Le premier ministre François Legault, aux côtés de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais lors de la mise à jour quotidienne de lundi.
Le premier ministre François Legault, aux côtés de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais lors de la mise à jour quotidienne de lundi.

Toutes les résidences, publiques ou privées, seront inspectées [VIDÉO]

L’ensemble des 2600 résidences pour aînés du Québec seront inspectées, a annoncé le premier ministre François Legault, alors que certaines sont dépassées par la pandémie.

Déjà, le gouvernement a effectué des vérifications auprès des 40 établissements privés non conventionnés de la province au cours du week-end.

Lors de sa mise à jour quotidienne de lundi, M. Legault a rapporté que «la grande majorité sont très bien gérées». «Il y en a quelques-unes, cinq qu’on garde sous surveillance», a-t-il toutefois reconnu, aux côtés de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

Salaires trop bas

Le premier ministre a montré du doigt les pénuries de personnel qui perdurent depuis longtemps avant la crise sanitaire. Le problème se situe, selon lui, au niveau des salaires trop bas pour attirer de la main-d’oeuvre.

Comme un «effet domino», le manque d’effectifs entraîne à son tour une surcharge de travail pour les autres employés, a-t-il exposé. Ajouter à cela la peur d’être infecté, et le métier de préposé devient «encore moins attrayant».

«C’est très difficile d’aller attirer tout le personnel (dont) on a besoin. (...) C’est le grand défi qu’on a, et ce n’est pas un défi qui est nouveau», a-t-il tenu à souligner.

«Ce qui est encourageant, c’est qu’il y a beaucoup de métiers, je pense aux magasins de détail, au tourisme et à la restauration, des gens qui peut-être pourraient se réorienter pour devenir préposés aux bénéficiaires», a-t-il lancé.

Pression sur les syndicats

M. Legault a semblé mettre de la pression sur les syndicats, lundi, pour qu’ils acceptent que les préposés soient les seuls travailleurs de la santé à recevoir une augmentation salariale significative dans le cadre des négociations pour le renouvellement des conventions collectives.

Il a noté que la situation était urgente, puisque 1100 médecins et infirmières ont été redéployées dans les résidences pour personnes âgées, mais que malgré tout, certaines résidences manquaient toujours d’employés.


« Ce qui est encourageant, c’est qu’il y a beaucoup de métiers, je pense aux magasins de détail, au tourisme et à la restauration, des gens qui peut-être pourraient se réorienter pour devenir préposés aux bénéficiaires »
Le premier ministre François Legault

Dans l’immédiat, les inspections doivent être élargies aux quelque 2600 résidences dans la province. De ce nombre, une trentaine comptent plus de 15 % de résidents ayant contracté le nouveau coronavirus.

M. Legault affirme qu’il s’agit désormais de la «grande priorité» de son gouvernement. Il a fait état, lundi, de 32 décès supplémentaires liés à la COVID-19, sans dire s’il s’agissait de personnes âgées, ce qui porte le nombre total de décès à 360.

Alors que l’on dénombre à présent 13 557 cas confirmés de coronavirus, M. Legault a refusé de dévoiler les données qu’il détient relativement à la situation dans chacun des 2600 établissements pour personnes âgées.

Pour rassurer les proches de résidents, une personne par établissement doit être désignée pour faire le lien avec les familles, a-t-il annoncé.

Une enquête policière a récemment été déclenchée par rapport à la situation au CHSLD privé Herron, à Dorval, où pas moins de 31 décès ont été enregistrés sur un total de 150 résidents depuis le 13 mars.

Selon M. Legault, le CHSLD Herron n’a «pas d’excuses», considérant qu’il facture à ses résidents entre 3000 $ et 10 000 $ par mois.

«Il me semble que le CHSLD aurait dû être capable de payer des bons salaires pour garder son monde, a-t-il tonné. Il y a beaucoup de cas de COVID-19 qui se sont répandus rapidement, les employés ont commencé à se sauver, à quitter, mais la première chose qu’aurait dû faire la directrice, c’est dire la vérité.»

Retour des proches aidants?

Sa ministre des Aînés s’est fait demander si elle avait passé une fin de semaine «horrible». La voix chevrotante, Marguerite Blais a répondu qu’elle ne pouvait rester de glace face à la situation dans les résidences pour aînés, et qu’elle avait bien sûr «des émotions».

Elle a défendu la décision de son gouvernement d’avoir d’abord concentré les efforts à libérer 8000 lits dans les hôpitaux pour faire face à la crise, en disant que c’est ce que les urgentologues recommandaient.

