Selon plusieurs informations circulant sur les réseaux sociaux, la pandémie a des effets bénéfiques pour l’environnement, dont une réduction importante des émissions de gaz à effet de serre. Ceux-ci seront toutefois de très courte durée, prévient François Delorme, chargé de cours en économie de l’environnement à l’Université de Sherbrooke.

Une embellie pour l’environnement ?

L’eau des canaux à Venise est redevenue bleue. Les émissions de gaz à effet de serre ont largement diminué à plusieurs endroits sur la planète. Des messages à l’effet que la COVID-19 a des effets bénéfiques pour l’environnement circulent abondamment. Est-ce vraiment le cas? « Seulement pour une très courte période. Et après, les émissions de GES pourraient remonter à des taux encore plus élevés qu’avant la crise », prévient un chargé de cours en économie de l’environnement de l’Université de Sherbrooke.

En Chine, foyer de l’éclosion du coronavirus, les émissions de GES ont énormément diminué depuis quelques semaines selon des images satellites de la NASA. Les concentrations de pollution de l’air sont également à la baisse en Italie ou à New York par exemple. Les fermetures d’usines, de commerces ainsi que la baisse générale de la consommation sont en partie responsables de cette diminution des émissions de GES. Sans oublier les nombreux déplacements quotidiens en voiture qui n’ont pas lieu. 

À l’échelle mondiale, le coronavirus a aussi un impact majeur sur le transport aérien, un secteur qui contribue aux émissions polluantes. L’Association internationale du transport aérien, dont les compagnies aériennes membres représentent 82 % du trafic aérien mondial, estime que les pertes de revenus de l’industrie pourraient dépasser les 150 milliards de dollars.

« Oui, tout ça a un impact important sur l’environnement, mais c’est un impact momentané. Le problème est qu’il y a des impératifs économiques en jeu. Lorsque l’économie va recommencer, il va y avoir un effet rebond, de rattrapage, catalysé par tous les plans de relance que les gouvernements mettent en place. On voit des plans de relance économique sans précédent. À un moment donné, il va y avoir un kick et les GES vont repartir à la hausse. Il y a une relation mathématique entre l’émission des GES et l’activité économique », explique François Delorme, chargé de cours à l’École de gestion et chercheur associé à la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques.

Pour que les impacts bénéfiques sur l’environnement restent, M. Delorme souligne que c’est toute la structure de l’activité économique mondiale qui devrait être modifiée. 

« Si on continue à se baser sur les énergies fossiles, le gaz naturel, et qu’on continue d’envisager des projets d’exploitation pétrolière, il n’y a rien qui va changer au niveau des émissions des GES », souligne-t-il.

Lutte aux changements climatiques

Qui plus est, les sommes réservées pour la lutte aux changements climatiques par les gouvernements pourraient fondre comme neige au soleil dans les prochains mois, estime François Delorme.

 « Il y a tellement de fonds dévolus au soutien des ménages et aux entreprises, que c’est sûr que tout l’argent qu’on pensait mettre dans la lutte aux changements climatiques, on va la différer. On va différer ça sur 10 ans par exemple. Quand on a des situations comme celle-ci, on ne veut pas enlever de l’argent déjà budgété, mais on peut le différer », explique celui qui a déjà travaillé au ministère des Finances.

Or, selon le groupe d’experts sur l’évolution du climat de l’ONU, pour rester à 1,5 °C, les émissions de CO2 devront chuter drastiquement dès avant 2030 (-45 % d’ici 2030) et le monde atteindre une « neutralité carbone » en 2050. C’est donc dire que la COVID-19, malgré ses effets bénéfiques immédiats pour l’environnement, risque fort de mettre des bâtons dans les roues dans la lutte aux changements climatiques. 

Réponse globale

S’il ne se montre pas très optimiste quant aux impacts bénéfiques de la pandémie sur l’environnement, François Delorme constate toutefois avec surprise la capacité des gouvernements et des institutions de se coordonner avec efficacité. 

« Comme économiste, c’est fascinant de voir comment les institutions sont capables de retournées sur un dix cents en mettant en place des plans de relance si importants. Quand il est question d’éviter une récession majeure, les gouvernements se coordonnent. »

« On voit que devant une crise aussi importante, on est capable de trouver des terrains d’entente, de se concerter. Il faudrait avoir la même concertation devant la crise climatique qui est encore plus sérieuse puisqu’elle a une notion d’irréversibilité. Ce qu’on perd en biodiversité, on ne pourra jamais le retrouver. La différence, c’est que la crise sanitaire a un impact dans notre quotidien aujourd’hui alors que la crise climatique est une bombe à retardement », termine l’économiste.