtes.

Une médaille d’or et hop, il se rapprochera sérieusement de son rêve de diriger dans la LNH…