Le premier ministre François Legault, la ministre de la Santé Danielle McCann et le directeur national de la santé publique Horacio Arruda à leur arrivée au point de presse quotidien sur l'épidémie de COVID-19 à Québec, jeudi
Le premier ministre François Legault, la ministre de la Santé Danielle McCann et le directeur national de la santé publique Horacio Arruda à leur arrivée au point de presse quotidien sur l'épidémie de COVID-19 à Québec, jeudi

Un médecin décédé, 2000 en renfort [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Un premier travailleur de la santé québécois est mort de la COVID-19. Un médecin de 44 ans de la Montérégie, mais qui n’a pas contracté la maladie en donnant des soins. Il fait partie des 414 Québécois à avoir été fauchés par le coronavirus dans la dernière semaine, 630 depuis de début de l’épidémie.

«Quand je parle de chiffres ici, je sais aussi que derrière chacun de ces chiffres-là, pour tous les cas, c’est un drame pour toutes les familles et tous leurs proches. Pour des raisons de confidentialité et de respect des familles, je ne commente pas les cas individuels», a d’abord indiqué le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, répondant à la première question du point de presse de jeudi.

«Par contre, comme c’est dans les médias actuellement», la nouvelle était sortie quelques minutes plus tôt, «je voudrais juste vous dire une information qui peut-être pourrait mieux aider à ce que les gens comprennent certaines choses et éliminer certaines inquiétudes. Ce travailleur de la santé ne travaillait pas en milieu de soins. Donc, ça n’a pas été acquis en milieu de soins.

«Mais ça nous rappelle [...] que le virus peut aussi frapper ailleurs, notamment dans la communauté, soit en retour de voyage ou etc. Ça nous rappelle à tous qu’on est tous susceptibles» de l’attraper, a poursuivi un Dr Arruda ému.

Prendre les chiffres avec des pincettes

Avec maintenant 630 covodiens ayant rendu l’âme, dont les 143 ajoutés jeudi même s’ils n’ont pas tous trépassé dans les 24 heures précédentes, le Québec affiche un taux de mortalité au nouveau coronavirus de 74 décès par million d’habitants.

Avec les chiffres disponibles jeudi après-midi, le Québec s’approche des États-Unis, à 101 décès par million d’habitants, et s’éloigne de l’Allemagne, à 46. Encore loin de l’Espagne (409) ou de l’Italie (358). Mais le Québec se détache toujours plus comme la province la plus touchée, alors que l’Ontario est à 29, la Colombie-Britannique à 15 et la moyenne canadienne, 32.

Mais attention, prévient le premier ministre. Comparer les statistiques peut s’avérer trompeur.


« Au Québec, le choix qu’on a fait, c’est de déclarer tous les patients, même les patients qui n’ont pas été testés, mais qui ont tout pour être des patients qui sont décédés de la COVID-19. On veut avoir le vrai nombre de décès de la COVID-19, testés ou non. C’est important par transparence, mais aussi pour avoir le portrait exact. Ça ne veut pas dire que c’est comme ça que c’est fait ailleurs dans le monde. »
François Legault, premier ministre du Québec

Le Québec a franchi jeudi les plateaux symboliques des 500 morts (630), 15 000 cas (15 857) et 1000 patients hospitalisés (1018) dans sa lutte à la COVID-19. La situation dans les unités de soins intensifs sont sous contrôle avec 209 patients, diminution de neuf par rapport à la veille.

Toujours plus de bras

Le principal front se trouve encore et toujours auprès des personnes âgées vulnérables logées dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

L’exhortation aux médecins généralistes et spécialistes lancée mercredi par le premier ministre a causé beaucoup de remous. Mais l’objectif a été atteint : 2000 d’entre eux vont s’ajouter au personnel des CHSLD dans des rôles divers pour lesquels ils sont souvent surqualifiés.

Quant aux 40 000 curriculum vitæ reçus par le biais du site JeContribueCOVID19.gouv.qc.ca, 3000 personnes ont été enrôlées. Professeurs de soins infirmiers, étudiants du domaine médical, retraités et entreprises d’économie sociale en aide à domicile ont aussi été sollicités.

L’armée canadienne a dit jeudi compter entre 60 et 100 personnes dotées d’une formation médicale qui pourraient venir prêter main-forte.

On a aussi rouvert les portes des CHSLD aux proches aidants, depuis jeudi.

Mais gardez en tête qu’il existait une pénurie de main-d’œuvre dans nos CHSLD et dans le réseau de santé bien avant la crise. Qu’il manque près de 7000 travailleurs absents dans tout le réseau, autour de 1500 juste dans les CHSLD publics. Et qu’avec les mesures de protection en vigueur, chaque soin nécessite plus de temps.

Selon les régions et les horaires

«On n’avait pas suffisamment de personnel en partant, alors on veut prendre toutes les personnes qui veulent faire une contribution. Parce qu’aussi, avec la COVID-19, ça prend davantage de temps pour s’occuper des personnes, donc on a besoin de plus de personnel», a expliqué la ministre de la Santé, Danielle McCann, toutefois incapable de dire avec précision combien de nouveaux travailleurs ont intégré le réseau de la santé québécois au cours des dernières semaines.

Les besoins par région jouent un grand rôle dans la sélection, mais aussi les qualifications et les disponibilités des gens qui souhaitent d’aider.

Mme McCann donne l’exemple de la Montérégie-Est, où 1668 personnes ont d’abord levé la main, 538 ont été rencontrées, 256 ont été embauchées et 80 se sont désistées. Ce qui amène 176 nouvelles paires de bras à cet endroit, 10 % des CV reçus.

«Il peut y avoir des gens des régions qui voudraient travailler dans leur région, mais les besoins sont beaucoup à Montréal. Il y a des gens qui voudraient travailler de jour, mais les besoins, à certains endroits, c’est pour travailler la nuit», a détaillé M. Legault. En plus des médecins «qui se sont proposés pour deux jours, d’autres qui se sont proposés au mois de mai ou au mois de juin», a-t-il dit.