La SCHL prévoit une reprise lente du marché canadien de l'habitation.
La SCHL prévoit une reprise lente du marché canadien de l'habitation.

SCHL: les prix des maisons ne se remettront pas de la pandémie avant 2023

Le secteur canadien de l'habitation devrait enregistrer dans les prochains moins une baisse des prix, des transactions et de la construction, et la situation ne devrait pas se rétablir avant la fin de 2022, a estimé mercredi la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) dans une édition spéciale de ses perspectives pour le marché.

L'agence fédérale ne s'attend pas à reprise rapide en forme de «V». Au lieu de cela, dans le meilleur des cas, la SCHL a estimé qu'elle pourrait se présenter en forme de «U», un peu plus lente, tandis que son scénario plus pessimiste voit une reprise plus prolongée, en forme de «L».

«Nous ne nous attendons pas à ce que ce soit une reprise très rapide», a affirmé l'économiste en chef de la SCHL, Bob Dugan, lors d'une conférence téléphonique.

L'agence fédérale a indiqué qu'elle tablait sur une baisse des prix d'entre 9 % et 18 %, et de jusqu'à 25 % dans les régions productrices de pétrole. Dans le meilleur des cas, les prix pourraient commencer à se rétablir d'ici la mi-2021 prix devraient commencer à se redresser d'ici le milieu de 2021, a-t-elle calculé, tandis qu'une reprise plus lente pourrait voir les prix être encore sous leurs niveaux précédents la pandémie à la fin 2022.

Le scénario plus pessimiste pourrait voir les hypothèques différées se transformer en saisies si le marché du travail ne se rétablit pas et que les pertes sur prêts des banques augmentent, a observé M. Dugan.

«S'il y a suffisamment de saisies et que les banques subissent des pertes à cause de cela, cela pourrait affecter leur volonté de prêter et cela pourrait entraîner un gel de la liquidité sur les marchés des prêts», a expliqué M. Dugan.

La pression sur les prix viendra avec la baisse des ventes, avec une baisse attendue de 19 % à 29 % des ventes par rapport aux niveaux antérieurs à la pandémie cette année, les pertes d'emplois affectant les décisions d'achat.

«Quand il y a tellement d'incertitude, les ménages ont tendance à être plus prudents avec les achats», a observé M. Dugan.


« Nous ne nous attendons pas à ce que ce soit une reprise très rapide. »
Bob Dugan, économiste en chef de la SCHL

Il a noté que les pertes d'emplois étaient déjà pires que ce que laisse transparaître le taux de chômage officiel de 13 % pour avril, car il serait en fait plus proche de 20 % si le taux tenait compte de toutes les personnes qui ont quitté le marché du travail depuis le début de l'épidémie.

La construction résidentielle sera également affectée et les mises en chantier devraient connaître une baisse de 50 % à 75 % cette année, par rapport aux niveaux antérieurs à la COVID-19, avant de commencer à rebondir l'année prochaine.

Les prévisions de la SCHL sont plus pessimistes que celles émises par les banques canadiennes, y compris la Banque Nationale, qui a indiqué mercredi qu'elle s'attendait à une baisse d'environ 10 % des prix.

La Nationale a indiqué que les baisses de prix des habitations seraient quelque peu limitées, car les pertes d'emplois se concentrent dans les secteurs qui ont généralement des taux de propriété moins élevés.

Il y a cependant une pression sur le marché, car les taux d'intérêt étaient déjà si faibles avant le début de la crise que les banques centrales ont peu de marge de manoeuvre. En outre, la baisse de l'activité touristique pourrait également exercer une pression sur l'économie et forcer la mise en vente sur le marché d'habitations précédemment destinées à la location à court terme.

D'autres banques ont fourni leurs prévisions depuis que la pandémie a frappé le Canada à la mi-mars.

La Banque CIBC a indiqué au début mai qu'elle s'attendait à ce que les prix des maisons chutent d'entre 5 % et 10 % par rapport aux niveaux de 2019 avant de commencer à se redresser, tandis que la Banque TD a affirmé fin avril qu'elle s'attendait toujours à une hausse des prix des maisons de 6,1 % cette année.

M. Dugan a noté qu'il y avait beaucoup d'incertitude dans l'ensemble, et qu'il était donc difficile de donner une prévision précise. La SCHL peut appuyer ses prévisions sur des données différentes de celles utilisées par les banques.

«Nos prévisions sont un peu pessimistes (...) c'est une période très difficile pour l'économie», a affirmé M. Dugan. «Il y a beaucoup de reports d'hypothèque, il y a un niveau de chômage très élevé, je ne sais donc pas si nos prévisions tiennent compte de données plus récentes sur l'économie.»