Le premier ministre François Legault au parlement de Québec, jeudi
Le premier ministre François Legault au parlement de Québec, jeudi

Une deuxième vague pourrait signifier un reconfinement par région [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Revenir à un confinement total, ce n’est probablement pas quelque chose qui va se faire. Le plus essentiel va demeurer probablement ouvert. [...] Il peut aussi y avoir des confinements localisés», prévoit Horacio Arruda, à propos de la deuxième vague de contagion de la COVID-19.

La situation s’améliore partout au Québec. Les indicateurs de la maladie à coronavirus sont à la baisse, avec 24 décès et 144 nouveaux cas dépistés ajoutés jeudi.

L’été arrive. Mais les autorités répètent de ne pas baisser la garde en vue d’une probable deuxième vague de contagion, attendue cet automne.

Si la deuxième vague est comparable à la première, le confinement le sera-t-il tout autant?

«C’est difficile pour moi de vous dire exactement ce que ça va vouloir dire», a reconnu le directeur national de santé publique du Québec, lors du traditionnel point de presse de 13h en compagnie du premier ministre François Legault.

«On a appris plus de choses sur le virus. On en a appris notamment sur ce qui se passe avec les enfants. Ça, c’est des bonnes nouvelles. On avait fermé des secteurs d’activité au Québec qui n’avaient jamais été fermés ailleurs. C’est sûr que le plus essentiel va demeurer probablement ouvert. Mais ce que l’on appellerait certaines parties de luxe ou des rassemblements importants, ce ne sera pas le cas», explique le Dr Arruda.

«Ça va aussi peut-être dépendre d’une variation régionale? Ça se peut bien aussi que, plutôt que de faire tout le Québec, ça peut évoluer d’une région à l’autre. Il peut avoir ce qu’on appelle des confinements localisés. Ça va dépendre de beaucoup, beaucoup d’éléments. [...] Il ne faut pas non plus avoir une transmission trop importante dans la communauté, ce qu’on n’a pas vécu parce qu’on a fait un bon confinement», fait valoir le scientifique.

24 décès de plus

Avec maintenant 5105 Québécois officiellement décédés de la COVID-19 et au moins 53 485 personnes ayant été infectées du virus à un moment ou un autre depuis 15 semaines, le Québec n’est pas encore sorti du bois. Même si le nombre de patients hospitalisés continuait d’être en baisse de 43, pour 871 au total, et la part traitée aux soins intensifs aussi, de trois, à 114.

«On voit que la situation s’améliore depuis quelques semaines, en particulier dans la communauté, constate M. Legault. Mais il reste encore une situation difficile dans les résidences de soins de longue durée. On a encore 218 résidences, CHSLD, RPA et RTI, qui sont infectées, 1126 résidents qui sont encore infectés. Donc, le travail est encore difficile dans les CHSLD», insiste le premier ministre.

Il rappelle que 10 000 nouveaux préposés en CHSLD commenceront leur formation, payée par l’État, à compter de lundi. Mais peut-être pas tous d’un coup, a-t-il précisé, afin que les soins actuels aux aînés ne soient pas affectés par l’absence de trop d’aides de soins qui se sont inscrits.

M. Legault tient également à garder des soldats dans les CHSLD. De 1320 qu’ils étaient le 21 mai, les représentants de l’armée canadienne ne sont plus que 750 impliqués dans la crise au Québec. Dont 400 toujours au chevet des aînés et 350 postés à l’extérieur comme superviseurs.

«On a besoin de 1000 soldats dans les CHSLD, puis je n’ai toujours pas eu de réponse à savoir qu’est-ce qu’il y a de plus urgent au Canada ou à l’étranger que de s’occuper de nos aînés dans les CHSLD», lance M. Legault, dans ce dossier où il est à couteaux tirés avec le gouvernement fédéral depuis quelques semaines déjà.

Autre différend de 3 ou 4 G $

Québec et Ottawa entretiennent un autre différend lié à la crise de la COVID-19. Justin Trudeau et le gouvernement canadien ont annoncé vouloir transférer 14 milliards $ aux provinces, mais à certaines conditions.

«Grosso modo, ça peut représenter 3, 4 milliards $ pour le Québec, calcule M. Legault. Pas mal tous les premiers ministres ont dit : “C’est important qu’il n’y ait pas de condition.” Bon, il y a beaucoup de choses qui m’inquiètent là-dedans.

«Entre autres, tout le matériel de protection individuelle puis toute la question du dépistage et du traçage. Il [le fédéral] voudrait avoir un certain contrôle. Pour nous, c’est clair que la santé est de compétence provinciale. Il n’est pas question qu’on cède tout le contrôle de la stratégie de dépistage et aussi d’approvisionnement en équipement de protection individuelle. Que le gouvernement fédéral se fasse une réserve qui pourrait aider les provinces, c’est une chose. Qu’il veuille s’en mêler puis que ça fasse partie du 3, 4 milliards $ qu’on reçoit, là, il y a un problème.»

Le fédéral tenterait aussi de contourner l’autorité provinciale pour aller soutenir les pertes en transport en commun directement auprès des municipalités. Québec veut pouvoir choisir d’autres champs de dépenses municipaux avec cet argent.

Bientôt les lieux de culte

Bien que pour la majorité, la vie semble reprendre son cours presque normal, certains endroits restent fermés depuis bientôt trois mois et leurs responsables s’impatientent de voir la Santé publique annoncer une date de réouverture. Bars, lieux de culte et centres d’entraînement, entre autres.

«On comprend très bien l’impatience de tous ceux qui ne sont pas déconfinés. Il faut surveiller ce qui va être annoncé sous peu, avec des conditions particulières. Notamment pour les lieux de culte, qui vont éviter des rassemblements intérieurs en trop grandes quantités», s’est avancé le Dr Arruda, sans plus de précision.

Plusieurs restaurateurs se montrent aussi mécontents des règles sanitaires imposées pour leur réouverture, surtout l’espacement individuel obligatoire de deux mètres entre chaque table.

Dans une lettre publique adressée mercredi au Dr Arruda, ainsi qu’aux ministres du Travail, Jean Boulet, et de l’Alimentation, André Lamontagne, l’ex-président des rôtisseries St-Hubert réclamait le retour à la distance d’un mètre afin de favoriser la survie des restaurants.

«Là, on les a rouverts à deux mètres. On va voir ce que ça donne. Puis on verra si on évolue avec les données de l’extérieur. Il y a des pays qui sont rendus à un mètre. L’OMS parle d’un mètre, l’autre parle d’un mètre et demi, il y en a qui disent deux. Je n’exclus pas que ça pourrait diminuer, mais je ne donne pas de garantie ni une date précise. Voyons comment ça va se passer», répond le Dr Arruda.

Mise à jour du 11 avril