Comment protégera-t-on adéquatement les résidents en CHSLD contre la vague de chaleur à venir, notamment en respectant les mesures de distanciation pour éviter une possible propagation du nouveau coronavirus?
Comment protégera-t-on adéquatement les résidents en CHSLD contre la vague de chaleur à venir, notamment en respectant les mesures de distanciation pour éviter une possible propagation du nouveau coronavirus?

Vague de chaleur en CHSLD: «ce sera l’horreur»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Déjà à bout de souffle en raison de la pandémie, des membres du personnel en CHSLD sont sur le qui-vive en raison de la vague de chaleur prévue cette semaine. Ils craignent notamment pour leur sécurité et celle des résidents, car les mesures de distanciation physique seront impossibles à respecter dans de telles conditions dans plusieurs centres d’hébergement en Estrie.

«Plusieurs patients vont souffrir de la chaleur. On aura des choix déchirants à faire. Vraiment, ce sera l’horreur», confie une infirmière qui travaille au CHSLD Villa-Bonheur de Granby, préférant que l’on taise son identité pour éviter des représailles de l’employeur.

Une collègue abonde dans le même sens. «Ce sera l’enfer dans les jours à venir. On va suffoquer, autant les résidents que nous avec nos masques. En temps normal, on pourrait sortir les patients dans les salles communes. Mais en temps de pandémie, on ne peut pas avoir une vingtaine de personnes au même endroit. Et d’un autre côté, la santé publique nous dit jour après jour que le coronavirus est très contagieux. Ce sera impossible d’installer des ventilateurs partout, sinon, il suffit qu’un résident tousse et on poussera les gouttelettes partout dans l’air. On va faire face à un gros problème», fait-elle valoir.

Pourtant, il semble que le CIUSSS préconise le regroupement de résidents malgré la crise sanitaire. C’est du moins ce que mentionne Nancy Desautels, adjointe à la présidente-directrice générale adjointe et coordonnatrice de la sécurité civile, dans une note de service envoyée aux gestionnaires d’établissements, dont La Voix de l’Est a obtenu copie. «La pandémie, générant une nouvelle réalité qu’est la distanciation sociale, amène la coordination en sécurité civile du CIUSSS de l’Estrie – CHUS, ainsi que d’autres instances provinciales concernées, à réviser certaines stratégies et, par le fait même, les outils habituellement recommandés lors d’une période de chaleur extrême (ex. : passer du temps au centre commercial comme c’est un milieu climatisé ou encore, en CHSLD, diriger les usagers dans les aires communes climatisées).»

Selon nos deux sources à Villa-Bonheur, aucun plan d’action concret n’a été jusqu’ici communiqué au personnel concernant la canicule en temps de pandémie. À cela s’ajoute le manque de personnel, notamment les préposés aux bénéficiaires (PAB). Selon nos informations, une dizaine de PAB doivent quitter l’établissement sous peu pour travailler ailleurs.

Les proches à la rescousse?

Plusieurs CHSLD au Québec ne sont pas climatisés. Du moins, pas en totalité. C’est le cas à Villa-Bonheur, où certaines pièces deviennent de «vrais fours» lors de vagues de chaleur.  «Dans des salles de bain, il fait déjà 29 degrés Celsius. Je n’ose même pas imaginer ce que ce sera cette semaine avec des températures extrêmes», appréhende une infirmière.

«Malheureusement, on ne peut pas espérer que des airs conditionnés tombent du ciel demain», renchérit sa collègue.

Le centre d’hébergement ne dispose pas d’un nombre suffisant de ventilateurs pour en doter chacune de ses chambres. Les proches de résidents devront donc être mis à contribution, évoquent les deux infirmières. Ce qui pourrait toutefois poser problème à court terme. «La direction de Villa va certainement demander aux familles de résidents d’amener des ventilateurs», indique l’une d’elles. Or, tout le matériel venant de l’extérieur devra être mis en quarantaine avant d’être utilisé, faisant en sorte qu’il ne sera pas disponible durant la vague de chaleur à venir, mentionnent-elles.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, se dit «très préoccupée» par les conditions de travail de ses membres et des patients. «Le personnel vit les canicules très difficilement en temps normal et il n’y a pas la COVID-19 puis la distanciation. C’est évident que ce sera l’enfer à gérer au cours des prochains jours.» Mme Séguin compte questionner l’employeur pour obtenir des précisions à propos «des mesures qui seront modifiées pour respecter les conditions COVID en lien avec la période de chaleur qui commence.» 

Pistes de solutions

Lors du point de presse quotidien sur la COVID-19, lundi, le directeur national de la santé publique au Québec, Dr Horacio Arruda, et la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, ont évoqué des pistes de solutions pour éviter que les aînés dans les CHSLD soient frappés par des vagues de chaleur «à court terme». «On a un plan qui devait se déployer en juin pour ajouter des unités additionnelles de climatisation [dans les CHSLD]. On va le devancer, l’accélérer», assure Mme McCann.

De son côté, le premier ministre, François Legault, a indiqué que 97% des centres d’hébergement à travers la province ont des zones climatisées où peuvent être dirigés certains patients.

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Selon le directeur de la santé publique, rien ne sera laissé au hasard dans toutes les régions pour contrer les effets d’éventuelles canicules dans les CHSLD. «On va s’assurer, avec des génératrices extérieures, des mécanismes de ventilation faits avec des firmes spécialisées pour pouvoir, même dans une situation où il manque d’électricité, mettre des climatiseurs individuels pour rafraîchir les gens.»

«C’est clair, spécifie le Dr Arruda, que la préoccupation des personnes âgées en chaleur, en déshydratation [et autres] effets pervers vont être pris en considération en deçà  du risque de COVID-19.» 

Le CIUSSS a décliné notre demande d’entrevue concernant ce dossier, lundi.