«Dès qu’on essaie de sortir du village, on est bloqués par des barrages policiers. Si tu sors sans masque, tu vas en tôle immédiatement. On ne rigole pas ici. Tu ne respectes pas les règles de confinement, les policiers peuvent te tirer dessus. Il y a eu un mort il y a deux jours», raconte Georges Clément qui est confiné aux Philippines depuis mars dernier.
«Dès qu’on essaie de sortir du village, on est bloqués par des barrages policiers. Si tu sors sans masque, tu vas en tôle immédiatement. On ne rigole pas ici. Tu ne respectes pas les règles de confinement, les policiers peuvent te tirer dessus. Il y a eu un mort il y a deux jours», raconte Georges Clément qui est confiné aux Philippines depuis mars dernier.

Un Québécois confiné aux Philippines depuis deux mois

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Alors que la province sort graduellement de sa torpeur, des Québécois pris à l’étranger vivent une tout autre réalité. C’est le cas de Georges Clément, qui doit se plier depuis des mois à de très strictes règles de confinement aux Philippines, sans quoi il risque de se retrouver en prison. Ou pire encore, d'être abattu en pleine rue. Malgré tout, en attendant son retour au bercail, le volontaire globe-trotteur découvre jour après jour le peuple résilient qui l’entoure.

Georges Clément se décrit comme un nomade. Retraité depuis six ans, l’architecte paysagiste sillonne la planète en quête de nouveaux défis, tout en s’imprégnant du rythme de vie des gens autour de lui. L’homme est en constante adaptation. Or, jamais il n’aurait cru que son périple aux Philippines, dans le village de Liliw, prendrait une telle direction.

«Les tempêtes ravagent constamment le pays chaque année. Les gens ici sont habitués de se relever après chaque épreuve. Mais la pandémie fait mal, très mal. Le peuple est en mode survie depuis des mois. Je suis au beau milieu de tout ça, confiné à la ferme sans pouvoir sortir du village. Impossible de prendre l’avion parce que les aéroports sont fermés. Alors, je fais comme tout le monde ici, j’attends.»

En quittant Bromont en mars pour s’envoler vers les Philippines, Georges Clément croyait pouvoir mener à terme le projet d’écotourisme dans lequel il s’était engagé dans un voyage précédent, en 2018. Son plan d’aide aux propriétaires de la ferme en plein milieu tropical s’est rapidement évanoui en fumée.

«Les choses ont rapidement évolué ici avec le coronavirus. Le gouvernement a pris le contrôle en décrétant un confinement national très strict, dit-il. On est loin de ce qui se passe au Québec.»

Georges Clément est confiné aux Philippines depuis mars dernier.

Liberté

Alors que le mercure flirte quotidiennement autour des 35 degrés Celsius dans la petite localité où il réside, l’expatrié voit sa liberté restreinte au minimum. «À la fin avril, on ne pouvait même pas sortir pour aller faire les courses. Quelques rares personnes étaient autorisées à passer dans le village en tricycles avec des végétaux locaux. Tu achetais ce qu’ils avaient ou tu ne mangeais pas. J’ai perdu 5 kg en devenant végétarien par la force des choses», lance l’homme de 70 ans.

Il y a à peine quelques jours, le typhon Vongfong s’est mis de la partie, traînant dans son sillage des pluies diluviennes. Le centre de l’archipel a été durement touché, forçant des milliers de Philippins à trouver refuge à des kilomètres de chez eux pour fuir la tempête. Les autorités tentaient tant bien que mal de garder le cap pour faire respecter les mesures de distanciation et le port obligatoire du masque, relate M. Clément.

Depuis peu, le gouvernement a donné un brin d’espoir aux citoyens en leur permettant de sortir de leur isolement pour s’approvisionner en vivres dans leur localité une journée par semaine. Mais gare à ceux qui sont tentés d’outrepasser les règles.

«Dès qu’on essaie de sortir du village, on est bloqués par des barrages policiers, mentionne M. Clément. Si tu sors sans masque, tu vas en tôle immédiatement. On ne rigole pas ici. Tu ne respectes pas les règles de confinement, les policiers peuvent te tirer dessus. Il y a eu un mort il y a deux jours.»

Résilience

Bien que ses libertés soient grandement restreintes dans ce pays à l’économie vacillante, Georges Clément voit beaucoup de positif dans son périple. Pas un instant il n’hésiterait à se lancer à nouveau dans l’aventure. «J’ai l’âme d’un volontaire. J’aide les gens à travers le monde depuis des années. C’est une passion que je vis au quotidien.»

Ce mode de vie de nomade lui permet de traverser plus sereinement cette crise, estime-t-il.

«Il faut savoir s’adapter et ne pas se faire de plan trop précis. Il faut faire preuve de résilience. C’est ce que fait le peuple ici. Malgré la pauvreté, il y a énormément d’entraide. C’est beau à voir. Ça ne sert à rien de pleurnicher, de s’apitoyer. J’ai pris la décision de venir ici, alors j’accepte les conséquences, bonnes ou mauvaises, et je les vis.»

Il y a à peine quelques jours, le typhon Vongfong s’est mis de la partie, traînant dans son sillage des pluies diluviennes. Le centre de l’archipel a été durement touché, forçant des milliers de Philippins à trouver refuge à des kilomètres de chez eux pour fuir la tempête.