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Depuis mardi, les élèves du primaire et du secondaire dans les zones orange n’ont plus l’obligation de porter le masque en classe, en raison de la vague de chaleur qui s’abat sur la province.
Depuis mardi, les élèves du primaire et du secondaire dans les zones orange n’ont plus l’obligation de porter le masque en classe, en raison de la vague de chaleur qui s’abat sur la province.

Retrait du masque en classe: un pari risqué?

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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En pleine canicule, la fin du port du masque en classe jusqu’à la fin de l’année scolaire permettra peut-être aux élèves de mieux respirer, mais des experts, eux, retiennent leur souffle. La présence du variant indien et la transmission du virus par voie aérienne inquiètent.  

Une décision «prématurée», critique la physicienne Nancy Delagrave, coordonnatrice du collectif COVID-STOP. 

Depuis mardi, les élèves du primaire et du secondaire dans les zones orange n’ont plus l’obligation de porter le masque en classe, en raison de la vague de chaleur qui s’abat sur la province. Le masque demeure toutefois requis dans les espaces communs et le transport scolaire. 

Sans masque, la possibilité d’attraper le virus est bien présente. Québec perd ainsi une «occasion en or» de continuer à faire baisser le nombre de cas «au maximum», estime Mme Delagrave. 

«Le gouvernement a une opportunité de diminuer la transmission le plus possible en continuant avec les mesures actuelles, plus la vaccination. Or, il décide plutôt de relâcher hâtivement les mesures.» 

En conférence de presse aux côtés du premier ministre et du ministre de la Santé, mardi, le directeur national de santé publique a dit que le retrait du port du masque en classe aux paliers jaune et vert était déjà prévu avant l’arrivée du temps chaud. «Mais, dans le contexte actuel, compte tenu que les classes se terminent bientôt, il a été décidé de l’enlever, avec l’épidémiologie aussi qu’on observe», a mentionné le DHoracio Arruda. 

«On devrait tout mettre en oeuvre afin de mieux protéger les Québécois, ce qui implique de bien contrôler la transmission aérienne qui est jugée comme la seule ayant une importance significative», estime quant à elle Nancy Delagrave. 

Pour ce faire, des mesures essentielles comme le port d’un masque ajusté ne devraient pas être relâchées avant que la «transmission communautaire soit proche de zéro», selon elle. 

«En enlevant le masque dans les classes, on commet deux erreurs. On ne retient pas [le virus] à la source et on ne protège plus le porteur. Toutes les conditions sont réunies pour créer des événements superpropagateurs», expose la physicienne, qui souligne qu’en Israël, la fin du port du masque en classe a été considérée comme étant à l’origine de la deuxième vague. 

Attention à l’air climatisé

Les événements superpropagateurs surviennent aussi quand les lieux sont mal ventilés, rappelle l’experte.  

La qualité de l’air dans les écoles fait débat depuis plusieurs mois maintenant et la question mérite que l’on s’y attarde, ajoute-t-elle. «Pourquoi est-ce qu’il y a encore une aussi grande résistance à considérer que le virus se transmet dans l’air et presque pas par gouttelettes?»  

Dans une pièce fermée, le virus se propage plus facilement qu’à l’extérieur, surtout lorsqu’on y reste longtemps. Et sans masque. Et encore plus si les fenêtres demeurent closes et que des ventilateurs «brassent» le même air dans la classe.  

«Lorsque les fenêtres sont fermées pour préserver la fraîcheur ou les toiles baissées, il y a moins d’apport d’air extérieur, ce qui implique qu’il y a plus de transmission. Dans les écoles qui ont l’air climatisé, on limite l’apport d’air extérieur qui est pur et qui permettrait de diluer le virus.» 

Variant «sous-estimé» 

Avant de considérer la fin du port du masque en classe, les autorités auraient plutôt dû privilégier de suspendre l’enseignement en classe lors des derniers jours, s’entendent des spécialistes. «On ferme les écoles pour des tempêtes de neige, pourquoi pas pour des canicules?» ironise le Dr André Veillette, immunologiste de l’Institut de recherches cliniques de Montréal. 

Car pour continuer «d’infléchir la courbe», la ventilation et le port du masque sont encore plus importants dans un contexte où les variants circulent, croit Nancy Delagrave. Comme elle, le Dr Veillette pense que la présence du variant delta (indien) demeure «sous-estimée» au Québec. 

«On ne connaît pas son ampleur. Ce variant reprend le dessus au Royaume-Uni et aux États-Unis et il progresse au Canada. Pourquoi ce serait différent au Québec?» questionne le médecin.  

«On a moins de cas actuellement, alors pourquoi jouer avec le feu?» demande-t-il. 

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, la souche indienne pourrait se transmettre de façon «égale ou supérieure» au variant britannique, et même présenter une résistance partielle à certains vaccins.  

«À ce que je sache, les vaccins fonctionnent avec le virus Delta [variant indien]. Donc, si la personne a eu deux doses, bien, il y a quand même une certaine sécurité», s’est prononcé le premier ministre François Legault mardi en conférence de presse. 

