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Les pires craintes de sa famille se sont concrétisées : Marcel Laforte a contracté la COVID-19 au site non traditionnel (SNT) de soins à Sherbrooke et est finalement décédé à la suite de complications liées à la maladie, mardi matin.
Les pires craintes de sa famille se sont concrétisées : Marcel Laforte a contracté la COVID-19 au site non traditionnel (SNT) de soins à Sherbrooke et est finalement décédé à la suite de complications liées à la maladie, mardi matin.

Une quarantaine fatale

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
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Les pires craintes d'Anick Laforte se sont concrétisées. Son père, atteint d'une forme de démence, est décédé des suites de la COVID-19, mardi matin, après avoir contracté le virus au cours d'une quarantaine conditionnelle à l'obtention d'une place en ressource intermédiaire.

Anick Laforte déplore que la procédure d’admission des aînés dans une ressource d’hébergement en temps de pandémie soit trop rigide. Les règles ministérielles en vigueur exigent que chaque personne qui doit emménager dans une ressource d’hébergement pour personnes âgées doive respecter une période d’isolement de 14 jours pour sa sécurité et celle des autres résidents.

Il y a quelques mois, la famille en était venue au constat que Marcel Laforte, âgé de 79 ans et atteint de démence à corps de Lewy, devait recevoir des soins particuliers en raison de son état qui se dégradait. Sa femme n’était plus en mesure de prendre soin de lui à la maison. Bonne nouvelle : il venait enfin d’avoir une place pour lui au Pavillon Omer Deslaurieurs à Granby.

La famille, tout comme les infirmières du CLSC qui ont pris en charge le dossier, était d’accord pour que M. Laforte fasse son confinement dans son logement ou encore isolé dans la chambre de la ressource intermédiaire. Lui et sa femme ne sortaient pas de chez eux depuis le mois de mars dernier.

Marcel Laforte, décédé de la COVID-19.

Une option qui a toutefois été refusée par le ministère de la Santé et des Services sociaux. «Ils disent qu’il n’y a pas de cas par cas et que s’il n’allait pas là-bas, il perdait sa place dans la RI à Granby», rapporte Mme Laforte.

Sans pouvoir commenter ce cas précis, Annie-Andrée Émond, responsable des communications du CIUSSS a noté que «lorsque l’environnement du lieu d’hébergement ou la condition clinique de la personne ne permettent pas le respect de la période d’isolement, par exemple la configuration des lieux ou l’incapacité de comprendre et de respecter les règles à cause d’un déficit cognitif, la personne doit être temporairement localisée dans un lieu adéquat comme le site non traditionnel de soins de Sherbrooke.»

Elle a aussi ajouté que chaque décision qui oblige les personnes à faire deux déménagements plutôt qu’un seul commande une «analyse rigoureuse». «Ce n’est qu’à la suite de celle-ci qu’une décision est prise dans le meilleur intérêt des personnes impliquées.»

Résignée, la famille a tout de même accepté que M. Laforte soit amené au site non traditionnel de soins après qu’il se soit soumis à un test de dépistage. Un nuage noir est venu assombrir le tableau lorsque Anick a appris que son père avait contracté la COVID-19 lors de son séjour au SNT.

«On se sent aussi coupable, parce que c’est nous qui avons pris la décision, pour son bien, d’accepter qu’il aille en quarantaine de 14 jours au SNT. C’est pas comme s’il avait été déjà en CHSLD et qu’une éclosion s’était déclarée. C’est nous qui l’avons exposé à ça», regrette Mme Laforte, en espérant que son histoire pourra aider des familles placées dans une situation similaire à la sienne à prendre une décision plus éclairée.


« On se sent infiniment triste. C’est un mélange de colère. Si mon père n’avait pas été au SNT, il serait tranquille dans son milieu de vie »
Anick Laforte

Complications

À la demande de la famille, M. Laforte a ensuite été transféré à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour qu’il puisse recevoir des traitements de physiothérapie. Arrivé a l’hôpital, M. Laforte a été amené aux soins intensifs, parce qu’il a fait un infarctus lui occasionnant davantage de problèmes respiratoires.

Son état était devenu stable depuis quelques jours et la famille avait bon espoir que M. Laforte pourrait faire son entrée au Pavillon Omer Deslauriers. «Ça allait bien dans la journée [lundi]. Il mangeait, il ne toussait plus et il ne faisait plus de température», rapporte sa fille.

Puis, vers 17 h, M. Laforte s’est mis à faire de l’arythmie, lui occasionnant par le fait même de l’eau sur les poumons et un manque d’oxygène. «Ça a été le choc. On pensait qu’il était sorti du pire. Il a été transféré aux soins intensifs où il a fait une arythmie encore plus sévère. L’infarctus qu’il avait fait il y a quelques jours avait rendu son cœur trop faible. La COVID a causé l’infarctus et tous ses organes étaient attaqués», raconte Mme Laforte.

Évidemment, la famille vit une montagne russe d’émotions depuis le début de décembre. Le décès de M. Laforte est ce dont tous redoutaient.

«On se sent infiniment triste. C’est un mélange de colère. Si mon père n’avait pas été au SNT, il serait tranquille dans son milieu de vie», regrette sa fille.

«On se sent aussi coupable, parce que c’est nous qui avons pris la décision, pour son bien, d’accepter qu’il aille en quarantaine de 14 jours au SNT», confie Anick Laforte.

Plainte

Le 23 décembre, Anick Laforte a déposé une plainte au commissaire des plaintes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour dénoncer cette situation qui a pris une triste tournure. 

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS réfère les usagers ou les membres de leur famille, lorsqu’insatisfaits des soins ou des services offerts, à la commissaire locale aux plaintes et à la qualité des services. Malheureusement pour la famille Laforte, il est trop tard pour corriger le tir. Cependant, les procédures pourraient être revues et assouplies pour d’autres, espère Anick.

 Invité à réagir au décès de son père, l’établissement a offert, dans un courriel envoyé à La Voix de l’Est, ses sincères condoléances à la famille.

« Malgré tous les efforts mis en place pour éviter l’entrée du virus et sa propagation dans nos installations, cette situation démontre encore une fois qu’aucun milieu n’est à l’abri d’une éclosion », souligne par écrit Marie-France Thibeault, porte-parole du CIUSSS. 

L’isolement préventif de 14 jours au site non traditionnel de soin est une directive du ministère de la Santé et des Services sociaux. Par contre, le CIUSSS a déjà pris des décisions indépendantes de ce qu’impose Québec, pour des raisons de logistique, comme c’est le cas pour la vaccination contre le coronavirus. 

« Bien que la décision du lieu permettant l’isolement préventif de 14 jours ait été prise selon les directives en vigueur, la situation sera analysée afin de voir si des adaptations sont à mettre en place », affirme Mme Thibeault.

La demande d’entrevue placée au MSSS est demeurée sans réponse.