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Trois mois avant la fin de l’année scolaire, le gouvernement du Québec penche vers un retour à un enseignement plus traditionnel.
Trois mois avant la fin de l’année scolaire, le gouvernement du Québec penche vers un retour à un enseignement plus traditionnel.

Retour en classe au secondaire: l'INSPQ s'inquiète de la multiplication des contacts

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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Finis les cours à distance une journée sur deux, les élèves de 3e à 5e secondaire seront bientôt de retour en classe à temps plein dans les zones orange. Une mesure non recommandée par l’INSPQ, qui privilégie toujours la diminution des contacts pour freiner la transmission du virus, surtout dans un contexte de multiplication des variants.  

«C’est mathématique, plus il y a de contacts, plus il y a de cas», résume simplement le DStéphane Perron, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). 

Trois mois avant la fin de l’année scolaire, le gouvernement du Québec penche vers un retour à un enseignement plus traditionnel. Le premier ministre François Legault a annoncé mardi des assouplissements aux mesures sanitaires instaurées dans les écoles de la province.  

Ainsi, les jeunes de 3e, de 4e et de 5e secondaire qui fréquentent des établissements scolaires situés dans les zones orange pourront dès le 22 mars recommencer à se rendre à l’école tous les jours. Actuellement, ils n’y vont qu’en alternance, une journée sur deux.  

Cette nouvelle mesure du gouvernement du Québec n’est pas issue d’une recommandation de l’INSPQ, informe le Dr Perron. «Il doit y avoir d’autres prérogatives à une telle mesure, parce que ce n’est pas une recommandation qu’on a faite.» 

À l’opposé, l’Institut qui agit à titre de référence en santé publique campe sur son approche : «pour diminuer la transmission de la COVID-19, il faut réduire les contacts».  

«C’était ça le principe de la demi-classe [qui n’a pas été implantée] ou de l’école un jour sur deux au secondaire», maintient le médecin-conseil.  

Même avec le port du masque de procédure en tout temps pour les élèves dans les régions en orange, le Dr Perron ne démord pas que la minimisation des contacts s’avère être la mesure «la plus efficace» pour freiner la contamination. Le masque n’est que complémentaire,» précise-t-il.  

Parce que la multiplication des contacts augmente aussi le risque d’éclosions. Surtout dans un contexte où les variants «inquiètent» en raison de leur contagiosité plus accrue que la souche originale du virus.  

«Il y a toujours un risque associé au fait que les jeunes et les enseignants vont être davantage ensemble. Plus vous favorisez les contacts entre les personnes, plus vous avez de probabilités de transmettre le virus et particulièrement les variants», appuie le spécialiste en virologie Benoit Barbeau, professeur au Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).   

Dame Nature du bon côté 

Mais l’expert en virologie de l’UQAM croit pour sa part que le retour en classe en tout temps des 3e à 5e secondaire est «correcte» dans le contexte d’accélération de la vaccination. Le professeur juge que la situation épidémiologique des régions qui se trouvent au palier d’alerte orange est également «favorable» à de tels allègements dans les écoles.  

«On est jamais à l’abri d’éclosions, mais le fait de s’orienter vers une ouverture progressive au secondaire, c’est adéquat dans une situation où le nombre de cas continue d’être relativement bas», estime M. Barbeau.  

Le retour en tout temps en classe des étudiants de 3e à 5e secondaire est aussi rendu possible grâce à la collaboration de Dame Nature. Selon lui, la météo de plus en plus printanière donnera la possibilité d’aérer davantage les salles de classe, en plus de permettre davantage d’activités extérieures. Un constat que partage le Dr Stéphane Perron de l’INSPQ, considérant que les virus respiratoires se transmettent plus facilement dans une pièce fermée et mal ventilée. 

«On peut considérer que les jeunes vont somme toute être plus à l’extérieur, qu’ils ne vont pas trop rester enfermés. Dans les salles de classe, on va pouvoir créer plus facilement une aération en ouvrant les fenêtres», explique le spécialiste de l’UQAM. 

«Si on garde un certain flux d’air, ça va permettre de réduire les situations où des éclosions pourraient arriver et provoquer un nombre important d’infections.»  

Prévenir plutôt que guérir? 

N’empêche, il faudra demeurer «vigilant», avertissent-ils.  

Justement, en cas d’éclosions majeures liées à ces nouvelles mesures, le gouvernement ne doit surtout pas exclure un retour à l’arrière, prévient l’expert en virologie Benoit Barbeau. «Si on s’aperçoit que le nombre de cas augmente et que les variants sont en cause, le gouvernement devra resserrer les mesures.» 

Même si la Santé publique a jusqu’ici adopté une «bonne approche» pour freiner la propagation des variants dans les milieux scolaires, notamment en fermant systématiquement quelques écoles, les tests rapides pourraient eux aussi s’avérer utiles en amont, pour réaliser des dépistages ciblés et ainsi «prévenir» les éclosions, considère-t-il. 

«On a de bonnes technologies de détection rapide, le Québec devrait miser là-dessus pour faire un suivi et s’assurer que les éclosions soient mieux contrôlées, plaide le professeur de l’UQAM. Plus vous allégez les mesures, plus vous permettez des regroupements, plus ça pourrait être une bonne option d’être préventif. Ça envoie un message auprès de la population qu’on allège, mais aussi qu’on assure une surveillance continue.»  

Selon le ministère de l’Éducation, le Québec compte tous réseaux confondus, 91 523 élèves en 3e secondaire, 79 948 élèves en 4e secondaire et 72 670 élèves en 5e secondaire pour l’année scolaire 2020-2021 en formation générale des jeunes. Les données pour l’année 2020-2021 sont provisoires. 

Au moment d’écrire ces lignes, il n’était pas précisé combien de ces élèves seraient touchés par les assouplissements annoncés par le gouvernement du Québec.