Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Mark Weightman a tout un défi sur les bras.
Mark Weightman a tout un défi sur les bras.

Kamikaze, MacDonald?

CHRONIQUE / Après des mois d’études, puis de négociations, Trois-Rivières a réussi à meubler son nouveau Colisée avec une équipe majeure.

Il y a matière à réjouissances. Parce qu’à partir du moment où la LHJMQ ne montrait pas d’appétit pour la ville natale de son commissaire Gilles Courteau, il n’y avait pas 36 000 options. Sans les Nordiques à Québec, impossible de songer à la Ligue américaine.

Il y avait bien sûr le projet des Patriotes, mais avec un calendrier aussi réduit et un petit bassin de fans, c’était pour le moins téméraire de leur accorder la priorité sur un amphithéâtre aussi vaste.

La Ligue ECHL n’est pas parfaite. Le calibre n’est pas tellement plus élevé que les rangs universitaires. Et il y a un roulement assez élevé chez les joueurs qui n’ont qu’une idée, partir au plus vite vers l’échelon supérieur! Mais bon, le partenariat avec le Canadien rend l’aventure un peu plus sexy.

Pardon? Rien n’a encore été annoncé à ce sujet? Soyez sans crainte. C’est au cœur du projet de MacDonald. Si les promoteurs de la ECHL sont mystérieux sur leur partenaire depuis quelques mois, c’est parce que le Canadien n’aime pas la publicité avant que tout ne soit coulé dans le béton.

Ça s’en vient. Il fallait d’abord régler le bail avec la Ville. Le bout du Canadien sera attaché dans les prochaines semaines, sinon les prochains jours. Attendez-vous à une annonce avant même que la ECHL n’octroie officiellement une franchise à la cité de Laviolette…

Du pain sur la planche

Le plus tôt la grande annonce sera effectuée, le mieux ce sera pour Mark Weightman, à qui MacDonald a confié la mission de prendre les guides de la nouvelle concession. Car le succès de l’opération est loin d’être garanti.

Weightman devra vendre une ligue méconnue aux yeux du public. Convaincre les fans de venir s’entasser au Colisée alors que vraisemblablement, la pandémie ne sera pas encore entièrement contrôlée. Ce marché est déjà reconnu comme capricieux, la combinaison des deux n’est pas hyper favorable.

La franchise part, de plus, avec un énorme boulet: une facture oscillant entre 430 000 et 650 000 $ en loyer!

Ce cadre financier a été négocié de longue haleine. Les deux parties ont signé le contrat. La Ville voulait marchander son Colisée au prix le plus juste possible, MacDonald souhaitait tenter sa chance dans le marché. Ils ont accouché de cette entente.

Elle fait actuellement l’affaire des deux côtés, mais ça pourrait changer rapidement. Un tel montant, ça condamne les promoteurs à engranger de substantiels revenus pour parvenir à rédiger des bilans financiers dans le vert.

Autour des promoteurs de la ECHL, les équipes de sport bénéficient de bien meilleures conditions. On peut citer les Cataractes, qui paient des pinottes en loyer. Aux dernières nouvelles, les Voltigeurs à Drummondville et les Tigres à Victoriaville bénéficiaient aussi de conditions d’opération similaires. Je peux vous dire que si l’idée prenait à Michel Angers d’exiger demain matin un loyer semblable aux actionnaires des Cataractes, ils quitteraient le navire sur-le-champ!

Bon, j’entends déjà dire que ce sont de mauvais exemples, car ce sont des équipes de hockey junior. Ça peut se défendre.

Dans ce cas, que penser des Aigles de la Ligue Frontier, qui ont droit à une belle petite enveloppe de 275 000 $ de la Ville pour joindre les deux bouts, moyennant l’entretien du terrain! Ce sont deux équipes professionnelles, qui opèrent à quelques rues l’une de l’autre: l’une d’elles a droit à une subvention, l’autre doit remettre aux environs d’un demi-million $ par année pour opérer…

Des atouts

Le Colisée est bien situé. MacDonald et Weightman doivent tabler sur la possibilité d’attirer un bon lot d’événements sportifs. Et puis dans la négociation, ils ont eu le droit de monnayer le nom du nouveau Colisée, qui devrait rapporter une jolie somme. Mais même avec tout ça et un bon support corporatif, s’il n’y a pas au moins 3500 personnes par match dans les gradins, je vois mal comment ils pourront s’en sortir sans perdre des plumes.

À ces conditions, c’est très audacieux de croire en la viabilité de la ECHL à moyen et long terme, une fois l’effervescence autour de l’inauguration du nouveau Colisée évaporée.

La Ville est fière de son coup en ce moment. Elle peut se vanter d’avoir arraché tout un pactole, en comparaison avec les villes voisines qui abritent une équipe majeure! Si toutefois MacDonald se rend compte, au bout de deux ou trois ans, que c’était une opération kamikaze et qu’il retire ses billes, elle va se retrouver avec un bel amphithéâtre tout neuf sans locataire majeur, dans un marché qui sera brûlé pour plusieurs années...