«Porter un masque est un geste social», souligne Monica Whitham, professeure de sociologie à l’Université de l’État de l’Oklahoma. «Cela montre que vous prêtez attention à la santé et à la sécurité des autres», explique-t-elle.
«Porter un masque est un geste social», souligne Monica Whitham, professeure de sociologie à l’Université de l’État de l’Oklahoma. «Cela montre que vous prêtez attention à la santé et à la sécurité des autres», explique-t-elle.

Sous la menace, une ville américaine renonce au masque obligatoire [PHOTOS]

STILLWATER — Face aux intimidations contre les salariés et à la menace d’une attaque armée par des habitants invoquant leurs libertés individuelles, le maire de la ville américaine de Stillwater a dû céder : il a renoncé à imposer le port du masque aux clients dans les magasins.

Cette exigence était intégrée à un document de 21 pages préparé par la ville pour accompagner la réouverture progressive prévue par l’État de l’Oklahoma des restaurants et commerces à partir du 1er mai.

«Environ trois heures et demie après l’entrée en vigueur» du texte, «on a commencé à recevoir des appels d’urgence de magasins affirmant que les employés étaient défiés et insultés, parfois menacés de violence physique», raconte à l’AFP Norman McNickle, le directeur des services municipaux.

«Au même moment, la police a reçu un appel d’une personne affirmant que si on continuait à lui imposer le port du masque, elle utiliserait son droit au deuxième amendement», ajoute-t-il. En d’autres termes, elle utiliserait une arme à feu.

Ce genre de menace est pris au sérieux aux États-Unis : à Flint dans le Michigan, un agent de sécurité a été abattu vendredi après une altercation au sujet du port du masque.

«On n’a pas plié face aux brutes, on a voulu protéger les commerçants», affirme M. McNickle.

Debbie Agular, une femme au foyer de 40 ans ancienne infirmière, regrette pour la façon dont les autorités locales ont voulu imposer le port du masque, qu’elle défend.
«Environ trois heures et demie après l’entrée en vigueur» du texte, «on a commencé à recevoir des appels d’urgence de magasins affirmant que les employés étaient défiés et insultés, parfois menacés de violence physique», raconte à l’AFP Norman McNickle, le directeur des services municipaux.

Soulagement 

Sur la rue principale bordée de petits magasins et restaurants de cette ville universitaire, le port du masque est aléatoire.

Dans son échoppe de souvenirs, Angie Griswold est surtout soulagée d’avoir pu recommencer à travailler. «Les gens sont prêts à dépenser de l’argent et à être dehors», constate-t-elle.

Même si elle craint une résurgence de la maladie dans les deux semaines à venir, elle ne porte pas de masque. Trop gênant. Et elle estime qu’il faut laisser le virus faire son chemin.

Mais elle se plierait «sans colère ni hostilité» à la loi si c’était obligatoire.

Kely Lyda, propriétaire du café Aspen, arbore pour sa part un masque aux motifs de la jungle.

Il a attendu lundi pour rouvrir les portes de son établissement au public, le temps d’installer un écran de plastique au comptoir, des marques de distanciation sur le sol et d’écarter les tables.

Il n’exige pas de ses clients le port du masque. Mais «il y a tellement de questions sans réponse pour l’instant que je penche pour la prudence», dit-il.

Debbie Agular, une femme au foyer de 40 ans ancienne infirmière, regrette pour sa part la façon dont les autorités locales ont voulu imposer le port du masque, qu’elle défend. Il aurait mieux valu, selon elle, l’imposer depuis le début du confinement, et pas au moment où la vie reprend son cours.

«Dans notre État, on est assez indépendants et beaucoup de gens sont très attachés à leurs droits fondamentaux», explique-t-elle dans la rue, un café à la main. Obliger subitement les clients à porter un masque «est ressenti comme une privation de liberté et non comme une mesure destinée à les protéger».

Riley Flack n’hésite pas pour sa part à brandir la Constitution américaine. Cet habitant de Stillwater a demandé à intervenir lors d’une réunion du conseil municipal lundi soir, virtuelle et retransmise sur Facebook.

«Vous devriez avoir honte de la façon dont vous avez totalement écarté l’idée que [l’imposition du port de maques] pouvait être inconstitutionnelle», leur a-t-il asséné.

Kely Lyda, propriétaire du café Aspen, n’exige pas de ses clients le port du masque. Mais «il y a tellement de questions sans réponse pour l’instant que je penche pour la prudence», dit-il.
Sur la rue principale bordée de petits magasins et restaurants de cette ville universitaire, le port du masque est aléatoire.

Geste social

Il reconnaît que la situation est «difficile» et que le conseil municipal «souhaite ce qu’il y a de mieux pour Stillwater. Mais, accuse-t-il, «j’apprécierais d’avoir un peu plus de considération pour mes droits en tant qu’Américain».

«Porter un masque est un geste social», souligne Monica Whitham, professeure de sociologie à l’Université de l’État de l’Oklahoma. «Cela montre que vous prêtez attention à la santé et à la sécurité des autres», explique-t-elle.

Mais dans un pays comme les États-Unis, «très individualiste», et dans un État républicain comme l’Oklahoma, où «il y a un certain rejet des autorités», «tout le monde n’est pas forcément prêt à le faire, surtout quand ils ont l’impression que c’est un ordre qui enfreint leurs droits».

De plus, «entre les inquiétudes pour la santé et la sécurité, les inquiétudes pour l’économie, les gens ont peur, sont frustrés et épuisés par la situation», analyse Mme Whitham. «Il n’est pas étonnant que certains réagissent un peu à fleur de peau.»