Interrogée à savoir si elle prenait une part de responsabilité dans la situation désastreuse au CHSLD Herron, elle a répondu être capable, à son âge, de prendre la critique.

«Si je fais de la politique, c’est pour être capable d’accepter la critique, a-t-elle déclaré. On prend soin de nos aînés et on va tout faire pour mettre en oeuvre des changements au niveau de la structure organisationnelle de nos milieux de vie.»

Par ailleurs, Mme Blais a indiqué que son gouvernement pourrait permettre aux proches aidants de retourner dans les résidences pour aînés. En interdisant toute visite, le gouvernement se rend bien compte qu’il se prive de ressources importantes, a souligné M. Legault.

La décision de faire appel ou non aux proches aidants dans les prochaines semaines sera prise de concert avec les autorités de santé publique, ont-ils dit.

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PRÉPOSÉS PAS ASSEZ PAYÉS, SELON LEGAULT: «ÇA VA NOUS DONNER DU GAZ»

La déclaration du premier ministre François Legault, lundi, quant au fait que même à 17 $ l’heure, les préposés aux bénéficiaires ne sont pas suffisamment payés dans le privé a été une musique aux oreilles de la présidente du SQEES, Sylvie Nelson.

Le Syndicat québécois des employés de service, affilié à la FTQ, est le principal syndicat de préposés aux bénéficiaires dans le secteur privé. Il en représente 10 000 dans le privé et 6000 dans le public, notamment ceux des résidences Herron à Dorval et Floralies à LaSalle, dont il a été question récemment dans la crise du coronavirus.

Ce sont ses membres qui travaillent à 13 $ ou 14 $ l’heure dans des résidences privées pour personnes âgées.

Dans le cadre de la crise du coronavirus, le gouvernement Legault leur a accordé une prime temporaire de 4 $ l’heure, ce qui porte leur rémunération à 17 $ l’heure durant la crise.

Or, dans son allocution quotidienne sur la situation du coronavirus au Québec, lundi, spontanément, le premier ministre a affirmé que même à 17 $ l’heure, ceux-ci ne sont pas encore assez payés pour les tâches qu’ils font auprès des aînés. Il a aussi évoqué le problème de pénurie.

«Ça fait longtemps qu’on le dit», s’est exclamée Mme Nelson en entrevue. Mais entendre le premier ministre le dire lui-même, «ça va nous donner du gaz» pour revendiquer de meilleurs salaires, a-t-elle ajouté.

Certains syndicats du SQEES avaient même déjà fait la grève pour obtenir 15 $ l’heure à l’embauche.

Du temps pour écouter les résidents

Mais Mme Nelson réclame aussi «un méchant coup de barre», parce que les préposés, dans le privé, «n’ont plus le temps de parler aux résidents et de les écouter».

Ils en ont huit, neuf, dix à faire manger en un temps prescrit, puis doivent passer à une autre tâche, déplore la dirigeante syndicale.

Et «il nous faut des bras aussi», puisqu’il manque de personnel, vu les conditions de travail et l’ampleur des tâches. «Quand t’es deux et que tu devrais être cinq sur l’étage... Tu rentres chez toi après le travail, tu y repenses et tu as de la peine», relate Mme Nelson.

Elle invite aussi le premier ministre Legault à ne pas oublier les «autres» travailleurs des résidences privées, qui gagnent aussi 13 $ l’heure et qui ne sont pas préposés aux bénéficiaires: les préposés au service aux tables, à la buanderie, à la cafétéria, à l’entretien. Ils font tous partie de l’équipe, plaide Mme Nelson.

Résidence Herron

Quant à la résidence Herron de Dorval, où il y a enquête, Mme Nelson souligne que les résidents y paient 4000 $ et plus par mois, alors que les préposés touchent 14 $ à l’embauche, puis 15,61 $ après sept ans d’ancienneté.

«Il y en a qui se remplissent les poches et ce ne sont pas les employés et ce ne sont pas les résidents non plus. Ceux qui ont pour intérêts la bâtisse, le béton, la décoration et qui ne veulent pas payer leur monde et qui se plaignent de ne pas garder leur monde...», a tonné Mme Nelson.

Elle souligne par ailleurs que les deux représentantes syndicales de la résidence Herron sont elles-mêmes atteintes de la COVID-19 et «elles l’ont assez fort».

D’autres employés ont effectivement été mis en quarantaine, selon la consigne de la Santé publique, parce qu’ils ont été mis en contact avec des personnes infectées par le coronavirus.

«Le personnel n’a pas quitté comme ça», a-t-elle tenu à répliquer.