Mais à l’école, «très peu de jeunes ont été vaccinés et chez ceux qui l’ont été, ça ne fait pas assez longtemps pour que ce soit efficace», réfute Nancy Delagrave, selon qui les dernières semaines d’école seront suffisantes pour générer des éclosions. Elles se poursuivront par la suite quand les enfants se fréquenteront pendant l’été, prévoit-elle, car les «suivis» deviendront difficiles. 

«On n’a vraiment pas atteint le stade où c’est possible de relâcher des mesures comme le port du masque en classe. Il ne manquait qu’un petit effort à donner d’ici la fin de l’année scolaire», se désole la physicienne. 

«Maintenant, dans quelles conditions on va rouvrir les écoles à l’automne?»

Pas l’unanimité non plus chez les enseignants

La levée du masque obligatoire en classe ne fait pas non l’unanimité du côté des enseignants, qui n’ont toujours pas reçu leur deuxième dose de vaccin contre la COVID-19. Avec des classes bondées et mal ventilées, «le gouvernement fait là un pari bien risqué», estime la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

La FAE juge «incompréhensible» la décision de ne plus exiger le port du masque en classe, considérant les récents avertissements de la Santé publique de ne pas baisser la garde face au virus et ses variants plus transmissibles qui circulent.  

«Les enseignantes et enseignants n’ont toujours pas reçu leur deuxième dose de vaccin et en les exposant à plusieurs bulles familiales par jour, on risque d’affecter leur santé et leur sécurité. Le principe de précaution devrait continuer de prévaloir, nous devons nous rappeler qu’il y a toujours des gens vulnérables dans la société et que le port du masque demeure le meilleur geste barrière en classe», fait valoir le président de la FAE, Sylvain Mallette, dans un communiqué diffusé mardi.

Si elle comprend que les élèves puissent ressentir un inconfort dû au port du masque, la FAE ne croit pas que le retrait de cette mesure puisse de quelque façon «favoriser les apprentissages avec des chaleurs insupportables dans les salles de cours». 

Selon elle, le gouvernement semble prendre des décisions «sur le coin d’une table», lui qui disait pourtant pas plus tard que la semaine dernière que les directives sur le port du masque ne changeraient pas avant que l’on ait atteint un taux de vaccination (avec deux doses) de 75 % dans la population âgée de 12 ans et plus. 

«Soudainement avec l’arrivée de la canicule, qui n’est ni une surprise ni une première en temps de pandémie, la chaleur prendrait le dessus sur la santé et sécurité? Il n’a fallu que quatre heures pour que la Santé publique change son fusil d’épaule à la suite des demandes de certaines personnes de retirer la mesure visant le port du masque en classe. Quatre heures pour changer la science au Québec, vraiment?» s’étonne Sylvain Mallette, selon qui la Santé publique devrait «résister à la pression populaire».

Des élèves gardent le masque, d’autres pas

Retrait de la mesure ou pas, chaleur ou pas, des élèves d’écoles secondaires du Québec ont décidé mardi de garder leur masque en classe, si l’on en croit des témoignages publiés sur les réseaux sociaux. 

«Sur 21 élèves ce matin, 19 ont décidé de garder leur masque», a rapporté mardi une enseignante de Rosemère sur Twitter. «Dans mon 1er groupe [secondaire 1], sur 24, y en a 4 max qui l’ont enlevé», lui a répondu une autre enseignante de Montréal. Idem pour cette suppléante de secondaire 1, qui a rapporté sur le même réseau social que 15 élèves sur 36 avaient gardé le masque en classe mardi matin.

Un professeur d’une école primaire de Val-des-Sources, lui, a indiqué que trois élèves sur 21 avaient gardé le masque… pour finir par le retirer après deux périodes. 

Arrimage des mesures sur le port du masque

Questionné sur l’incohérence des nouvelles mesures entourant le port du masque — obligatoire pour la population dans les centres d’achats, mais pas dans les milieux de travail dans les zones jaune et verte, notamment pour le personnel en milieu scolaire —, le Dr Horacio Arruda a indiqué mardi en conférence de presse que «des travaux» étaient en cours «pour revoir ces éléments-là de palier jaune, vert, et de ces questions de masque, qu’est-ce qui sera obligatoire, pas obligatoire, pour apporter la cohérence». 

«Parce que, vous savez, on travaille notamment avec la CNESST, mais la CNESST s’occupe des travailleurs. Après ça, il y a les clients […]. Et, au cours des prochains jours, là, on va revenir avec une chose simplifiée pour la question du port du masque», a promis le directeur national de santé publique.

«Plus on va aller vers une deuxième dose, plus on va avoir une couverture vaccinale importante, plus ce genre de mesures-là peut être délesté, particulièrement quand l’épidémio est à la baisse. Si on se remet à ravoir des cas, on réintroduira», a ajouté le Dr Arruda, qui s’est dit «confortable» avec la décision de la CNESST de ne plus exiger le port du masque pour le personnel enseignant en zone jaune et verte.