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Travailleurs de la santé: le masque N95 recommandé seulement en cas d'éclosion «non contrôlée»

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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Le Comité sur les infections nosocomiales du Québec (CINQ) recommande finalement le port du masque N95 par le personnel de la santé seulement en cas d'éclosion de COVID-19 «non contrôlée». Le port d’un appareil de protection respiratoire (APR) de ce type «doit être considéré comme une mesure additionnelle temporaire en situation exceptionnelle», dit-il.

Selon l’avis publié mercredi sur le site de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), «il est primordial de s’assurer de la mise en place et du respect rigoureux des mesures de PCI [prévention et contrôle des infections] essentielles pour la gestion d’une éclosion avant d’envisager l’ajout du port d’un APR» par les travailleurs de la santé.

Le CINQ a élaboré un «outil d’aide à la décision» afin d’aider les comités de gestion d’éclosion des installations à déterminer si le port du masque N95 doit être introduit. 

Ces comités doivent ainsi d’abord valider la présence d’une éclosion non contrôlée, puis s’assurer que les mesures de PCI essentielles sont bien appliquées et que les mesures non conformes sont corrigées, indique le CINQ.

Si, après avoir suivi «rigoureusement» ces étapes, la décision d’introduire le port du masque N95 est prise, son maintien doit être réévalué de façon hebdomadaire, ajoute le Comité.

Selon le CINQ, une éclosion non contrôlée correspond soit à une «évolution soutenue et à la hausse» du nombre de cas de COVID-19 liés épidémiologiquement, soit à une «persistance d’apparition de nouveaux cas […] 10 jours ou plus suivant l’implantation des mesures de PCI».

Dans son avis, le Comité souligne que «certaines expériences issues du terrain, indiquant que des travailleurs de la santé se seraient contaminés entre eux, appellent à la vigilance», et qu’il est essentiel de promouvoir en tout temps le respect des mesures de PCI.

L’INSPQ a récemment reconnu que les aérosols jouaient un rôle, mais limité, dans la transmission de la COVID-19. Au début du mois de janvier, il a recommandé l’usage d’un masque chirurgical plus performant (de niveau 2) dans un contexte de soins réguliers aux usagers suspectés ou confirmés de COVID-19. 

Jusqu'ici, le port du masque N95 n'était recommandé que lors d'interventions générant des aérosols.

Plusieurs syndicats réclament depuis plusieurs mois le port du masque N95 pour le personnel qui travaille auprès des patients atteints de la COVID-19. 

Le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) s’est dit «très déçu» de l'avis du CINQ. Permettre le port du masque N95 seulement en cas d’éclosion non contrôlée, «c’est un peu comme fermer la porte de la grange une fois que le cheval est sorti», illustre Jeff Begley.

Selon lui, il faut agir en prévention et fournir des masques N95 à tous les travailleurs qui oeuvrent auprès de patients infectés par le SARS-CoV-2, qu’ils soient ou non devant une éclosion «non contrôlée».

«Si on reconnaît que le virus se transmet par aérosols, qu’il y ait juste un ou deux cas, c’est la même chose, le virus se transmet par aérosols. [...] Il me semble que si on doit se tromper, il faut se tromper en faisant trop de prévention», croit Jeff Begley.

«Depuis le début, le gouvernement ne dit pas c’est quoi le problème. Est-ce que c’est parce qu’on n’a pas assez de masques N95? Si c’est ça, est-ce qu’il peut le dire?» demande le président de la FSSS-CSN.

LE COMBAT DE LA FIQ DEVANT LES TRIBUNAUX SE POURSUIT

MONTRÉAL - Le combat de la FIQ pour que ses membres aient un plus grand accès aux masques N95 dans le contexte de la COVID-19 se poursuit devant les tribunaux.

Cette fois, c’est la Cour d’appel qui vient de rendre une décision dans ce contexte, mais il ne s’agit pas d’une décision sur le fond. En effet, les parties se retrouvent depuis l’été dernier devant différentes instances, pour débattre de requêtes et débattre du palier de tribunal approprié pour trancher.

Sur le fond, la Fédération interprofessionnelle de la santé et ses syndicats contestent l’ordonnance du 8 juin dernier visant à restreindre l’usage des masques N95 aux interventions médicales qui génèrent des aérosols. L’organisation syndicale, qui représente la majorité des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes, voudrait que l’accès aux masques N95 soit élargi, pour des raisons de santé et sécurité au travail.

L’audition de la cause a débuté devant le Tribunal administratif du travail, puis aussi en Cour supérieure. Cette dernière a statué, en novembre dernier, que le Tribunal administratif du travail détenait une juridiction exclusive en matière de santé et sécurité au travail et que celle-ci ne pouvait être contournée.

Avec Lia Lévesque, La Presse Canadienne