Le Dr Horacio Arruda, le premier ministre, François Legault, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé
Le Dr Horacio Arruda, le premier ministre, François Legault, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

Une deuxième vague de COVID-19 trois fois pire?

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Trois Québécois sur quatre habitent maintenant en zone jaune de préalerte, depuis mardi, alors que «certaines régions sont très proches» de passer à l’orange, prévient le ministre de la Santé. À l’aube d’une deuxième vague qui pourrait être jusqu’à trois fois plus forte que la première.

Partys de famille, pique-niques entre amis, barbecues, épluchettes de blé d’Inde, bars, restaurants. L’épidémie actuelle de COVID-19 au Québec prend sa source dans la communauté. La moitié des nouveaux cas déclarés dans la semaine du 5 septembre touchaient des gens âgés de 20 et 49 ans.

«De façon générale, quand il y a des épidémies d'un nouveau virus, la première vague est habituellement beaucoup plus petite que la deuxième jusqu'à une proportion d'à peu près trois fois. Mais ça, c'est si on ne fait pas d'intervention. Ça, c'est dans un contexte où on ne fait pas d'isolement puis on ne fait pas d'intervention», a expliqué le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, mardi, en point de presse avec le premier ministre, François Legault, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

«Là, la courbe, il faut la raplatir. [..] Porter un masque, maintenir à deux mètres les distances puis éviter les gros rassemblements, c’est peu payé par rapport à ce qu’on va voir venir si jamais ça se remet à flamber. Quand ça flambe dans une deuxième vague, la première vague, c’est de la petite bière par rapport à la deuxième», a illustré le DArruda, faisant écho aux inquiétudes déjà exprimées par les deux politiciens assis à ses côtés.

Quatre régions de plus en jaune

Le gouvernement du Québec a haussé le niveau d’alerte dans quatre régions de plus, mardi.

Chaudière-Appalaches, le Bas-Saint-Laurent, Montréal et la Montérégie ont rejoint la Capitale-Nationale, l’Estrie, l’Outaouais et Laval dans le groupe des régions en préalerte ou en zone jaune. À huit, ces régions abritent 75 % de la population québécoise.

Cela laisse 10 des 18 régions au premier palier vert ou en zone de vigilance, pour 25 % de la population.

«Qu’est-ce que ça veut dire pour ces régions-là d’être dans la zone alerte? Il va y avoir plus d’interventions policières. Il y en a déjà eu, puis il va y en avoir encore plus. Il va y avoir plus d’inspections. On va faire un dépistage beaucoup plus ciblé. Il faut le faire», a affirmé le ministre Dubé.

Le ministre n’attend pas la lumière orange pour resserrer certaines règles, que d’aucuns s’efforçaient de contourner.


« Porter un masque, maintenir à deux mètres les distances puis éviter les gros rassemblements, c’est peu payé par rapport à ce qu’on va voir venir si jamais ça se remet à flamber. Quand ça flambe dans une deuxième vague, la première vague, c’est de la petite bière par rapport à la deuxième »
Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda

«On annonce maintenant qu’on va interdire la vente de nourriture, à minuit, dans les bars.» La règle interdit la vente d’alcool dans les bars après minuit, mais continue de permettre la vente d’alcool après minuit à condition que le verre soit accompagné de nourriture. Plus maintenant pour les bars.

«La raison, c’est parce que les gens se croient plus intelligents que les règles, puis qu’ils disent : “Bien, c’est facile, si on peut continuer à vendre de l’alcool, bien, on a juste à rajouter des McCroquettes, puis ça va être parfait.” Mais ça ne marche pas comme ça. C’est fini la nourriture, après minuit, dans les bars. On va faire un contrôle plus serré de l’achalandage dans certains milieux», assure M. Dubé.

Conséquences de passer à l’orange

«Et qu’est-ce que ça veut dire si on passe dans la zone orange? Bien, on va être obligés de réduire le nombre de personnes dans les événements publics, particulièrement ce qu’on appelle les rassemblements non organisés comme des mariages ou ce genre d’événements là. On va réduire le nombre de personnes dans les résidences privées, qui passerait, si on s’en va dans la zone orange, de 10 à 6. Il y aurait la fermeture des bars, il y aurait des restrictions dans les restaurants pour se limiter au “take-out”.

«Je le rappelle, il n’y a aucune des huit régions dans l’orange en ce moment, mais il y en a quelques-unes qui sont très proches, qui sont très proches de la zone orange. Et, si ces régions-là, malheureusement, en raison de l’irresponsabilité de certains individus, on va être obligés de passer à des mesures aussi restrictives que celles-ci», tranche le ministre Dubé.

Le ministère de la Santé mettra sa carte des codes d’alerte à jour plus qu’une fois par semaine comme il était d’abord prévu. L’idée de subdiviser certaines régions très étendues en sous-régions est considérée, surtout avec un éventuel passage à l’orange et le resserrement de certaines restrictions.

Masque obligatoire dans les RPA

Notons qu’une autre nouvelle mesure a été mise en place mardi sans attendre le prochain palier d’alerte.

Le port du masque est dorénavant obligatoire dans les corridors, ascenseurs et salles communes dans les résidences privées pour aînés.

Sans se faire prophète, le Dr Arruda a par ailleurs offert un présage de ce qui s’en vient pour certaines régions et même l’ensemble du Québec.

«De grâce, amenez-nous pas vers l’orange intensif ou le rouge partout. C’est sûr qu’on va avoir du orange sous peu, j’ai l’impression. On a beaucoup essayé de convaincre, puis je pense qu’il faut continuer à convaincre les gens qui ont peut-être relâché un peu. Mais on n’hésitera pas à utiliser la contrainte parce que là, c’est la vie et l’économie d’un peuple qui risqueraient encore d’être amochées. On n’a pas le goût de jouer dans ce film-là», a résumé le coloré directeur national de santé publique.