Le président républicain n’est jamais apparu en public avec un masque depuis le début de la pandémie, qui a fait plus de 125 000 morts aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde.
Le président républicain n’est jamais apparu en public avec un masque depuis le début de la pandémie, qui a fait plus de 125 000 morts aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde.

Trump poussé à porter un masque alors que l’inquiétude grandit autour du virus

WASHINGTON — Donald Trump devrait-il porter un masque pour donner l’exemple face à l’épidémie de la COVID-19?  De plus en plus de voix — dont des républicaines — affirment que oui alors que, de l’aveu même de son propre gouvernement, le temps presse cruellement pour trouver des solutions contre le nouveau coronavirus.

Le président républicain n’est jamais apparu en public avec un masque depuis le début de la pandémie, qui a fait plus de 125 000 morts aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde.

Surtout, il s’est moqué de son adversaire démocrate à la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden, qui en porte et a qualifié l’usage du masque d’«arme à double tranchant» d’un point de vue sanitaire au moment même où le Sud du pays fait face à une flambée inquiétante de la maladie.

Les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), qui donnent le tempo de la réponse gouvernementale au coronavirus, ont simplement recommandé son utilisation. Et non «exigé», ce qui aurait dû être fait depuis «très longtemps», a regretté dimanche la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Tout cela pour ne pas «vexer» le milliardaire républicain, a-t-elle assuré lors d’une interview sur la chaîne ABC News.

«Le président devrait porter un masque», a-t-elle asséné avant d’ajouter: «Les vrais hommes portent des masques», suggérant, comme Joe Biden l’a déjà fait, que le refus de Donald Trump de recouvrir son visage n’était qu’une question de virilité mal placée.

Beaucoup d’observateurs et d’analystes assurent également que les soutiens masculins du locataire de la Maison- Blanche dans les régions conservatrices du pays voient le masque comme un signe de faiblesse.

«Cela nous aiderait» 

Le schisme autour du masque, dont les agences de santé du monde entier vantent désormais l’efficacité face au virus, est très politique aux États-Unis, comme l’a admis Donald Trump lui-même cette semaine.

Mais il ne devrait pas l’être, a regretté dimanche matin le sénateur républicain Lamar Alexander, dans un rare compromis avec les démocrates.

«Ça aiderait si, de temps en temps, le président en portait un. Cela nous aiderait à nous débarrasser de ce débat politique qui voudrait que si vous êtes pour Trump, vous ne portez pas de masque et si vous êtes contre Trump, vous le faites», a-t-il déclaré sur CNN.

Interrogé peu après sur ce sujet, le secrétaire à la Santé, Alex Azar, a simplement rappelé que le président était un cas de figure «unique», car il se faisait tester «régulièrement», reprenant ainsi l’argument du milliardaire new-yorkais. Or, un dépistage lui permettrait de savoir s’il a contracté la COVID-19, mais n’empêcherait pas une contamination.

Tout en ressassant le message du gouvernement fédéral (respecter la distanciation sociale, se laver les mains et porter un masque), Alex Azar a reconnu que la situation était «très grave» et que «la fenêtre se refermait pour agir et reprendre le contrôle de la situation» sanitaire.

Près de la moitié des États américains, notamment dans le Sud et l’Ouest, ont connu une grave recrudescence de la COVID-19 au cours du mois de juin et certains, comme la Floride ou le Texas, confrontés à un nombre d’infections d’une importance inédite, ont dû mettre en pause leur processus de déconfinement.

«Il y a clairement quelque chose en cours dans la Sunbelt, particulièrement chez les jeunes Américains», a reconnu le vice-président Mike Pence, en assurant que le gouvernement suivait «de très près» ce qui se passe dans ces États.

La situation continue cependant de s’améliorer dans le Nord-Est, qui était la région la plus touchée il y a deux mois.

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PLUS D'UN DEMI-MILLION DE DÉCÈS ET 10 MILLIONS DE CAS

Des manifestants prenant part à une marche pour le respect des droits des membres de la communauté LGBT, dimanche à Rio de Janeiro, brandissent des statistiques du nombre de décès au Brésil.

Le monde, confronté depuis décembre dernier à la pandémie de COVID-19, a franchi dimanche deux seuils symboliques, avec plus d’un demi-million de morts et dix millions de cas d’infection annoncés.

Selon un comptage de l’AFP à partir de sources officielles, 500 390 décès et 10 099 576 cas étaient officiellement recensés dimanche à 18h, heure du Québec.

Le nombre des décès recensés dans le monde a doublé en un peu moins de deux mois (250 000 le 5 mai) et 50 000 décès supplémentaires ont été enregistrés ces 10 derniers jours.

Le nombre de cas déclarés dans le monde a lui doublé depuis le 21 mai et plus d’un million de nouveaux cas de COVID-19 ont été détectés sur les six derniers jours.

L’Europe est le continent comptant le plus de décès (196 086 pour 2 642 897 cas), suivi de la zone États-Unis–Canada (134 315, 2 642 754), de l’Amérique latine et des Caraïbes (111 640, 2 473 164), l’Asie (33 107, 1 219 230), le Moyen-Orient (15 505, 730 977), l’Afrique (9604, 381 396) et l’Océanie (133, 9158).

Les États-Unis sont eux le pays le plus touché, tant en nombre de décès (125 747) que de cas (2 539 544). Bien que le nombre de décès quotidien ait légèrement diminué en juin par rapport au mois précédent, la contagion progresse dans 30 des 50 États américains, notamment dans les plus grands et les plus peuplés du Sud et de l’Ouest: la Californie, le Texas et la Floride.

Les projections actuelles de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) prévoient que le pays pourrait compter 150 000 décès à la mi-août.

Le nouveau coronavirus a d’abord frappé de plein fouet la Chine et une partie du reste de l’Asie, a ensuite durement touché l’Europe à partir de mars, puis s’est rapidement propagée aux États-Unis. Mais l’épicentre de la pandémie se situe désormais en Amérique latine et notamment au Brésil, où depuis fin mai les bilans quotidiens dépassent régulièrement 1000 décès recensés en 24h.

Sur les sept derniers jours, près de la moitié des nouveaux décès enregistrés dans le monde l’ont été dans la région. Le continent a également dénombré plus de 400 000 nouveaux cas de contamination sur la même période, soit plus du tiers des contaminations recensées en une semaine dans le monde (plus de 1,1 million).

Après les États-Unis, les pays les plus touchés sont le Brésil avec 57 622 morts pour 1 344 143 cas, le Royaume-Uni avec 43 550 morts (311 151 cas), l’Italie avec 34 738 morts (240 310 cas), et la France avec 29 778 morts (199 343 cas).

Parmi les pays les plus touchés, la Belgique compte le plus de morts rapporté à sa population, avec 84 décès pour 100 000 habitants, devant le Royaume-Uni (64), l’Espagne (61), l’Italie (57) et la Suède (52).

Tous ces bilans ne reflètent toutefois qu’une fraction du nombre réel de contaminations. Les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américains estiment ainsi de l’ordre de 10 fois plus le nombre d’Américains ayant été contaminés, soit plus de 20 millions de personnes, ce qui représente  entre 5 et 8 % de la population.  AFP