Il est désormais possible pour les locataires ayant subi des contrecoups financiers de la pandémie de la COVID-19 de se prévaloir d’un prêt sans intérêt auprès de la Société d’Habitation du Québec (SHQ). Ce prêt, allant jusqu’à 1500$, devra être utilisé exclusivement pour payer les loyers de mai et/ou juin.
Il est désormais possible pour les locataires ayant subi des contrecoups financiers de la pandémie de la COVID-19 de se prévaloir d’un prêt sans intérêt auprès de la Société d’Habitation du Québec (SHQ). Ce prêt, allant jusqu’à 1500$, devra être utilisé exclusivement pour payer les loyers de mai et/ou juin.

Un coup de pouce pour payer son loyer

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Il est désormais possible pour les locataires ayant subi des contrecoups financiers de la pandémie de la COVID-19 de se prévaloir d’un prêt sans intérêt auprès de la Société d’Habitation du Québec (SHQ). Ce prêt, allant jusqu’à 1500$, devra être utilisé exclusivement pour payer les loyers de mai et/ou juin, un montant qui sera complémentaire à la Prestation canadienne d’urgence.

«On devait se mettre une barrière concernant le montant du prêt. On a décidé d’y aller avec le loyer médian au Québec qui est de 750$ par mois», mentionne André Ménard, directeur des communications à la SHQ. Il reviendra donc au locataire de réunir la somme manquante si besoin pour s’acquitter du loyer en entier.

Le locataire aura jusqu’au 1er août 2021 pour rembourser son prêt. La date-butoir pour déposer une demande de prêt via le site internet de la SHQ est le 15 juillet prochain. Certains propriétaires sont toutefois inquiets de voir un délai aussi tardif, alors que les mois de mai et de juin seront loin derrière. Pire, ils craignent que des locataires déguerpissent sans remplir leur demande, les laissant ainsi se retrouver le bec à l’eau.

Certains propriétaires devront effectivement patienter avant de toucher leur dû qui sera rétroactif. «On aimerait que le gouvernement aide aussi les propriétaires, mentionne Me Martin Messier, président du Regroupement des propriétaires d’habitations locatives (RPHL). Le fait de devoir attendre quelques semaines avant de toucher leur loyer place certains d’entre eux dans une position délicate. Ils ont eux aussi des paiements à faire et comptent sur cet argent pour s’en acquitter.»

La situation fait écho au cri du coeur d’un propriétaire de Granby, lancé au début de la crise, rappelant que les loyers servent à payer les hypothèques des immeubles locatifs, leur entretien de même que les taxes, les assurances, l’électricité et la conciergerie, entre autres.

Aussitôt les demandes acceptées, la SHQ versera les prêts consentis directement aux propriétaires, qui n’ont donc pas à craindre de ne pas toucher leur dû, assure-t-on.

«La demande doit être déposée par le locataire, mais le propriétaire devra remplir certains documents», confirme M. Ménard. Une copie du bail, où on retrouve entre autres sa période de couverture et le montant du loyer, servira à déterminer le montant du prêt et son bénéficiaire.

Ainsi, si un locataire déménageait le 1er juin, chacun des deux propriétaires lui ayant loué un logement en mai et en juin pourrait recevoir leur partie du prêt.

«Plus d’excuse possible»

«Avec ce prêt combiné à la Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois, laquelle représente 2,5 fois le loyer moyen au Québec (contre 1,5 fois en Ontario), les locataires québécois bénéficient désormais de la meilleure protection au pays», se réjouit la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), qui estime d’ailleurs qu’avec ce programme de prêt, les locataires «n’ont plus d’excuse possible» pour ne pas s’acquitter de leur obligation.

Néanmoins, la principale inquiétude des propriétaires réside davantage auprès des locataires qui prétextent la pandémie pour refuser de payer leur loyer.

«La grande majorité de nos membres ont pu compter sur la collaboration de leurs locataires. Ceux qui vont demander le prêt sont de bonne foi et savent qu’ils ne toucheront pas cet argent, allègue Me Messier. Mais il y a quand même des locataires qui profitent de la situation actuelle pour rester plus longtemps sans payer.»

La suspension des audiences de la Régie du logement, depuis mars et jusqu’à nouvel ordre, n’est rien pour rassurer les propriétaires, privés du seul moyen légal de faire respecter leurs droits, renchérit le président du RPHL.

«C’est inquiétant parce qu’on ne sait pas quand on pourra entreprendre les démarches, dit-il. On risque d’être aux prises avec un plus grand nombre de loyers impayés qui seront quasiment impossibles à recouvrer par la suite.»

La CORPIQ exige pour sa part la réouverture du tribunal administratif pour que la justice puisse reprendre son cours. «Des audiences restent en attente, de même que des ordonnances d’expulsion qui ne peuvent pas être exécutées en raison des mesures d’urgence. Des compensations devraient être versées aux propriétaires pénalisés par cet arrêt décrété par le gouvernement», clame le regroupement.

Éviter l’endettement si possible, recommande l’ACEF

Pour sa part, le locataire, qui aurait recours au prêt sans intérêt, aura jusqu’au 1er août 2021 pour rembourser sa dette.

Si l’endettement est évitable, il est préférable de payer son loyer avec les liquidités disponibles, recommande Tanya Brodeur, conseillère budgétaire à l’ACEF Montérégie-Est. «Les gens qui sont admissibles au prêt sont ceux qui ont droit à la PCU, donc qui ont perdu leur revenu, rappelle-t-elle. Il faut être conscient que le prêt, s’il est remboursé à parts égales sur un an, représente des versements qui peuvent varier de 100 à 150$ chaque mois. C’est une obligation qu’il faudra honorer avec un revenu futur qui est incertain. En même temps, c’est préférable de contracter un prêt sans intérêt que de le mettre sur la carte de crédit.»

Heureusement, comme les loyers sont moins élevés en région que dans les grands centres, les locataires de la Haute-Yamaska, de Rouville et de Brome-Missisquoi sont moins à risque de s’endetter, croit-elle.

En réaction au programme de la SHQ, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) s’est dit déçu que les locataires avec des difficultés de paiement de loyer se voient offrir une aide sous forme de prêt, qui fragilise leur stabilité financière.

La SHQ a également mis sur place un programme de subvention pour soutenir les Québécois dont le déménagement à venir doit être reporté en raison des retards de livraison de leur habitation neuve ou des rénovations majeures de leur future résidence entraînés par l’arrêt temporaire des chantiers.

Une aide maximale de 2000$ par mois leur sera versée pour rembourser des frais d’hébergement temporaire; ils toucheront également une aide financière maximale de 1000$ pour couvrir les frais d’entreposage et de déménagement.